‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 84 sur 342 · M. DE BALBY · texte numérisé non relu

M. DE BALBY

Parfois, soit lassitude et satiété, soit dessein de les piquer (ce qui est tout aussi présumable), Frédéric livrait ses convives à eux-mêmes, pour souper bonnement en tête-à-tête avec un officier, M. deBalby, dont l'humeur lui plaisait. On prête à Voltaire, à l'égard de ces infidélités du prince, un quolibet qui ne méritait guère d'être relevé, ce Que fait le roi ce soir? lui demandait-on. — Il balbutie *. » Il faut vraiment une grande bonne volonté pour trouver là autre chose qu'une saillie et pour en conclure que le poëte fût jaloux et envieux de la faveur intermittente accordée à ce brave homme *.

Les picoteries se mêlent vite à ces enchantements et les impreignent d'amertume. Le ciel est toujours bleu : mais il s'y trouve déjà de ces points imperceptibles qu'un œil exercé ne remarque pas sans quelque appréhension. Dès le 6 novembre, Voltaire écrivait à sa nièce :

On sait donc à Paris, ma chère enfant, que nous avons joué à Potsdam la Mwt de César, que le prince Henri est bon acteur, n'a point d*accent, est très^aimable, et qu'il y a ici du plaisir? Tout cela est vrai;... mais... Les soupers du roi sont délicieux, on y parle raison, esprit, science; la liberté y règne; il est rame de tout cela; point de mauvaise humeur, point de nuages^

1. Formey, Souvenirs d'un citoyen (Berlin, 178'J), 1. 1, p. 237.

2. Ce M. de Balby, qui avait le grade de colonel, était un ingénieur distingué, auquel Frédéric confia notamment les travaux du ipoTi (ïEmden {Gazelle de Hollande, du 15 juin; Gazette d'Utrecht, du 19 octobre 1751). Thiébault, qui l'a particulièrement connu, nous dit que c'était « un homme aimable et de beaucoup d'esprit, qui fut en faveur jusqu'à l'époque du siège d'Olmutz: et qui, dans une demidisgrâce, est mort fort vieux à Berlin. » Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Didot, I8<j0), t. ï, p. 102.

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