‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 96 sur 342 · MORALITÉ DU JUIF · texte numérisé non relu

MORALITÉ DU JUIF

son cabinet, en me disant qu'il ne me payeroit pas les derniers brillans ni le miroir; qu'il les garderoit pour le dédommager du marché trop précipité qu'il prétendoit avoir fait avec moi trois jours auparavant, quoique ces brillans de trois mille écus eussent été taxés par M. Aec/am, avant le marché conclu. Il me tira par force en môme temps une bague du doigt dans le château : son domestique, nommé Picard , étoit présent. Il me ferma la porte au nez, et me dit de m'aller plaindre où je voudrois. Le lendemain Voltaire vint chez un lieutenant-colonel au service du roi, le prit pour juge de cette affaire, et le pria de me faire venir chez lui. A peine fus-je entré que Voltaire, en présence du lieutenant-colonel, me poursuivit par toute la chambre, le poing sur la gorge, en me disant que j'étois un fripon, et que je ne savois pas à qui j'avois à faire ; qu'il avoit un pouvoir en main de me faire mettre dans une basse fosse pour le reste de mes jours; mais que sa clémence d'ailleurs éloit encore ouverte à mes infamies, si je voulois reprendre les diamans que je lui avois vendus, et lui rendre les trois mille écus et tous les billets de sa main. Je lui répondis que cela ne se pouvoit pas, et qu'il n'auroit pas acheté les diamans, s'il n'y avoit pas trouvé son compte; je sortis de la chambre, pour aller porter mes plaintes à S. M... ^

Tel est Texposé que le juif Hirsch fait de ses relations et de ses démêlés avec Voltaire. Il va sans dire que, de toutes ces allégations, plus d'une devra crouler devant une instruction un peu sérieuse. Hirsch n'est pas précisément un honnête homme, comme on sera à même de le vérifier. L'honnêteté pour lui consiste à n'être pas convaincu d'imposture et de fraude, et non à se bien garder d'avancer le moindre fait mensonger. Cette assertion, relative à la bague de trois cents tha- 1ers arrachée de son propre doigt par Yoltaire, en présence de Picard qui, comme l'affirme impudemment

i . Supplément aux Œuvres posthumes de Frédéric II, roi de Prusse (Berlin, 1789), t. I, p. 342, 343, 344, Exposé du procès.

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