A PERPÉTUITÉ
Il y a parole entre MM. de Brosses et de Voltaire pour la vente de la terre de Tournay , aux conditions ci-après, qui seront rédigées entr'eux par écrit, au moins sous signature privée, d'ici au premier février prochain,
vint/
ET DU PRÉsIDETST DE BROSSES. lol
passé lequel temps il demeurera libre à chacune des parties contractantes de retirer sa parole 5 si elle juge à propos de le faire.
La terre de Tournay sera vendue par M. de Brosses à M. de Voltaire pour lui ou son compagnon nommable , telle qu*elle se comporte et qu'il en a actuellement la jouissance viagère par traité fait entr'eux le onze décembre mil sept cent cinquante-huit , ensemble tous les meubles, effets et bestiaux compris audit traité et les fruits pendants par racines 5
Pour le prix de cent dix mille livres, savoir cent mille livres pour le prix de la terre et dix mille livres pour le prix des meubles , effets y bestiaux et fruits pendants 5
En outre et par-dessus la somme de trentecinq mille livres déjà reçue par M. de Brosses, lors dudit traité du 1 1 décembre 1758 •
De laquelle somme de cent dix mille livres M. de \o\\.diATe paiera cinquante mille livres trois mois après la signature des présentes conventions , sans intérêts pour ces trois mois , et avec intérêts au denier vingt en cas de retard 5 et du restant il constituera une rente rachetable avec intérêts au denier vingt depuis le jour de ladite convention jusqu'au remboursement dudit capital, sans retenue de dixième , ni de vingtième, la terre étant recon-
102 rETTRES DE VOLTAIRE
nue de Tancien dénombremenlj lequel remboursement M. de Yoltaire pourra faire en plusieurs payements, et ne sera fait qu'en espèces d'or et d'argent, ou en lettres de change payables de cette manière, et en avertissant trois mois d'avance.
Il sera passé acte pardevant notaire de ladite vente sitôt que M, de Voltaire se sera accommodé pour les lods et ventes et aura obtenu la confirmation des privilèges attachés à la terre^ , En attendant, il en sera fait entre les parties un acte de main privée au jour
dit.
M. de Voltaire payera outre le prix ci-dessus
à M"^^ de Brosses vingt-cinq louis d'or en signant
les présentes conventions pour la chaîne du
marché.
Le présent écrit , contenant la parole de M.
de Brosses, sera remis à M. de Voltaire qui
lui en donnera un pareil. Ce dix janvier mil sept
cent soixante.
Brosses.
' Ces mots et ceux imprimés en italiques ci-dessus, sont ajoutés de la main de Voltaire à un projet de vente antérieurement dressé entre lui et Girod, du reste littéralement conforme à celui-ci j mais non signé.
ET DU TRÉSIDEKT DE BROSSES. 3o3
VOLTAIRE, AU PRESIDENT
8 Février, Aux Délices*.
Monsieur,
1** Il doit vous importer fort peu , ainsi qu'au parlement, qui paye les frais du beau procèz de Panchaud, sa majesté ou moy. Ainsi , permettez que je vous recommande mon bon droit, comme Agnelet. ' J'ay eu beau demander, chercber un titre , un exemple qui prouvast que la justice de Tournay s'étend sur le fief de Genève où est située la cabane près de laquelle on a volé des noix et donné un coup de sabre. Je n*ay eu Dul éclaircissement. Je présente requête au parlement pour qu'il soit ordonné aux juges de Gex de faire apparoir comme quoy la justice apartient à Tourney 5 et faute de ce , le procèz fait à Panchaud sera aux frais de sa majesté : je ne vois rien de plus juste.
Je vous supplie donc, Monsieur, de faire donner au procureur qu'il vous plaira cette
* Dans la comédie de VAvocai Patelin*
io4 LETTRES DE VOLTAinE
ijiienne requête. Je vous serai Irès-obligé de celte bonté. Il faut secourir les gens en détresse. 2p Un point plus important est Tobjet de délivrer la province, grande comme uneépitre de Lacédémonien, de douze brigades d'alguasils qui la dévastent sans que nos seigneurs les fermiers généraux tirent un sou de ces déprédations.
Un fermier général va venir pour traitter avec la Province^ la Province avec la Compagnie. Vos cent dix mille livres serviront à libérer le pays, et vous produiront x pour cent.
3*^ Uneavanture de sbirres^ contribue à la libération de la province 5 la voicy : Le pain nian-« quant aux Délices, nous faisons venir de Fernex vingt-quatre coupes de bled ( car du bled à Tourney ! néant, grâce à l'administration de Cliouet, qui meurt ivre et ruiné ). Nous accompagnons nos voitures de Fernex d'un billet d'avis et de la permission du baclia de la province; trois domestiques sont envoyez l'un pour endosser la patente du bacba , les deux autres pour témoins. On nous saisit notre bled , nos équipages. Grandes plaintes, mémoires au contrôleur général , à Mg"^^ les fermiers généraux , à sa majesté M. l'intendant; procèz , écritures; enfin le contrôleur du bureau vient déclarer et
* Ce qui suit explique deux lettres à M^^^ d'Epinay (2948 et 2960 j édit, de M. Beuchot).
ET DU" PRÉSIDENT DE BROSSES. I o5
signer aux Délices que les employez sont des fiipous et qu'il les désavoue; et le lendemain le receveur vient déclarer et signer qu'ils ont fait uuj'aucc procèz-verhal , et qu'ils l'ont antidaté. Leurs aveus, et copies figurées, envoyées vite en haut, comme disent les petits, et si haut même que copie en parvient à Tassemhlée de nos seigneurs les fermiers généraux, le tout suivi de remontrances contre l'armée qu'ils entretiennent au pays de Gex et contre l'infernale administration de ce malheureux pays. Or, Monsieur, je vous demande sur tout cela votre protection immédiate.
4^ Qu'est devenue votre Salusterie ? Les discours de Gordon en français viennent de paraître^ . Il y a deux chapitres contre la monarchie papale et contre la monarchie jésuitique , qui ne sont pas à l'eau roze.
Ces Anglais pensent comme ils se battent. O noï poverini becchi ^ fututij'rancesi l
Mille respects , V.
* Discours historiques et politiques sur Salluste de Thomas Gordon, traduits par le pasteur calviniste P« Daudé. — 1759 , 2 vol» in- 12.
lo6 LETTRES DE VOLTAIRE
VOLTAIRE, AU PRÉSIDENT
Aux Délices, lo février.
Je reçois, Monsieur, la petite lettre dont vous m'honorez. Je vous remercie tendrement de louttes vos bontéz. Le Laillage de Gex me paraît plus cher que le parlement. — 600 +*" pour six noix! O temporal o mores l Je n'ay point d'ambition ; je ne me soucie en aucune façon d'être haut justicier d'un demi-arpent sur un fîef genevois'^. Mettons dans notre contract cette clause expresse. Pour Girod, il ne m'a jamais communiqué le moindre titre sur quoy que ce puisse être. Encor doit-on voir ce qu'on achète. Ne pourait-il pas me faire voir l'érecsion (5zr)de la terre, comme on me montra celle de la seigneurie de Fernex ? Cette seigneurie de Fernex, par parentèse, a un meilleur sol que la vôtre. Mais enfin vos 21000 "^ ne tiendront à rien. Je passerai même sur la difficulté que me fait le conseil de Mg^ le comte de la Marche^ en m'acordant remise de moitié sur Tourney, il veut que je paye les lods et ventes
* La Perrière,
d'une dixme de Fernex que je dispute contre des prêtres. On pourra s'arranger.
Je n'attends que la consommation de l'affaire de la province. Nulle difficulté de la part de la compagnie. On a un peu réformé à plusieurs reprises le projet deM*^ Fabri. En deux mots, le voicy : La compagnie offre 3oo,ooo'**'pourvingt ans 5 demande jusqu'à 7000"^ minots^au prix de Genève , si elle en a besoin, et veut gérer. Les charges de la province se prendront sur un petit impost établi sur bêtes à cornes. Tout cela est l'affaire d'un quart-d'heure , si on veut s'entendre; mais les affaires sont longues et bios akii (sic) vie courte.
Que dites-vous, Monsieur, des beaux vers du philosophe de Sans-Souci contre les crétiens? u4//ez lâches crétiens'^ y etc. Il les traitte comme à Rosbac ! Voylà un drôle de roy et un drôle de siècle !
J'ay toujours la guerre contre les sbirres. Les fermiers généraux révoq'jent le commis dont je me plaignais. C'est beaucoup d'obtenir cette justice ; mais qu'importe qu'on change un commis ? Il n'en faudrait point du tout. Je crois qu'il aurait fallu acheter une terre dans Eldo^
■ de sel.
* Vers de Vépitre au maréchal Keith, dans les Œuvres du P hilosophe de Sans-Souci, ^VoUàmm. (Paris), 1 760.
rado \)Our êlve libre. Dieu me préserve sur tout d'en acheter au Paraguai'.
Mille respects. V.
VOLTAIRE, AU PPiÉSIDENT.
• 5 Mars 1760.
Je prends votre lettre à rebours, Monsieur 5 je commence par avoir l'honneur de vous dire, que les négUgens Crammer ne m'ont envoyé aucuu in-12, ni sur les mœurs antiques, ni sur les mœurs modernes^. Vos ordres pour M. Jalabert vont être exécute's.
On a mis dans un caveau de Pierre Encise , tin certain Bonneville, confident du poète roi, lequel apportait de Berlin en France , de la prose un peu plus désagréable que ses vers.
La compagnie de la rédemption des captifs de Gex est toujours prête. Nous aurons sur la fin de la semaine un député des Soixante^, avec
' Alors bouleversé par l'exécution des édits de Pombal contre les Jésuites.
^ Le traité du Culte des dieux fétiches venait de paraître à Genève, et M. de Brosses avait chargé les Cramer d'en envoyer un exemplaire aux Délice*. , ^ Les soixante fermiers généraux,
lequel on pourra traiter. Je traite, moi, pendant ce temps -là, directement avec Mg^* le comte de la Marche, pour une somme fixe des lods et ventes de votre Tournay , afin que son conseil ne me persécute pas, comme il me persécute encore pour Ferney. Je lui dis respectueusement: En voulez-vous, n'en voulez-vous pas? Je me propose de faire écrire par la province à M. d'Annecy, pour qu'il lui plaise ne point damner ceux qui ont soin de leurs affaires le jour de Simon et de Jude, attendu qu'il vaut beaucoup mieux cultiver une mauvaise terre après la sainte messe, que d'aller boire de mauvais vin à ce maudit cabaret de la Perrière^ . Nos
* Bien des gens pensent que le cabaret n'est pas d'obligation pour qui s'abstient du travail les jours fériés. Puis, aujourd'hui que les fêtes sont supprimées, l'économie politique sait à quoi s'en tenir sur les bons mots du XVIIIe siècle à cet égard 5 les travailleurs le savent mieux encore. (V. les enquêtes faites en Angleterre sur la vilelé des salaires et l'exigence toujours croissante des fabricans envers leiirs ouvriers. ) On ne chôme plus les fêtes. Mais des populations entières s'étiolent et s'abrutissent chez nos manufacturiers , et le prix de la maind'œuvre ne suffit plus aux besoins de celui qui s'est fait machine à leur service. L'équilibre entre la consommation et la production est devenu aussi difficile à rétablir qu'une juste proportion entre le travail et le salaire. Le chômage des fêtes avait son bon côté, Avez-Yous ouï dire que Lyon s'insurgeât alors?
IIO tETTRES DE VOLTAIRE
restes de barbarie me de'plaisent souverainement; c'est ce qui fait que je me tiens aux Délices, parce qu'ailleurs je jure contre tout ce qui se passe.
En remontant article par article, je vous remercie du procureur Finot, et j'en profite; je crierai comme un diable jusqu'à ce que j'aie quelque preuve de ma prétendue haute justice
de B ^ ; 7^ ^^ veux point être le haut
justicier malgré lui»
L'affaire des brigands du bureau de Saconey est finie , grâce au ciel et à M. l'intendant; j'en ai remercié beaucoup ce dernier. Les fermiers généraux ont destitué le receveur et le contrôleur, et ils m'ont écrit que c'était par amitié pour moi ; je n'en crois rien du tout. On dispute en physique s'il y a des corps durs; moi je tiens qu'il n'y a rien de si dur qu'un corps politique et financier. Si le corps des financiers ne casse pas le corps de la brigade de Saconey, je lui ferai un petit procès criminel , comme à des faussaires qui ont antidaté leur grimoire-verbal, et j'aurai l'honneur de vous les donner à pendre pour vous amuser. J'étais dans la plus grande règle du monde avec ces coquins-là ; mes voitures s'étaient arrêtées au bureau , selon mes ordres ; tout était dans la
* Le mot est en toutes lettres dans l'autograplie.
meilleure forme du monde. Tout est prouvé } le crime de faux est prouvé aussi, et vous aurez sûrement la charilé de les faire pendre pour l'édification publique.
Je suis de voire avis , Monsieur : ubicum* que calcuLuîn ponas , iùi naufragium inve^ nies; mais je vous avertis que, si je ne suis pas parfaitement libre, je me jetterai la tête la première dans le lac.
Puisqu'il y a encore place dans ce chiffon, sachez que l'armée du poète-roi est plus brillante que jamais. Celle du prince Ferdinand attend i5,ooo Anglais pour négocier à coups de canons la retraite des Francs en deçà du Rhin»
Mille respects, reconnaissance et attachement. V.
VOLTAIRE, AU PnÉSIDENT.
lo Mars 1760, à Tournay.
Monsieur Jalabert^ , Monsieur, m'a donné les Fétiches 5 je l'avais déjà des mains des Crammer, mais alors je n'en soupçonnais pas l'au-
' Savant physicien de Genève , fort lié avec le P. de Brosses (Y. Biogr, univ. ^ XXI j 285^.
leur. J'iguoie quel .est cet honnéle homme ; mais il a raison, quel qu'il soit. Tout est fétiches, jusqu'à du pain. Les uns les prennent dans leur jardin, les aulres au four; je crois que mon fétiche, à présent, est M. Tronchin, car je n'en peux plus.
Je suis pourtant toujours occupé des choses terrestres 5 je ne saurais digérer la pancarte par laquelle on m'ordonne iucivilement de payer, sous peine de saisie, environ 600 livres tournois pour un Suisse dont je ne donnerais pas deux écLis. Je ne conçois pas pourquoi on veut toujours que je sois le haut justicier malgré lui. Jl me semble que la Perrière ne produit ni honneur ni profit. 11 y a quatremois que je cherche lin exemple de jugement rendu en ce lieu au nom du Haut-Justicier, et je n'en vois point. Il n'est point question dans vos aveux et dénombrement de justice étendue jusqu'à la Perrière; sur quoi donc me fait-on accroire que j'ai le beau droit de payer les sottises qu'on fait en cette partie du monde , et les noix qu'on y vole? Sur un bruit vague, lequel, jusqu'ici, n'a pas le plus léger fondement.
Si vous le pouvez, Monsieur, transeat à me calix istel Cependant que votre volonté soit faite. J'ai écrit au procureur que vous avez eu la bonté, Monsieur, de m'indiquer; je crois
£T DIT PRÉSIDENT DE BROSSES, ll3
mes raisons bonnes, et crois avec cela que je perdrai ma cause si vous ne prenez mon pani. Or je maintiens qu'un brave an tifëlichier comme vous doit prendre le parti d'un petit an tifëlichier comme moi, je irouve que les anlifélichiers devraient être unis, comme l'étaient autrefois les initiés; mais ils se mangent les uns les autres, témoin l'antifétichier de Berlin qui 3îi*a joué d'un tour.
Je crois avoir eu l'honneur de vous mander que j'avais écrit à Mg'' le comte de La Marche, et que je l'ai supplié de fixer une somme modique et honnête pour les lods et ventes de Tournay% afin que je n'eusse pas à essuyer les trèsdésagréables discussions que j'essuie encore pour les lods et ventes de Ferney.
Vous m'avez promis encore , Monsieur, que vous auriez la bonté de me faire part des aveux et dénombrements, et de l'érection de la terre.
Hoc eral in votis : modus agri non ita magnus, etc.
Le modus agri devient magnus, mais le revenu est parvus.
Le 3® vingtième est donc arrangé ? Il faut bien se ruiner pour se défendre, puisque les
* Ce n'était qu'un leufre prolongé pour empêcher la reconnaissance de l'état de la terre. Voltaire avait refusé de signer le duplicata de la promesse de vente ci-dessus, qui l'aurait juridiquement engagé.
Il4 LETTRES DE VOLTAIRE
Anj^lais se ruinent pour nous écraser. Je crois que M. rintendaut de Bourgogne aura bien de la peine avec les fermiers généraux , et peut-être Tunique parti qui restera pour ce pauvre pays de Gex sera de donner de Targent com[)iant au Roi, et de contraindre les ferniiers généraux à déguerpir.
Mille respects. V#
VOLTAIRE, AU PRÉSIDENT
Aux Délices, 17 mars*.
Je supplie monsieur rantifélicliier de n'être point anlivoltairc. Ce procureur Finot me mande qu'il faut s'adresser au Conseil pour ne point payer le grand procèz des six noix à 100 livres la pièce. Je m'adresse donc au Conseil. Pourqnoy donc vous, Monsieur le Président, m'avez-vous dit de m'adresser au Parlement? j'ay eu en vous une foy implicite, et voylà qu'on me fait courir à M. de Courteille !
A propos. Monsieur, j'ay reçu vos plans de Bourgogne 3 ils sont arrivez tout pourris. Notre
ET DU PRÉSIDENT DE BROSSES. Il5
terrain est indi^^ne de la Bourgogne 5 cependant le plan que je fis Tannée passée réussit fort bien.
Ayez donc, Monsieur, un peu de crédit auprès de Mg^ le comte de La Marche. Il n'a point cncor fini pour les lods et ventes de Fernay. Il me chicanne. Je veux éloigner toutte chicane pour Tournay. Je luy propose une somme fixe. Il me semble qu'il devrait bien l'accepter. Ou ne prend point assez à cœur la liberté du pauvre pays de Gex. Il n'y a certainement d'autre party à prendre que de se racheter en donnant une somme au Roy , qui s'accommodera comme il voudra avec les fermiers généravix. Ce n'est qu'avec de l'argent comptant qu'on réussit dans ce monde.
On dit qu'on va poursuivre les jésuittes, et frère Saci, et frère procureur, et frère provincial pour i5o, 000 livres tournois de lettres de change^ . S'ils n'ont pas d'argent, les jansénistes triompheront.
Je me mets aux pieds de mon grand antifé-
tichicr.
* Lisez 1 ,500,000 "H". Les Jésuites furent condamnés comme solidaires avec le P. Sacy , puis supprimés et bannis. Le président de Brosses appelait l'arrêt relatif aux 1 j5oOjOOot*' , une avanie à la turque»
Il6 rETTRES DE VOLTAIRE
VOLTAIRE AU PRÉSIDENT
Aux Délices , 9 avril ♦.
Le petit an llfé LÎ ciller remercie très-humblement le grand et sage antifétichier. J*ay reçu , Monsieur, louttes les pancartes que vous avez eu la bonté de faire dresser pour moy. La Perrière se trouvant hors des limites de la Bâtie et de Tournay , voylà la chose plus indécise que jamais. Plus je connais cette terre et plus je VOIS qu'il ne faut songer qu'au rural et très-peu au seigneurial. Mon occupation est d'améliorer tout 5 et je ne songe à faire pendre personne. Un honneur qui ne produit rien est un bien pauvre honneur aux pieds du Mont- Jura.
J'ay stipulé à S. A. S. une somme fort honnête pour son droit visigot. Je ne veux pas qu'il me traitte pour Tourney comme pour Fernex. M. le marquis de Chauvelin m'avait porté parole de sa part qu'il se réglerait suivant la manière dont M. Fabri' en userait, et à proportion
• Fabrv , subdélégué de l'intendance de Bourgogne à Gex, déjà nommé page 107. Une foule de lettres de Voltaire lui sont adressées.
ET DU PRÉSIDENT DE BrxOSSES. llj
de ce que je payerais à M. Fabri, son fermier. Cependant S. A. S. a exigé jooo livres au-delà de ce qui luy revenait, et je les ay payées pour ne pas avoir un procèz avec un prince du sang.
Quant au coup de sabre donné à un savoiard qui s'en porte très-bien et que je fis panser à Genève, à mes dépends, puisque le baillage de Gex a trouvé bon de faire tant de bruit , pour une omelette, j'ay toujours cru qu'il était dur qu'il m'en coûtât environ 600 livres sans que je sache seulement de quoy il s'agit, sans que j*aye vu les pièces du procèz , sans qu'il soit dit dans l'exécutoire pourquoy on me fait payer 600 livres. M. de Courteilles^ a ordonné que les receveurs du domaine eussent à surseoir leur saisie à Tournay. On dit cependant qu'ils la feront. Je n'entends pas les affaires» Je crie, et je compte sur vos bontez.
On fait un emprunt de 60 milions sur la province d'Alzace.
N. B. que S. A. S. ne m'a pas encor répondu sur l'offre que j'ay eu l'honneur de luy faire. Mille respects. V*
* Intendant des finances , fonctions auxquelles correspondent nos directions générales. M. de Courteilles, ex-ambassadeur en Suisse , avait épousé une fille de l'ancien premier président Fyot de la Marche (Claude-PhU'. lippe)j condisciple de Voltaire au collège Louis-le-Grand.
Il8 LETTRES DE VOLTAIRE
XXXVIÏ.
Vous me parlez, Monsieur, fort au long dans la lettre dont vous m'honorez, d'assignations, de procèz et de contestations sérieuses, toutes choses à quoi je ne songe nullement , ni à rien qui puisse troubler la bonne intelligence qui est entre nous, et qui, à ce que j'espère, y subsistera toujours. On vous a fait indiquer en la forme ordinaire un jour où il sera procédé à l'état et reconnoissance des bois, afin que vous y fassiez trouver quelqu'un de votre part. 11 faut bien , pour notre sûreté réciproque, et autant pour vous que pour moy, dresser cet état. C'est une chose qui se fait toujours en cas pareil à celui où nous sommes par la remise de 1768. Il eu a été question dèz l'an passé, et si vous avez la bonté de jeter les yeux sur nos lettres d'alors, vous verrez que je vous en ay détaillé les raisons, et que cette précaution d'u-
* Fin de mai l 'jdo. Réponse à une lettre de Voltaire, du 9 mai j qui ne s'est pas retrouvée.
ET DU TRESIDETCT DE BîlOSSES. II9
s.ige n*est pas moins nécessaire à voire cgard qu'au mien. Il ne s'agit nullement de procèz. Assurément je me flatte que nous n'en aurons jamais , vous et moy. Mais je crois que vous n'avez pas moins à cœur d'éviter qu'il n'y en ait jamais entre nos deux familles. Aujourd'hui , nons savons fort bien tous deux l'état des choses; mais il n'en sera pas de même de l'avenir, à moins qu'il n'y ait à présent un mémoire par écrit et en forme, servant à constater un jour en quel état les choses vous ont été remises, et s'il y a eu des chaugemens faits depuis la remise. Sans cela, nous laisserions aux nôtres la source d'une foule de tracasseries qu'il seroit peu sage de ne pas prévenir en suivant la forme usitée. Ainsi , pour peu que vous y veuilliez bien faire réflexion, vous sentirez que ceci, loin de vous mettre en allarmes, est une chose que vous devez vous-même désirer.
Elle n'a été différée jusqu'à présent que parce que vous m'avez vous-même demandé ce délai sur d'autres propositions 3 et en effet cette reconnoissance nous est inutile à tous deux , si vous devenez propriétaire du fond. Nous étions, ce me semble , à-peu-près d'accord l'an passé de nos conventions là-dessvis , par le petit mémoire qui me fut envoyé, que vous aviez dressé
avec Girod, ei apostille de votre main ' . Sur quoy, croyant la chose faite, j'envoyay les premiers jours de l'an les conventions de vente , revêtues de ma signature, obligatoire jusqu'au i^"^ février, et qu'il n'a tenu qu'à vous , jusqu'à présent, de souscrire , ainsi que je l'ay fait. Quelque peu de goût que j'aye pour me défaire de celte terre, je ne sçais ce que c'est que de rétracter une parole une fois donnée. Mais j'ay attendu jusqu'au premier de may sans que rien se soit terminé. Vous sentez qu'il n'est pas juste que je reste engage tout seul. Vous m'avez marqué vous-même que vous vouliez que ceci fut terminé avec célérité, et que tout à cet égard fut conclu avant Pâques^. Si le marché se fait , tout est dit; il n'y a qu'à le faire, puisqu'on en est convenu : s'il ne se fait pas , il faut reprendre tout de suite les choses où elles en étoient d'ailleurs. Mon petit garçon ne sera pas fâché de retrouver un jour sa vieille terre. Mais moy je souhaite qu'il en voye jouir longtemps et très-longtemps une personne qui honore son siècle, et de l'amitié de qui je fais plus de cas que de la terre.
Je ne sçais pas sur quoy vous m'objectez que
' V. ci-dèssus , p. 102. Les apostilles autographes de Voltaire subsistent dans la pièce originale.
* V. ci-dessus , p. 99.
j'ay coupé des bois à la foret depuis notre traité. Si vous voulez le lire, vous y verrez que j'^ay déclaré daus Tacte, que j'avois cy-devant vendu 8 ou i3 pieds de chesnes qui ne seroient pas compris dans la remise de la forest, et que ceux qui les avoient achetés pourroient emmener comme de raison. L^année précédente' , dans un temps oh il n'étoit pas question de notre marché /] ^yois vendu àCharlot, pourune assez bonne somme , dont je ne me souviens pas au juste à présent, une partie de coupe à faire dans Tune des quatre portions du bois que vous savez. Chariot a coupé selon notre convention , et a laissé dans cette portion , beaucoup plus qu'il n'y coupoit, comme je le lui avois dit, et comme tous les gens du pays qui le viennent de voirie sçavent. Mais , depuis notre traité, je ne me suis mêlé de Tournay ni de prèz, ni de loin.
" Cette date répond d'avance à tout ce que Voltaire imaginera tout-à-l'heure à ce sujet. Il paraît même que la vente faite à Chariot Baudy eut lieu lors du voyage de M. de Brosses à Tourney, en septembre ijSô ; deux ans avant le marché avec Yoltaire,
VOLTAIRE, AU PRÉSIDEI>fT ^
Je conçois, Monsieur, que M. rintendant (le Bourgogne, ou son subdélégué à Gex vous ait communiqué les pièces par lesquelles il est démontré que le seigneur de Tournay n'a pas pins de jurisdiclion sur Tarpent et demi, appelé la Perrière, que sur la ville de Pézenas^» Jamais problème n'a été résolu en plus de façons. Vos propres pièces prouvent d'abord que vos au-
* En tête est écrit de la main du Président : A sotte lettre, point de réponse,
* On a pu voir que ces 6oott* à payer comme hautjusticier de la Perrière n'avaient cessé de préoccuper le pliiiosoplie depuis sept mois (V. sa lettre du 3 décembre 1759, ci-dessus p. 94). H y revint plus tard, par une dénonciation en forme contre M. de Brosses, qui certes était étranger de tout point à cet incident, mais que Voltaire n'en dénonce pas moins au conseil d'état, comme entreprenant sur les droits de souveraineté du Roi, à propos delà Perrière. (V, Corresp, génér. Lettre à M. de Courteilles, du 18 novembre J761.) (3473 de redit, de M. Beucliot).
leurs achetèrent la jurisdiction des seigneurs de la Baslie : or , la justice de la Bâtie ne s'étendit jamais que jusqu'au grand chemin; la province de la Perrière est au-delà du grand chemin ; ergô.
2.^ Par vos aveu s et dénomhrements , il conste que vous n'avez jamais rendu foi et hommage de cette justice.
3^ On a produit plusieurs pièces par lesquelles la jurisdiction de Genève était établie sur cette province.
4^ Le conseil de Genève, extraordinairement assemblé en dernier lieu, a donné un certificat aulentique , par lequel il affirme que la république a toujours eu omnimode jurisdiction sur la Perrière, laquelle omnimode jurisdiction elle a cédée au Roy, en 1749» P'^ï* ^g traitté fait entre celte république romaine et le Roy de la Gaule Transalpine.
C'était un beau sujet de guerre Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Voilà une belle ambition d'ètro seitrneur du trou de Jeannot Lapin! A l'égard des six cents livres pour le procez de Panchaud, ce procez ne devait pas coûter six écus, et cet abus est un de ceux qui me font préférer les Délices au païs de Gex.
Celle affaire me conduii tout naturellement
12z{ LETTRES DE VOLTAIRE
a celle an petit bois de Tournay, que Girod nomme foiét, comme les Bohèmes apellaient la maison de Ragotin, château; vous pouvez être sur, Monsieur, que les ingénieurs du Roy qui ont arpenté la France par ordre du Roy, et qui n'ont point payé au cabaret par ordre du Roy, n'ont jamais trouvé d'autres dimensions à votre immense foret que celle de quarantetrois arpens et demi' .
De ces quarante-trois arpents et demi, vous en avez vendu la moitié en divers temps pour en avoir de l'argent comptant. Chouet , plus yvrogne que moy , et non moins imbécille, qui vous avait donné trois mille livres d'une terre qui n'en vaut pas deux mille , qui s'est ruiné à ce marché de fou, et qui va mourir insolvable; Chouet qui s'était fait votre fermier pour faire enrager son père le sindic; Chouet a ravagé le reste de votre forêt Hercinie, a laissé dépérir les prés et les vignes : j'ai tout raccommodé, parce que j'aime l'ordre; j'ai planté des arbres dans votre foret; j'ai fait porter de la terre neuve et meuble dans le champ maudit,
' Ce grief reviendra souvent dans la suite de celte correspondance. On voudra bien noter que Voltaire n'articule nullement ici , comme il le fera plus tard , que le Président lui eût garanti une contenance plus forte.
auprès de la foret, et j*ai rendu fertile une pièce de terre qui n'avait pas produit un grain d'orge depuis le déluge. Vous ne m'en sçavez nul gré, je le sçais bien, et je m'y suis très-bien attendu j j'ai fait le bien pour l'amour du bien même, et le Ciel m'en récompensera ^ je vivrai long-temps , parce que j'aime la justice. Les fermiei's généraux ne l'aiment point, aussi sont-ils maudits dans saint Mathieu, et dans le factuni de Ramponeau^.
Le Franc de Pompignan , natif de Montaul>an , est plus maudit encore pour avoir été orgueilleux.
Le Franc de Pompignan dit à tout l'uniwers , K^ue le roi lit sa prose, et même encor ses vers *.
Ne faites point l'honneur au ministère d'avoir fait couper la queue au chien d'Alcibiade pour détourner l'attention publique^ il a été servi très-heureusement, mais il n'a rien mis du sien dans cette affaire, et il ne s'est mêlé que de faire nourrir aux dépens du Roy, dans le château de la Bastille, le théologal de l'Enr
* Pamplilet de Voltaire.
* Vers du Russe à Paris , satyre de Voltaire. Il était encore alors dans la première ferveur de sa colère contre Pompignan, qui l'avait attaqué dans son Discours de réception à l'Académie française, le lO mars 1760,
ciclopédie' pour avoir très mal à propos foure la fille du maréchal de Luxen:i)ourg dans la querelle de Palissot. Les gens de lettres peuvent fort bien se jetter des pommes cuiltes au visage, mais il ne faut pas qu'ils en jettent aux Montmorencys. Je ne me mêle point de ces querelles^. M'"^ la marquise^ , et M. le duc de Choiseuil m'honorent de leurs bontés 3 le K.oy me protège, et je vis guaimeut.
Luc"^ est aux abois 5 la nouvelle a couru ce malin dans Genève que le duc de Broglle avait été battu, mais je n'en crois rien, et je crois qu'il battra. Je vous renouvelle, Monsieur, mon attachement et mon respect.
16 Juillet*
' L'abbé Mo relie t , pour sa Vision de Palissot, où se tronvait un trait un peu yif contre la princesse de Robecq, fille du maréchal de Montmorency-Luxembourg.
* Il s'en mêlait beaucoup ( V. la Corr. gé/i. de Juin et Juillet 1760).
' De Pompadour. Voltaire fut honoré depuis de la protection de M"^^ du Barry.
^ Le roi de Prusse. Une de ses armées avait été battue à Corbac, le 10 juin par le maréchal de Broglie, une autre taillée en pièces à Landsbut le 2,3. Le 12 juillet, Frédéric bombardait Dresde I Mais Voltaire en était en- • €ore aux nouvelles de juin.
Agréez , Monsieur, que je vous demande rexplication d'une chose tout-à-fait singulière que je trouve dans le compte de mes affaires que Ton vient de m'envoyer du pays de Gex , pour les années 17^9 et 1760. C'est à Tariicle des paiements qu'a faits le nommé Chariot Baudy , d'une coupe dehois que je lui avois vendue avant notre traité. Il me porte en compte et en paiement ce quatorze moules de bois vencc dus à M. de Yoltaire, à trois patagons le mouce le. 3> Et comme il pourroit paroîlre fort extraordinaire que je payasse le bois de la fourniture de votre maison , il ajoute pour explication, qu'ayant été vous demander le paiement de sa livraison , vous l'aviez refusé en affirmant que je vous avois fait don de ce bois. Je vous demande excuse si je vous répète un tel propos : car vous sentez bien que je suis fort éloigné
* Janvier 1761 . Il paraît qu'il y eut une interruption cle six mois dans la correspondance, la lettre du ^6 juillet J760 étant restée sans réponse.
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de croire que vous Tayez tenu , et je n'y ajoute pas la moindre foi. Je ne prends ceci que pour le discours d'un homme rustique fait pour ignorer les usages du monde et les convenances 5 qui ne sait pas qu'on envoie bien à son ami et son voisin un panier de pèches ou une demi-douzaine de gélinotes^ mais que si on s'avisoit de lui faire la galanterie de quatorze moules de bois ou de six chars de foin , il le prendroit pour une absurdité contraire aux bienséances , et il le trouveroit fort mauvais.
Le fait , dont je me souviens très-netlement, est que, me parlant en conversation de la rareté du bois dans le pays et de la peine que vous aviez à en avoir pour votre ménage , j'eus l'honneur de vous répondre que vous en trouveriez aisément sur place, vers Chariot, de Chambézy , qui veudoit actuellement ceux qu'il avoit eus de ma coupe, et que, si vous vouliez, je lui dirois de vous en fournir 5 à quoi vous me répliquâtes que je vous ferois grand plaisir. Quelque temps après , nous rencontrâmes cet homme à qui je dis de vous mener les bois de chauffage dont vous aviez besoin ; voua lui ajoutâtes même de vous en mener deux ou trois voitures dès le lendemain , parce que vous en manquiez. Voilà toute la part que j'ai à ceci 5 et je vous offenserois sans doute si je m'avisois
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d*y avoir celle de payer la commission. J'espère que vous voudrez bien faire incontinent payer cette bagatelle à Chariot, parce que, comme je me ferai certainement payer de lui, il auroit infailliblement aussi son recours contre vous , ce qui feroit une affaire du genre de celles qu'un homme tel que vous ne veut point avoir.
J'ai l'honneur d'être, avec rattachement infini que je vous ai voué, Monsieur, etc.
VOLTAIRE, AU PRÉSIDENT
Au cKâteau de Ferney , 3o janvier 1761.
11 ne s'agit plus ici, Monsieur, de Charles Baudy , et de quatre moules de bois 5 il est question du bien public, de la vengeance du sang répandu , de la ruine d'un homme que vous protégez, du crime d'un curé qui est le fléau de la province , et du sacrilège joint à l'assassinat. Le procureur de cet infortuné de Croze est à Dijon ; Girod , qui conduit l'affaire, n'entend point du tout la procédure criminelle. Le curé de Moëns emploie le sacré > le profane^
le ciel et la terre pour accabler l'innocence, que vous protégez. Il est inouï qu'un homme, convaincu d'avoir été chercher lui-même, à une demi-lieue de chez lui, des assassins dans un cabaret, de les avoir armés, d'avoir frappé le premier, d'avoir encouragé les autres à frapper, n'ait été qu'assigné pour être oui , tandis que ses complices, cent fois moins coupables, ont été décrétés de prise de corps.
11 est beaucoup plus étrange que le curé de Moëns ait obtenu une attestation de vie et de mœurs du Conseil de la ville de Gex , malgré la réclamation du notaire-conseiller Vuaillet , au fils duquel ce même curé de Moëns donna un soufflet en public, l'an 1758, soufflet pour lequel il essuya un procès criminel, dont la minute est au greffe , et qu'il accommoda pour cent écus.
J'ai enlre les mains les dépositions de cinq personnes qu'd a rouées de coups; il est essentiel que les preuves de tous ces excès soient jointes au procès , pour contrebalancer, ou plutôt pour anéantir l'indigne certiflcat que cet insolent curé a arraché à la complaisance des conseillers de Gex. Le sieur Girod ne veut pas comprendre de quelle importance est cette réquisition, et combien elle sert à détruire les défenses du curé qui prétend n'élre sorti de
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clicz lui à dix heures du soir , et n'avoir armé cinq hommes de hâtons ferrés, que dans une sainte intention, que pour empêcher le scandale.
Un avocat de Paris, que j'ai fait venir, est d'une opinion hien différente du S^ Girod 5 il prétend que cette réquisition est d'une nécessité indispensahle. Vous savez sans doute à présent, Monsieur, que le sacrilège est joint à l'assassinat. Le jésuite JeanFessi, aumônier du Résident à Genève, a osé refuser l'ahsolution à la fille de Croze, jusqu'à ce qu'elle eût engagé son père à cesser toute poursuite , jusqu'à ce que la sœur eût trahi le sang de son frère, et le père le sans de son fils.
Mon avocat assure que , dans des cas pareils , on exige le serment de la fille et le serment du confesseur. Ces deux serments , quand ils sont contradictoires, ne décident rien 5 mais les juges voient aisément de quel côté est le parjure. Il est même à croire que Fessi ne se parjurera pas; car je sais qu'il est persuadé par le curé de Moëns, et qu'il croit qu'il ne s'était rendu le 28 déc au logis où soupait de Croze, que pour prêcher la morale à coups de bâtons, selon ces paroles : Contrains-les d'entrer.
Il est donc indispensahle que le jésuite Fessi soit mis en cause \ et pour ne vous point fatiguer, Monsieur , je vous prie de renvoyer ma
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lettre à M. Girod, avec une simple aposlille de votre main y ou dictée par vous.
Tous les gentilshommes du pays sont dans l'indignation la plus violente, mais aucun ne secourt de Croze^ je suis son seul appui; je lui prèle de l'argent, comme j'en ai prêté à MM. de Crassy, gentilshommes au service du Roi, pour rentrer dans leur bien usurpé^ par les jésuites ; mais je serai obligé d'abandonner de Croze, s'il n'a pas de courage , et s'il ne fait pas toutes les poursuites que doit faire un père qui a son fils à venger d'un monstre.
Au reste, Monsieur, vous ne pouvez mieux placer votre protection et votre pitié que dans cette affaire , qui crie vengeance à Dieu et aux hommes.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus respectueux attachement , Monsieur,
Votre très-humble etc.
' Lisez acheté (Voy. la lettre à Helvétius du 2 janvier 1761 , édit. Beucliot, t. LIX, p. 224» ligne 2). Ce bien avait été régulièrement vendu pendant la minorité de MM. de Crassy pour éteindre une dette. Ils y rentrèrent sans résistance, en vertu du retrait lignager. 11 n'est pas mal de dire les choses comme elles sont , même quand il s'agit de Jésuites.
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Le 11 février 1761.
Je vois, Monsieur, par plus cVuue preuve, que vous vous intéressez très-vivement au S^ de Croze, et aux excès et mauvais traitements faits à son fils par le S*^^ Ancian , curé de Moëns. Je ne prends pas moins d'intérêt que vous au S^ de Croze. C'est un très-honnéte homme, que je connois et qne j'aime depuis fort long- temps. De plus, sa plainte est juste , et le curé veut en vain couvrir ses violences , si extraordinaires , du prétexte de mettre le bon ordre dans sa paroisse. On ne peut assurément plus mal s'y prendre , et ce n'est pas à des remontrances de cette espèce que le fils de de Croze devoit être exposé de la part du curé , s'il se trouvoit répréhensible pour être allé chez une femme de mauvaise vie, chez qui d'ailleurs il ne se passoit en ce moment ni bruit ni scandale. J'ai pris soin de me faire très-bien informer du fait par des personnes impartiales. Je vous dirai même que j'ai vu les informations qui sont les
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seules choses que les j"ges écoulent en pareille xualière 5 et quoique je n'aie pas été facile d'être instruit de celte manière directe, je n'ai pas laissé que de beaucoup gronder celui qui éioit en état de les montrer, car en cela il a \iolé la règle, dont on ne doit jamais se départir.
Le fait me paroît clair en ce qii'il contient : il est grave et peut-être prémédité 5 mais vous ne devez pas douter que, lorsque l'on en viendra aux confrontations, les accusés ne fassent les derniers efforts pour faire tomber par des reproches les principales dépositions des témoins, et empêcher qu'elles ne soient lues à la Tournelle. Je vois assez d'avance quels sont les reproches bons ou mauvais qu'ils allégueront contre chacun. Je suis très-fàché delà chaleur et de la cabale que j'apprends qu'on met de part et d'autre dans cette affaire. Ceci est un procès criminel comme cent mille autres, qui veut être suivi comme tous autres, sans déclamations extrajudicielles qui n'y servent à Tien, et en le renfermant dans le fait même et dans la résolution constante de ne pas quitter prise que l'on n'ait eu justice de l'outrage.
J'ai appris qu'il y avoit encore plusieurs témoins qui pouvoient être entendus dans une plus ample information , et que vous en aviez
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fait venir quelques-uns chez vous ^ où ils avoient déclaré ce qu'ils savoieiit. J'en suis fâché et je ne voudrois pas qu'on pût objecter que l'on a cherché à pratiquer d'avance des témoins qui en pareil cas doivent être d'une impartialité complète et reconnue. Trop de cha.-