VOLTAIRE , A M. DE COURTEILLES
CONSEILLER d'ÉTAT.
A Ferneyj 18 novembre 1761.
Monsieur, si M. le président de Brosses est Roi de France , ou au moins de la Bourgogne cis-jurane ^ ? je suis prêt à lui prêter serment
cule affaire sera abandonnée ( voir lettre LUI ci-après). On conçoit qu'il convint à Voltaire de présenter le moyen de conciliation proposé comme une victoire. (Voir également les lettres LIV et LV, écrites par Voltaire à M, de Ruffey.) — Au moins est-il certain que l'affaire ne reparut plus au bailliage de Gex,
Du reste la lettre qu'on vient de lire, toute d'abandon et de premier mouvement, résume très-bien cette inqualifiable contestation. On peut regretter que M. de Brosses ne se soit pas résigné plutôt à demeurer dupe 5 mais il paraît difficile de préférer le rôle de Voltaire à celui du Président.
' Barberie de Courteilles , ex-ambassadeur en Suisse 9, mari de Madeleine Fyot de La Marche , fille de l'ancien premier Président de ce nom (Claude-Philippe), dont Voltaire avait eu la visite deux mois auparavant.
* Le pays de Gex formait précisément la frontière de la Bourgogne cis-jurane , parce qu'ij était au pied du Jura , du côté de l'Italie*
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de fîdëlilé. Il n'a voulu recevoir ni d'un huissier, ni de personne, Tarrét du Conseil à lui envoyé, par lequel il devait présenter au Conseil du Roi les raisons qu'il prétend avoir pour s'emparer de la Justice de la Perrière qui appartient à S. M. '.
Il me persécute d'ailleurs pour cette bagatelle, comme s'il s'agissait d'une province. Yous en jugerez, Monsieur, par la lettre ci-jointe
' Voy. page 9.4, note 1. —Une lettre du président de Brosses à Voltaire , tardivement retrouvée , rétablit dans son vrai jour sa manière d'agir au sujet de cette interminable contestation de la Perrière. Voici cette nouvelle lettre, qui est de mai 1760.
« On m'a envoyé de Paris, Monsieur, des extraits de pièces et mémoires que vous avez envoyés au Conseil pour établir que l'endroit de la Perrière où s'est commis le délit de Panchaud , est de la justice et juridiction de Genève, non de celle de Tournay , et que la République ayant cédé ce droit au Roy, par le traité du mois d'aoust 1749 , ce n'est ni au seigneur de Tournay , ni à Mong*^ le comte de La Marche , seigneur engagisle de Gex ^ à faire les frais de la procédure, mais au Roy lui-même.
« Je souhaite fort que cet article de frais , dont l'honneur n'est nullement désirable , puisse regarder S. M. J'ay fait ce que j'ay pu pour faire entrer dans cette idée M. le Procureur Général , qui , de son côté, avoit bonne envie d'y être; et j'ay eu l'honneur de vous envoyer la note de ce que j'avois d'enseignements là-dessus, qui n'étoient pas trop favorables. Je désire de tout mon cœur que vous en ayez trouvé qui le soient davantage.
<« Pour moy , je n'ai jamais rien ouy dire de pareil. Je n'ay pas sçuque la République de Genève ayt jamais prétendu ni exercé aucune jurisdiction sur ce canton, qui est du territoire de la
iSf LETTRES DE VOLTAIRE.
qne j'ai été forcé de lui écrire ' , et dont j'ai envoyé copie à Dijon à tous ses confrères, qui lèvent les épaules.
Au reste , Monsieur, je ferai tout ce que vous voudrez bien me prescrire, et je vous obéirais avec plaisir, quand niênie je serais Roi de la Bourgogne cis-jurane, ainsi que M. le président de Brosses.
J'ose imaginer, Monsieur, que le Roi peut a toute force conserver la Justice de la Perrière , malgré la déclaration de guerre de M. le Président^.
J'ai riionneur d'être , etc.
France, mais au contraire qu'elle y a été exercée par le juge de Tournay.
« Mais, comme d'une part , je souhaite de tout mon cœur que vous puissiez être déchargé de cette épave désagréable, et que d'autre part , il ne seroit pas naturel que je me misse moi-même de la partie contre les droits de ma terre , je resterai neutre sur ceci , sauf à revenir un jour à dire mes raisons, si elles sont bonnes , dans un temps où vos intérêts ne seront pas compromis.»
' La lettre du 20 octobre 1 1761. On voit que Voltaire n'épargnait rien pour la publicité de ce libelle.
* Cette lettre , publiée pour la première fois par Pédi» teur de i8c8, a depuis été reproduite dans toutes les éditions de la Corr. gén. On ne la donne ici que pour compléter les pièces justificatives du démêlé de A'^oltaire avec le président de Brosses.