XXV
Au château de Ferney, 29 mars 1761.
Le pauvre masson de Ferney, Monsieur, travaille à force pour se mettre en état de vous recevoir , tant bien que mal, dans sa cliaumière, vous et M. de La Marche'. Je ne compte pas trop sur M. de Pont-de-Vel*, lequel ne pense pas qu'il y ait de salut hors de Paris 5 pour moi, ce n'est pas Paris que j'aime, c'est Dijon. Et si je n'étais pas masson, laboureur, barbouilleur de papier et malade, je quitterais mes atteliers et mon médecin pour venir jouir de la société charmante que je trouverais dans votre \ille. Vous verrez, par la petite Epître ci jointe ^ , si je suis attaché à la campagne. C'est à vous, Monsieur, que je dois des remercimens de la place dont votre
* Donuée pour la première fois par feu Girault, en 1819, et rtimprimée par M. Beuchot , sous le n» 3283. On la donue pour réunir dans un seul volume toutes les lettres de Voltaire à M. de Buffey.
^ L'ancien premier pre'sident de la Marche, né à Dijon le 12 août 1694 , mort en cette ville le 3 juin 1768. — Voir du reste Tavant-propos des lettres qui lui sont adressées (ci-dessus, p. 262 ).
^ Pont-de-V^eyle, frère aîné de d'Argental, était intimement lié avec l'ancien premier président de la Marche. Voir ci-dessus, page 268, note 2.
3 L'épitre à M^e Denis sur V AgricuUure , (t. xiiide l'cdit, de M. Beuchot).
A M. DE RUFFEY. 35 1
Académie * veut bien mUionorer. Je vous snplie de lui faire agréer mes profonds respects et ma sincère reconnaissance. Ce sera une raison de plus pour m'engager au voyage de Dijon , s'il peut y avoir quelque nouveau motif après celui de vous embrasser vous et vos amis. J'espère que nous raisonnerons de tout cela au mois d'aoust dans ma chaumière de Ferney.
J'ai l'honneur d'être avec l'attachement le plus inviolable, Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Ferney, le 24 avril 1761.
On m'a traitlé comme un petit enfant : on m'a envoyé des confilures de Dijon ^ mais je ne sais pas qui m'a fait celte galanterie^. Je
' Voltaire ne fut nommé membre honoraire non résidant de l'Académie de Dijon que le 3 avril 1761 , en conséquence de la lettre présente. Mais M. de Ruffey lui avait écrit le 21 mars pour lui offrir ce titre au nom de la compagnie, afin de s'assurer qu'il ne le dédaignerait pas.
^ C'était M. Quarré de Quintin, procureur général au Parlement de Dijon, à qui Voltaire avait envoyé ses ouvrages.
35a LETTRES DE VOLTATUE
so'npçoiiiie M. le P. de Ruffey, et je le supplie de vouloir bien me dire ce qui en est ou ce qu*il en sait.
Je vous avais repondu, Monsieur, sur une proposition que vous m'aviez faitte^. Je vous adressai un assez gros paquet sous l'enveloppe de M. de Varcnne ^. Depuis ce tem{)s nulle nouvelle. On a sans doute changé d'avis. Je n'en cliangerai jamais sur votre compte ny sur la hardiesse que j'ay de vous attendre au mois d'aoust dans ma chaumière de Ferney, encore ouverte de tous côtés. Je vous embrasse de tout mon cœur, philosophiquement et sans cérémonie.