XXXII
Aux Délices, 27 juin 1762.
Je vous dois bien des remercimenls, Monsieur , pour les pièces d'un procèz que je voudrais voir fini^. Quand vous pourrez m'envoyer le petit Mémoire que vous m'avez promis^ , je vous garderai secret et fidélité. Vous aurez en revanche des pièces bien singulières et bien intéressantes d'un autre procèz "^ .
J'ai commencé par faire travailler votre dentiste sur les belles dents de M"® Corneille. Pourquoy parlez-vous aujourdui des opuscules du philosophe de Sans-Souci dont on ne parle plus ? Vous voylà bien scandalizé de ce qu'il écrit au maréchal Keit , comme Lucrèce parlait à Memmius, et comme Cicéron ^ et César s'ex-
' Il manque ici une lettre du 26 mai 1762. Voir cette lettre dansla Correspondance de Brosses, plus liaut, page
^ Il s'agit toujours de l'affaire Varenne.
5 Probablement la brochure de M. de Bévy.
^ L'affaire Calas.
^ 11 est curieux de faire de Cicéron un matérialiste. Voltaire n'avait-il donc pas lu Cicéron? Peut-être.
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pliqnaient en plein scnal. Si vous voulez éire scandalizë , soyez-le de ce que ce piélendn philosophe a immolé plus de qualie cenl mille hommes à sa peliie amhiiion d'acquérir une pelite province.
Il y a un décret de prise de corps contre Jean- Jaques, à Genève comme à Paris. 11 est puni pour les seules choses hien écrites qui soient dans ses mauvais livres. Ce polisson s'est avisé d'écrire sur l'éducation 5 mais auparavant il eût fallu qu'il eût eu de l'éducation luy-même.
Une chose plus importante que j'ay à vous dire, c'est qu'il y a de bonnes raisons d'espérer la paix en Allemagne ; mais :
Belle Phllis , on désespère, Alors qu''on espère toujours.
De qnoy s'avise le président de Brosses de montrer mes lettres ^ ! Ouy, je crie contre les fêtes, je fais travailler les fêtes. 11 est abominable d'avoir soixante jours consacrez à l'ivrognerie^. C'est une affaire de police dont tous les Parlemens devraient se saisir. L'agriculture est plus agréable à Dieu que la taverne. Les
' Il s'agit apparemment de la lettre xxxiii ci-dessus. *— V. p. 109.
* Y. la note de la page 1C9.
Sauvages en cela sont niienx policéz que nous ^ . Mille respecls à madame la présidente, et vale dulcissime reruin,
J'ai l'honneur de vous renvoyer, Monsieur, votre numéro seize. Tout ce que j'ai lu sur cette affaire achève de me prouver que toutes nos loix ont, comme Janus, deux visages, ou plutôt que nous n'avons point de loix, et qu'aucun état en France n'a de bornes reconnues.
Le numéro 16 m'a fait bailler ; mais je crois que les pièces que je vous envoie vous feront pleurer et frémir. Vous verrez combien l'esprit de fanatisme est plus funesle que l'esprit de corps. Celte affaire ^ commence à faire à la Cour le bruit qu'elle mérite, et peut-être ne fera-t-elle que du bruit.
Encore une fois, plus je vois tout ce qui se passe dans le monde, et plus j'aime ma retraitte. Il est vrai que Jean- Jacques, brûlé à
* Posé le cas que les Sauvages honorent l'agriculture et la préfèrent aux liqueurs fortes.
* Celle des Calas.
Genève, et banni de Berne , est retire dans une vallée ineonnue de Neufchatel 5 mais je donle que ses paradoxes et ses contradictions politiques plaisent au Roy de Prusse. Ce petit bonhomme a voulu être singulier, et ne sera jamais que singulier. On dit qu'un jour le chien de Diogène rencontra la chienne d'Eroslrate et hii fit des petits dont Jean-Jacques est descendu. Adieu , Monsieur , les tracasseries de votre Parlement finiront, parce qu'il faut que tout finisse. Je vous embrasse tendrement.
21 juillet 1762, aux Délices.
XXXIY^.
14 janvier 1763, à Ferney,
Je ne vous écris point de ma main , mon cher Président, parce que je suis malingre à mon ordinaire, mais mon cœur vous écrit 5 il est pénétré de vos bontés. Je vois qu'il vous est dii quelqii'argent , que vous avez bien voulu avancer pour moi. J'ai mandé à mon banquier de Lyon, M. Camp , de vous le faire rembourser par son correspondant de Dijon : pour moi je vous rembourse par mille remerciemens.
Yous m'avouerez qu'il est plaisant qu'un Parlement
* Publiée par Girault en 1819, réimprimée par M. Beuchot n°
dise à un autre Parlement: Nous chasserons les Jésuittes si vous prenez notre parti. Ne trouvez-vous pas que c'est là rendre une justice impartiale? Si lesjésuittes sont intolérables par leur constitution, leurs maximes et leur conduite , faut-il faire son marché pour les juger?
Je suis très instruit de la conduite de David et d'Absalon. Je trouve le jugement des arbitres assez raisonnable, quoiqu'il ait un peu passé les bornes de son pouvoir. Je conseille très fort à notre ami , de s'en tenir à ce jugement, et de finir pour jamais une chose si désagréa- Lle. Je vous prie même de l'engager à ce léger acquiescement qui fera son repos. 11 sera honorable pour lui de céder un peu de ses droits , et de ne pas paraître traiter son fils à la rigueur. Écrivez-lui , je vous en conjure , la lettre la plus forte. Les meilleurs magistrats doivent faire dans leurs intérêts personnels, ce que les meilleurs médecins font dans leurs maladies : ils consultent d'autres médecins.
Je me mêle peu du temporel de Corneille, je ne suis que pour le spirituel. Je crois qu'il y a dans votre capitale de Bourgogne , un libraire correspondant des Cramer pour les souscriptions 5 c'est tout ce que j'en sais.
Je vous remercie de votre nouvelle liste ; je vois avec grand plaisir que le nombre et le mérite de vos Académiciens augmente tous les jours : c'est votre ouvrage et je n'en suis pas étonné.
Malgré les neiges qui me gèlent et une bonne fluxion sur les deux yeux, je vous dirai que celui qui se proposait pour épouser M^lie Corneille était M. de Cormont'j
* Voyez ci-dessus, note 2, p. 2i
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capitaine de cavalerie , fils du Commissaire des guerres de Cliàlons. Je donnais une dot honnête, mais le Commissaire ne donnait rien du tout, et la raison sans dot
n'a pas réussi.
Je vous emLrasse Lien tendrement.
Fcruey, 3o janvier 1763.
En qualité de quinze-vingt , je ne vous écrirai point de ma main, mon cher Monsieur 5 je bénis Dieu des rigueurs de M. de Colmont le père : il s'est trouvé siu^-le-cliamp un jeune gentilhomme, mon voisin, n'ayant ni père ni mère, et dont les terres louchent précisément les miennes ^. Il n'est à la vérité que cornette de dragons, mais il l'a emporté sur le capitaine, et je fais dans quelques jours le mariage de M^^*^ Corneille. Je n'ai point d'enfants, et je m'en suis fait 3 je suis heureux du bonheur {\es autres, et c'est la consolation de ma vieillesse.
Je souhaite passionnément que M. de La Marche rende la sienne heureuse, en finissant pour jamais toute discussion avec M. son fds.
' M. Dupuits.
L'un et Faulre perdraient de leur considération à disputer davantage. C'est à eux à être arbitres , et non à avoir besoin d'arbitres.
En vous remerciant de l'épigranime sur le cocu du Parlement de Toulouse , je souhaite que ce soit un des juges des Calas 5 mais des cornes et des chansons sont une punition trop légère de l'abominable jugement qu'ils ont rendu.
J'espère que, dans huit jours, nous obtiendrons la révision au Conseil 5 mille accidens nous ont retardés.
Pour les Jésuittes , je les trouve des fous ; il faut avoir bien peu de raison pour se plaindre de retrouver sa liberté avec un juste-au-corps et une pension^ mais l'esprit de corps et l'esprit de parti seront toujours plus forts qiie la philosophie 5 ils ont imprimé une grande déclamation, intitulée : Apologie générale , qui ne leur fera pas de nouveaux amis 5 ils y disent tant de bien d'eux , et tant de mal de leurs adversaires 5 ils sont si fiers dans ce qu'ils appellent leur malheur 5 ils se regardent comme des sens si considérables et si nécessaires au monde, qu'on serait tenté de les humilier encore davantage. Ce n'est pas le tout d'être chassé, il faut encore éire modeste.
Je voudrais bien que votre Parlement se re-
A M. DE RUFFEY. o6(^
mît un peu à être Perrin-Dandiii ^. J'ai une cause à lui mettre es mains , non pas pour moi , mais pour gens dont on a pris le bien , et qui ne peuvent mais des querelles du Parlement avec les Elus ^.
Adieu, Monsieur, mes respects très-humbles à madame votre femme. Comptez sur la tendre amitié de V. T. H. Ob. S.'-'- , Y.
A Ferney , z3 juillet '^.
Quid te exempta juvat spinis e pluribus una. Aquoisert^ mon cher Président, de chasser des
' Par suite de l^affaire Varenne , le Parlement avait cessé d'expédier les procès, /es magistrats ne se reconjiaissant pas l'esprit assez libre pour rendre la justice aux sujets du Roi.
^ Les Elus étaient des commissaires représentant les États de Bourgogne durant l'intervalle des sessions, qui étaient triennales. C'était en leur nom que Varenne avait attaqué, dans un Aï émoi re y la possession où était le Parlement de refuser l'enregistrement d'un édit bursal , lors même que Timpôt avait été voté par les États,
SjO LETTRES DE VOLTAIRE
Jésuiles % quand ou conserve un las de moines qui dévoienl la terre dont ils sont le fardeau ?
C'est aparemnient pour envoier son portiait aux sint^es des terres australes, que le petit singe ^ dont vous me parlez s'est fait graver. H devait m'averlir , j'aurais fait l'inscription,
J'ay vu beaucoup de Bourguignons dans ma retrailte de Ferney , qui est assez jolie ; mais c'est vous que j'aurais voulu y voir. Je suis toujours faible , quelquefois aveugle. Je traîne ma vie comme je peux.
J'aurai l'bonneur de vous envoier le second volume de Pierre ^ dès que j'en aurai à ma disposition. Je vous ferai une pelite pacotille que je voudrais pouvoir vous apporter moy-méme.
Vate et me ama,
* Exclus du ressort du Parlement de Dijon par arrêt du 1 1 juillet 1763.
* De telles injures ne nuisent guères qu'à celui qui les profère.
^ Le second volume du théâtre de P. Corneille avec commentaire, ou de V Histoire de Russie sous Pieire-le- Grand. Voltaire menait de front ces deux ouvrages. Le premier volume de Corneille parut en \j6i'^ on ne sait passi le second avait déjà vu le jour quand ce travail fut interrompu pour donner suite à celui sur Pierre-le- Grand. H est positif que la seconde partie èi^V Histoire de Russie vit le jour en 1763. Mais le mot pacotille y qui suit, paraît indiquer le théâtre de Corneille, auquel avaient souscrit plusieurs Dijonnais.
A M. DE PvUFFEY, 87 1
3oe August. 1763, à Ferney.
Mon clier Président , quand vous me mandez qu*on viendra dans mon petit pays, ponrquoy ne me mandez-vous pas que vous viendrez aussi ? Je ne réponds point à M. le Premier Président ' , qui a bien voulu me faire part de son voyage. Vous m'avez mandé qu'il serait le trente et un dans le pays genevois. Ma réponse est de l'attendre. Je voudrais bien aller voir le père à La Marche , mais je perds la vue, je n'ay point de santé , et je ne peux quitter ny Corneille , qui est bientôt fini , ny mes ouvrages de campagne , que je préfère indniment à Pertarite , à Téodore y Suréna ^ Attila y Otoji ^ Pulchérie y etc. , qui ne valent pas un char de regain.
Je vous aime ; je vous estime, je vous respecte,
' Jean-Pliilippe Pyot de la Marche j mort en 1772, fils du contemporain de Voltaire,
8e Janv : 1764? à Feraey.
Je vous jure, mon cher président, que je n*ai envoyé aucun conte à Dijon , excepté un compte à mon procureur de tout ce que me demande mon Curé ; et ce compte est une chose tout à fait différente du conte de ce qui plaît aux dames \ Je ne sçais comment ce petit amusement a percé dans le monde 5 tout ce que je sais , c'est que c'est un conte de ma mère l'oye , un conte de fées.
J'ai ouï dire que ces créatures qui dansaient sur l'herbe, en ne La touchant pas , étaientdes fées 5 et l'Académie de Dijon sait sans doule que ces demoiselles dansaient en rond , et qu'elles disparaissaient dès qu'on les regardait. Je ne connais point l'auteur de ce conte , mais je me doute bien qu'il n'acceptera pas les trois vers qu'on lui propose ^. Si ce petit ouvrage m'était tombé entre les mains , et si je l'avais
' Imprimé dans le t. XIV de rédition Beucliot.
* Il s'agissait d'une correction proposée par M. de Ruffev.
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euvoic à quelqu'un à Dijon , c'aurait été sûrement à vous.
Il y a un ouvrage plus intéressant , qui commence à percer un peu dans le monde : c'est un essai sur la tolérance ^ ; il y en a très-peu d'exemplaires; si je puis en trouver un , je ne manquerai pas de vous le faire tenir. L'auteur est, à ce que je crois, un protestant assez instruit, qui demande que ses frères puissent cultiver leurs terres en France , au lieu d'enrichir les païs étrangers. On en a envoie un à M. de Quintin , voire ami ^ priez-le de vous le prêter, et demandez-lui, je vous prie , ce qu'il en pense. Je m'uiléresse à cet ouvrage, parce que l'auteur me semble n'avoir en vue que le bonheur du genre humain , chose à laquelle ne pensent guère ceux qui sont à la tète de quelque parti que ce puisse être de ce pauvre genre.
Je croiais M. l'ancien Premier Président de La Marche à Paris 3 je le félicite d'être à Lamarche , et je vais incessamment lui écrire.
Diles-moi , je vous prie , quel besoin une Académie a d'un protecteur ^ , et à quoi un
* Traité de la TolérancCy imp. t. XLI del'éd. Beuchot.
* L'Académie de Dijon venait de se donner officiellement pour protecteur le prince de Condé (Louis- Josepli), morten 181 9.
prolecleur lui est bon ? Le prolecteur de l'Academie Française lui donne soixante et dix écus par séance , quarante fauteuils de velours , un Suisse, du bois , des bougies, le droit de committïmus ' 5 c'est du moins quelque cliose.
Portez- vous bien , mon très cher Président. Je perds la vue , et je perdrai bientôt la vie ; il n'y a pas grand mal à cela 5 je vous embrasse de tout mon cœur.
28 Juill : 1764, à Ferney.
M. Legout ^ fait fort bien , Monsieur , de s'en tenir à l'histoire naturelle des orangers en pleine terre , et des fleurs qu'il voit naître au
' Terme de cliancellerie exprimant le privilège de plaider en première instance devant certains juges et d'y faire évoquer les causes auxquelles les privilégiés auraient intérêt. Les membres de l'Académie française avaient le droit de faire juger leurs procès comme les princes du sang , par les requêtes du palais ou de l'iiôtel,
* Legouz de Gerland, né en lôçS, mort en 1774» était alors à Hières. Inutile de rappeler qu'il avait connu Yoltaire au collège Louis-le-Grand , ainsi que l'anciea Premier Président de la Marche.
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mois de janvier en Provence, pendant que mon cabinet d'histoire naturelle est composé des neiges des Alpes et du Mont- Jura. Mais je suis trop faible , trop vieux , trop malade pour me transplanter. Si je faisais un voiage , ce serait pour vous aller voir à Dijon 5 mais je ne suis point sorti de chez moi depuis que j'ai eu l'honneur de vous recevoir dans ma petite retraitte. Je trouve M. de La Marche bien jeune ^ il ne peut tenir en place 5 il a besoin de mouvement comme moi de repos.
Vraiment ouï , je voudrais bien vous envoier ce recueil ^ dont vous me parlez 5 il est assez plaisant que je n'en aie pas un seul exemplaire. On en va faire une nouvelle édition qui sera moins fautive que les autres. Soicz bien sûr que les premiers exemplaires seront pour vous: c'est un hommage que je vous dois.
On dit que le Président de Brosses vient fiire inoculer son fils ^ à Genève : ce sera au meilleur marché possible. Portez- vous bien , je vous embrasse de tout mon cœur.
^ Celui de ses œuvres.
* Charles-Sébastien , fils de Charles de Brosses et de Françoise de Castel-Crévecœur , mort le 29 mai J765. Il fut inoculé par Tronchin.
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6e Janv : 1765, à Ferney.
Je mourrai donc probablement sans vous revoir , mon cber Président 5 car je suis bientôt entièrement aveugle, et je ne jouirai plus guère de la belle vue du lac de Genève et du magnifique et horrible tableau de la perspective des Alpes. Le pis est que je suis privé des séances de voire Académie.
Je n'avais vu qu'un moment M"^^ de La Marche ^ dans ma retraitle. Ceux qui ont des veux disent qu'elle était très-jolie 5 et on ajoule que son caractère était charmant. La mort se plaît à fraper de belles victimes 5 peut-être serait-elle encore en vie si elle était restée auprès du grand Tronchin , qui a la réputation de prolonger les jours des jolies femmes. Sa perte doit élre bien sensible à M. le Premier Président de La Marche , et à son beau-père qui a le cœur tendre. Je vous prie de ne me pas oublier quand vous lui écrirez. L'état où je suis ne me permet
' Melle de Berbis-Cromey , première femme du second Premier Président de la Marclie (Jean-Philippe), morte sans enfans, le
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guère de rimporiuner de mes lettres. Si j'avais en de la santé , je serais certainement venu vons voir et j'aurais passé qnelques jours à La Marche 5 plus il avancera en âge , plus il aimera sa retraitiez je me souviens de quatre vers à ce propos :
Dieu fit la douce illusion Pour les heureux fous du bel âge ; Pour les vieux fous l'ambition , Et la retraitte pour le sage.
Cela ne veut pas dire que je suis sage , je ne le suis qu'en préférant votre société à toutes les retraittes du monde. Conservez-moi vos bontés, et comptez que je vous serai tendrement attaché tout le peu de temps que j'ai à vivre.
Y. T. H. Ob. S.^-^-, V.
i5 Mai 1765, à Ferney.
Je vous l'ai déjà dit, mon cher Président, il faut que vous pardonniez aux malingres de répondre tard 5 vous comptez plus assurément sur mon tendre attachement pour vous que sur mon exactitude.
Il est vrai que je bâtis ; mais je ne m'en oc-
cnpe guère. Je prendrais beaucoup plus d'inlérét à l*architecture, si je pouvais jamais espérer de vous recevoir dans les aparlemens que je fais.
Je vous remercie des bontés que vous avez eues pour M. Dupuiis, mon gendre ^ ^ il a un procèz contre des huguenots, et moi j'en ai un contre un prêtre : nous verrons si je l'emporterai sur Juda, et lui sur Samarie.
Je ne sais si M. l'ancien Premier Président de la Marche est dans sa terre ^ s'il y est, je Yous suplie de lui dire, quand vous lui écrirez, qu'il aura en moi, jusqu'au dernier moment de ma vie, un serviteur bien tendrement attaché. Je ne lui écris point , car à quoi servent des lettres qui n'ont d'autre objet que celui de renouveler des sentimens dont il doit être sûr ? Je lui écrirais très- souvent si j'étais à portée de recevoir quelqu'un de ses ordres.
J'aurai l'honneur de vous envoyer l'édition in-4^ qu'on va faire de bien des sotises ^ , si je suis assez heureux pour la voir finie.
Conservez-moi votre amitié, elle m'est prélieuse. Mille tendres respects.
* Dupuits, mari de M^He Corneille, avait passé quelques jours à Dijon, chez M. de Ruffey , en avril 1765. Griinm ne vante pas son esprit.
" L'édition de ses œuvres par les Cramerr
A M. DE RUFFEY. StQ
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i8e Sept. 1765, à Ferney.
J*ai reçu de mon mieux vos deux conseillers, mon cher Président, tout malade que je suis. Je m'intéresse vivement aux progrès de voire Accadémie 5 vous l'avez établie et vous la perfectionez. Je ne peux que vous applaudir de loin. Si vos magistrats avaient pu rester quelque temps dans nos cantons, ils auraient vu chez moi une assez bonne comédie, qui se soutient malgré le départ de M^^^ Clairon. 11 faut avouer que cette INF^^ Clairon est bien étonnante^ eu vérité je n'avais point d'idée d'un jeu si supérieur. Toutes les actrices que j'avais vues jusqu'à présent, excepté M'^^ Duménil, n'étaient que de froides marionettes.
J'aurais bien voulu vous tenir à Ferney avec M. l'ancien Premier Président de La Marche, votre ami. Je fais bâtir deux ailes pour vous mieux recevoir si jamais vous revenez dans nos déserts.
Conservez-moi des bontés qui seides peuvent nie consoler de votre absence.
A Feruey, 18 janvier 1766.
Mon clier confrère, voire jeune François ^ me chariue et m'étonne.
D'où, vient qu'aux grands Condés il craint de rendre
hommaoe?
C'est à lui seulement de chanter ces guerriers, A lui qu'on voit comme eux se couvrir de lauriers, Dès le beau printemps de son âge.
Enfin donc voilà le père et le fils ^ comme ils doivent être. JY'crirai à mon contemporain sitôt que mes maux me permettront d'écrire.
Rousseau est un grand fou , un méchant fou , et un malheureux fou. Je me suis occupé pendant deux mois à jelter de l'eau sur les charbons ardens qu'il avait répandus dans Genève.
Puisque vous m'avez envoie des vers , en voici que je vous prie de ne montrer qu'à d'honnêtes gens ^ .
* François de Neufcliâteau, qui venait d'être nommé membre de l'Académie de Dijon , à l'âge de \5 ans.
* Les deux Premiers Présidons de la IMarclie.
^ J'ignore quels étaient les vers inclus dans cette lettre.
A M. DE RUFFEY, 38l