XLV
6e Février 1767 , à Ferney.
Mon cher Président, tout ce que vous nie mandez estincroiable , tout vrai qu'il est. Il ne faut jamais fiiire des plaisanteries à des compagnies , et celle- cy est trop forte ^ il est impossible qu'on la souffre. Il y a tant de choses à dire sur cette espièglerie que je ne dis mot 5 mais je crois que M. Lebault est un homme trop considérable pour souffrir une lelle accolade.
Je vous dépécherai les feuilles en question dès que les chemins seront un peu plus praticables. Nous sommes bloqués par les neiges et
* Voltaire et l'ancien Premier Président de la Marche étaient de la même auuée ( 169 j) : l'un du 20 février, l'autre du 12 août.
* Entre cette lettre et la précédente venait la lettre du 1 5 janvier 1767 , insérée dans la correspondance relative aux démêlés du Président de Brosses avec Voltaire, p. 189 du présent volume.
A M. DE RUrPEY. 383
par la guerre ^ ^ nous manquons de tout 5 je suis malade dans mon lit 3 voilà mon état. Je vous embrasse et je vous aime tout comme si je me portais bien. On ne peut vous élre plus tendrement dévoue que moi.
XLYI.
Vous verrez, mon clier Président, selon toutes les aparences, M"^® Denis le même jour que vous recevrez ma lettre. Elle va à Paris pour les affaires les plus pressantes^; et elle prend son chemin par Dijon , avec Ja petite du grand
' A raison des troubles de Genève , dans lesquels la France intervint sans détour, un corps d'observation avait été placé dans le pays de Gex.
^ Wagnière , secrétaire de Voltaire, dit que M"i<^ Denis fut chassée par son oncle {Mém. 11 , 269). Cette séparation , motivée tout à la fois par l'humeur et l'économie (Lettre de Voltaire à M^^^ de Florian , du 4 avril 3 76B), fit événement à Paris. V. Grimm, Corr.f l'^^part., VI, 1-12. M"ie Denis revint à Ferney à la fin d'octobre 1769 (Lettre de Voltaire à d'Alembert , 28 oct. ) et ne quitta cette résidence qu'avec son oncle en 1778.
Corneille Çsic) dans l'espérance d'y voir le Président de l'Académie. J'aurais bien voulu élre du voiage , mais il m'est impossible de quitter le coin de mon feu.
Je suis fâché qu'on ait pu penser à Dijon que je sois l'auteur de la mauvaise épigramme contre Piron au sujet d'une épigramme encor plus mauvaise que ce fou de Piron avait fait contre BéLisaire^ 5 ceux qui combattent ainsi devraient combattre au moins à visage découvert et ne point charger les autres de leurs sottises. Il n'est ni vrai m plaisant de dire : Que les vers durs vont tous en Paradis.
Ce vers est même presque aussi dur que ceux de Piron. Le goût est rare dans ce monde.
Je vous parlerai de la terre deTournay^ au retour de M'"® Denis. En attendant, j'embrasse
' Marmontel avait publié cet ouvrage en 1767.
* Il paraît que Voltaire ( lettre précitée à M"ie de Florian) avait eu sérieusement la pensée de faire vendre Ferney à M^^^ Denis sous le nom de laquelle il l'avait acheté et de se retirera Tourney acheté sous son propre nom (Grimm , loco citatd), 11 eut même une velléité nouvelle d'acquérir la pleine propriété de Tourney , d'abord pour sa nièce ( v. ci-dessus , p. 1 92 ), ensuite pour luimême après l'avoir renvoyée à Paris. Ce dernier point résulte de nombreuses lettres des agens d'affaires du P*^^ de Brosses dans le pays de Gex.
mon cher Président avec les seniimenls les plus respectueux et les plus tendres.
7^ mars 1768, à Fcrney '.