‹ Voltaire et le président de BrossesChapitre 6 sur 44 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

VOLTAIRE, AU PRÉSIDENT

Aux Délices*,

Je vous Tavais bien dit , Monsieur, que vous vous étiez chargé d'un lourd fard au. Vous auriez du. me vendre plus cher votre terre. Je n'aurais pas payé les importunitez que je vous cause. Pardonnez à mon ignorance. Je ne savais pas que non-seulement l'exaction du cenlième denier sur les douze mille livres employables en réparations dans quelques années est impertinente, mais encor que je ne dois rien sur le marché que j'ay fait avec vous qui n'est qu'un bail à vie^ .

M. Girod, qui est venu aux Délices, a passé par Tournay où il a vu cinquante ouvriers qui

* Février 1759. Cette lettre demeura sans réponse. On Toit par une missive du président à son frère ( mars 1^59) qu'il commençait à être excédé des importunités de Voltaire.

* Ceci a visiblement trait à des explications antérieurement données par M. de Brosses dans une lettre qui s'est perdue.

ajustent le chatau. Vous pouvez compter que ce sera uu endroit délicieux.

Je me flatte , Monsieur, que vous voudrez bien fiûre entendre raison au sieur Girard, receveur ou directeur des domaines, qui exige ce qui ne luy est pas dû, avant même que je sois en possession^.

Je vous réitère les mêmes prières que j'av eu l'honneur de vous faire dans ma dernière lettre, et j'ajoute une autre requête, c'est de trouver bon que je prenne pour me chaufer quelques moules de bois sec que le sieur Chariot Baudit ne vend point. Il est bien juste que je jouisse des choses nécessaires. Chariot Bandit est couvenu, et on le sait assez, qu'il n'est que commissionnaire. Je vous ay payé en partie avant d'entrer en jouissance 5 il m'en coûtera, croyez-moy, plus de vingt-quatre mille livres pour améliorer la terre et pour embellir le chatau. Je suis peut-être le seul homme en France qui en eût usé ainsi. Je répare Tournay avant même d'être en possession. Je fais plus, j'essuie toutes les algarades d'un fermier ivrogne qui a tout enlevé, bois, fumiers, graines, instruments, et qui trouble mes ouvriers 5 cela mérite en vérité

' Chouet n'avait pas encore déguerpi du château.

66 XETTRES DE VOLTAIRE

que vous me laissiez jouir de quelques mesures de bois de chaufage^.

Quand vous voudrez qu'on travaille aux réparations du chemin de Chambézi , je m'en chargerai.

Je suis à vos ordres pour toulte ma vie.

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