VOLTAIRE KT LES COMÉDIENS 7Î
coups de foudre ». Le maréchal de Richelieu qui, pour la première fois, était « las des femmes compatissantes », la lui fit jouer. Comment l'artiste s'acquitta-t-elle de son personnage? Nous l'ignorons absolument. Voltaire écrivait de Berlin à M"'*" Denis en la remerciant d'avoir gagné la bataille sur les soldats de Corbulon, que les officiers de ses troupes ne s'étaient pas « trop bien comportés » : le sénat avait été <i gauche »;... seul César avait joué parfaitement. Mais pas un mot sur Aiirélie (1). Attribuons ce silence peu flatteur pour M"e Dumesnil à 1 humeur du poète, qui voyait sa tragédie ne réussir qu'à demi, et ne pas remporter une victoire éclatante sur le Caiilina de Crébillon.
Après Rome sauvée, M"^ Dumesnil ne devait plus créer qu'un seul rôle dans les œuvres de Voltaire, celui de Statira dans Ob/mpie. Longchamp prétend (2) que le personnage d'Idamé fut destiné à M"e Dumesnil, et qu'elle le joua « avec beaucoup d'applaudissements » avant M"^ Clairon. MaisGrimm, CoWéeile Mercure, qui rendent compte de la première représentation de \ Orphelin de la C/iine, font tous l'éloge de M"*' Clairon, sans rien dire de sa rivale. Voltaire lui-même ne nous parle pas d'elle, lorsqu'il s'entretient avec ses amis du succès de « ses Magots ». Il est donc difficile d'ajouter foi au renseignement donné par le secrétaire du poète. D'ailleurs le rôle d'Idamé ne semblait guère convenir au talent de M"« Dumesnil (3).
(1) Cf. Lettre à M™* Denis. Postd;un, 16 mars au soir, 1752.
'2) Cf. Longchainp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire. Aimé André, libraire -éditeur. Paris, 1826 \2 volumes), article axviii.
(3) .Vvant de citer le fait que nous venons de rapporter, Longchamp raconte une intéressante anecdote, mais qui peut aussi être sujette à