CHAPITRE V VOLTAIRE ET LEKAIN
Lekain élève de Voltaire.
De tous les interprètes de Voltaire, Lekain (1) est celui que le poète semble avoir préféré. L'auteur de Zaïre avait pour M"'' Clairon la plus grande admiration, la plus profonde reconnaissance, la plus sincère amitié ; il éprouvait les mômes sentiments à l'égard de Lekain, mais en plus il ressentait pour cet acteur sublime l'affection d'un père, la prédilection d'un maître pour son disciple le plus brillant.
,1) Lekain (Henri-Louis Caïn, dit Lekain) naquit à Paris le jeudi 31 mars 1729. Son père, qui était orfèvre, le destinait à cette profession, mais il le fit cependant étudier au collège Mazurin. De bonne heure le jeune iioiume se passionna pour l'art théâtral. Il entra dans une société de comédiens amateurs, et enlT.ïO débuta à la Comédie-Française, où il eut de sérieux obstacles à surmonter. Il ne fut admis que le 24 février 17.^2, et dès lors sa carrière ne compta plus que des succès. Il parut pour la dernière fois dans le rôle de Vendôme {Adélaïde Dur/uesclin) et mourut à la suite d'une inflammation d'entrailles, le 8 février
Lckain était en effet un tout jeune homme, presque un enfant, lorsque Voltaire le connut et pressentit son talent. La première rencontre du poète et du futur tragédien fut, pour nous servir du mot de Montaigne, « en une grande feste et compaignie de ville », à l'hôtel de Clermonl-Tonnerre, où jouait une troupe de jeunes gens, amateurs passionnés de comédie et de tragédie. 11 est peu d'époque où le théâtre de société, « la comédie bourgeoise >, fut plus en honneur qu'au xviii® siècle. Plusieurs de ces petites scènes où mondains et mondaines se plaisaient à représenter des pièces inédites et même des chefs-d'œuvre du répertoire classique, sont restées célèbres, soit par leurs acteurs, soit par leur public. Témoin le théâtre de Sceaux chez la duchesse du Maine, de Cirey chez M'°^ du Ghâtelet, de Villars chez la maréchale de Trianon, où, quelques années avant la Révolution, Marie-Antoinette jouait avec la duchesse de Polignac, M™^ Elisabeth, le comte d'iVrtois et le comte de Guiche, la Gageure imprévue de Sedaine et le Barbier de Beaumarchais.
Lekain faisait partie d'une de ces sociétés de comédiens amateurs, de celle de l'hôtel de Jabach, rue Saint- Merry. Il y serait peut-être demeuré longtemps ignoré sans sa bonne étoile. Des réparations à faire dans la salle qu'il occupait avec ses camarades, le contraignirent d'aller demander asile pour lui et ses amis à l'hôtel de Glermont-Tonnerre, où jouait déjà une société analogue. On accorda aux comédiens de Jabach ce qu'ils demandaient, et dès lors ils purent continuer leurs représentations alternativement avec ceux de Clermont- Tonnorrc. Le public s'intéressa vivement aux deux troupes réunies sous un même toit. Gomparer les
talents des membres de l'une et de l'autre devint pour lui un tid plaisir qu'il oublia peu à peu le chemin de la Comédie-Française. « Les grands chantres de Melpomcne », inquiets de se voir délaissés, firent fermer par leur crédit le théâtre de leurs rivaux.
L'abbé de Chauvelin, le troisième ange gardien de Voltaire, obtint la réhabilitation des malheureux jeunes gens, et leur proposa de jouer le Mauvais Riche, fade comédie d'Arnaud Baculard. Ce dernier pria l'auteur de Zaïre, qui l'avait toujours protégé, d'assister à la représentation. Voltaire y consentit. Plein d'indulgence, il se déclara satisfait de la pièce et des acteurs, et voulut savoir quel était celui qui remplissait le rôle d'amoureux. C'était Lekain, le fils d'un orfèvre, qui jouait la comédie pour son plaisir, mais qui aspirait à en faire sa profession. Voltaire, désireux de connaître ce jeune acteur, l'engagea à venir le surlendemain rue Traversière.
Heureux autant que surpris, Lekain se rendit à cette invitation.
En entrant dans le cabinet du poète, il se sentit pénétré de respect, d'enthousiasme, de crainte et d'admiration, comme s'il franchissait la porte d'un sanctuaire. Le maître du logis travaillait, tout en buvant des tasses de chocolat mélangées de café. Lorsqu'il aperçut son visiteur, il lui ouvrit paternellement les bras, et remercia Dieu « d'avoir créé un être qui l'avait ému et attendri en proférant d'assez mauvais vers ». Il fit ensuite plusieurs questions à Lekain sur son état, son éducation et ses projets d'avenir. Le jeune homme prétendit ne connaître d'autre bonheur sur terre que celui de jouer la comédie, et déclara qu'étant maître de ses
actions, et possesseur d'une petite fortune, il quitterait sans regret le commerce paternel pour solliciter une place parmi les sociétaires du Théâtre-Français.
« Ah ! mon ami, repartit Voltaire, ne prenez pas ce parti-là ! Croyez-moi, jouez la comédie pour votre plaisir, mais n'en faites jamais votre état. C'est le plus beau, le plus rare et le plus difficile des talents ; mais il est aboli par des barbares et proscrit par des hypocrites. Un jour à venir la France estimera votre art ; mais alors il n'y aura plus de Baron, plus de Lecouvreur, plus de Dangeville. Si vous voulez renoncer à votre projet, je vous prêterai dix mille francs pour commencer votre établissement, et vous me les rendrez quand vous pourrez. Allez, mon ami, revenez me voir sur la fin de la semaine ; faites bien vos réflexions, et donnezmoi une réponse positive. »
Confus d'une telle bonté, Lekain voulut remercier son hôte, mais l'émotion l'empêcha de parler ; il ne put que balbutier quelques mots, et après avoir gauchement fait une révérence, il sortit. Voltaire le fit aussitôt rappeler et le pria de réciter un fragment de ses rôles. Lekain déclama le grand couplet du second acte de Gustave Vasa :
Pardonne, et désormais n'ayons l'âme occupée
Que du plaisir de voir mon erreur dissipée... (Acte II, se. ni.)
L'auteur de Zaïre l'interrompit brusquement « avec une voix tonnante et terrible » : « Point ! point de Piron, je n'aime pas les mauvais vers : dites-moi tout ce que vous savez de Racine. »
Dans le trouble que lui causa cette brusque interruption, Lekain se souvint heureusement qu'étant au col-
lège, il avait appris toute la tragédie d'Athalie. Il commença donc à réciter la première scène de ce chefd'œuvre, jouant alternativement le rôle d'Abner et celui de Joad. Voltaire l'écoutait avec ravissement, charmé par les vers de Racine et par l'harmonie de la voix qui les disait : « Ah ! mon Dieu, les beaux vers, s'écria-t-il, et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que toute la pièce est écrite avec la môme chaleur, la même pureté... C'est de la poésie inimilable, ;> Dans son enthousiasme, il embrassa Lekain, puis ajouta : (( Adieu, mon enfant ; c'est moi qui vous prédis que vous ferez un jour tous les plaisirs de Paris ; mais pour Dieu, ne montez jamais sur un théâtre public (1). »
Tous ces détails nous ont été conservés par Lekain lui-même, en quelques pages émues et pleines de re-
(1) Cf. Mémoires de Lekain : Faits particuliers sur ma première liaison avec M. de Voltaire. — Le croirait-on ? le récit de Lekain a été plusieurs fois contredit : selon Préville, l'auteur de Zaïre aurait connu son interprète dans les circonstances suivantes : Lekain, nous dit le célèbre Crispin, faisait partie de la troupe de l'hôtel de Jabach, « la plus mauvaise de toutes ». 11 avait débuté dans le Mauvais Hiche. Arnaud, frappé de la façon dont avait joué le débutant, invita Voltaire à venir voir le jeune artiste remplir le rôle de Séide dans une représentation de Mahomet. C'est à la suite de cette représentation que Voltaire aurait engagé Lekain à venir jouer rue Traversière. (Cf. Me'moires de Préville.)
Comme on le voit, la version de Préville s'écarte fort peu du récit de Lekain ; les deux témoignages ne diffèrent qu'en un point : la pièce jouée en présence de Voltaire.
Si nous en croyons Longchamp, les choses se seraient passées tout autrement : « M. Lekain, écrit-il, ne doit qu'à moi la connaissance personnelle de M. Voltaire. » Nous ne pouvons ajouter foi à cette assertion en présence du récit de notre tragédien, dont le style est empreint d'une incontestable franchise. Sans aucun doute, Voltaire luimême distingua Lekain à l'hôtel de Clermont. Toutefois, il est vrai que ce fut Longchamp qui recruta les acteurs de la rue Traversière.
Chose curieuse, ce même Longchamp rencontra un personnage qui se piquait aussi d'avoir présenté Lekain à l'auteur de Me'rope : « Il y a
VOLTAIRE ET LES COMÉDIENS Ho
connaissance. Jamais le grand artiste ne devait oublier les bienfails de Voltaire, et songeant à son illustre protecteur, il se plaisait à citer ce vers d'OEdipe :
L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux.
Les compliments que le jeune Roscius avait reçus, ne pouvaient que l'affermir dans sa résolution. Il abandonna à tout jamais le métier d'orfèvre et se livra dès lors à l'élude de l'art théâtral sous la direction de Voltaire, qui l'avait recueilli et lui faisait préparer un petit appartement. Tandis que maçons et tapissiers achevaient leur ouvrage, Lekain occupait la chambre du fidèle Longchamp. Ce n'était pas là les seuls travaux que la présence de notre tragédien allait occasionner dans l'hôtel de la rueïraversière.Sur la prière de Lekain, Voltaire avait fait transformer le second étage de sa maison en salle de spectacle, où il pouvait se rendre de plain-pied en sortant de son appartement. Il se proposait de représenter sur cette scène, devant un public d'amis, quelques œuvres qu'il avait en portefeuille. Mais oii trouver une troupe pour ce théâtre ? Lekain elles nièces de Voltaire ne pouvaient suffire à la constituer (1).
« quelque temps, écrit-il, que j'ai ouï dire que le tapissier qui avait o établi chez lui, Vieille Rue du Temple, une salle pour le petit spec- « tacle dirigé par Mandron, se vantait que c'était lui qui avait procuré « Lekain à M. de Voltaire et qu'il avait été cause de sa fortune, de sa « réputation et de sa gloire ; je ne sais pas même s'il n'a pas eu l'au- « dace de faire imprimer cette assertion dans un petit ouvrage sur les Il théâtres... » (Cf. Longchamp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire. Paris, 1826, tome II, p. 2S9.)
(1) M-"» Denis et M""» de Fontaine. «... Il eut la bonté de me faire jouer avec ses nièces... » Cf. Mémoires de Lekain : Faits particuliers sur ma première liaison avec M. de Voltaire.
Longchamp fut chargé par son maître de réunir quelques comédiens amateurs, disposés à écouter docilement les conseils du poète, et prêts à jouer ses pièces comme il l'entendrait. Personne ne pouvait mieux s'acquitter d'une mission aussi difficile. A Girey, à Lunéville, à Sceaux, Longchamp avait vu nombre de pièces parfaitement interprétées par des gens du monde, et était ainsi devenu un excellent juge. Il commença ses recherches, mais tous les spectacles qu'il entendit ne le satisfirent point. Un seul attira son attention, celui que dirigeait Mandron, le fondateur de la troupe de Jabach. Ce Mandron ne jouait pas mal les rôles de pères et de rois ; Heurtaux,le second acteur de la troupe, était d'une physionomie peu agréable, mais montrait beaucoup de dispositions, et M''® Bâton, une ingénue de quinze ans^ avait de la figure et un zèle qui semblait annoncer des talents.
Après avoir pris des renseignements sur ces différentes personnes, Longchamp leur fit savoir que l'auteur de 7M'ire ayant entendu parler de leur goût pour le théâtre avait jeté les yeux sur elles pour l'essai de quelques-unes de ses pièces, dont il désirait voir l'effet « aux chandelles » avant de les donner à la Comédie-Française. On peut juger si l'amour-propre de ces jeunes gens fut flatté à cette nouvelle. Tous promirent de se rendre chez Voltaire, et rendez-vous fut pris pour cette visite. Au jour dit, tous les membres de la troupe de Mandron, y compris le souffleur, étaient à la rue Traversière. Longchamp les introduisit dans le salon, oij Voltaire vint les remercier de leur bonne volonté. Il leur fit réciter quelques morceaux et se montra satisfait de ce qu'il venait d'entendre. Mais afin de mieux juger encore
de leur savoir-faire, le poète les invita à venir le lendemain représenter sur son théâtre l'ouvrage qu'ils savaient le mieux. La petite troupe, désirant sans doute faire sa cour à son nouveau directeur,donna avec le concours de Lekain la tragédie de Mahomet (1).
Cette représentation ne fut, à vrai dire, qu'une répétition générale. Voltaire la dirige, entouré de ses plus intimes amis, les anges,Pont-de-Veyle,M"^'' Denis, le duc de Richelieu, tous gens fort compétents en matière théâtrale, sur l'opinion desquels on peut compter. Les artistes se montrent dignes de leurs juges. Mandron fait preuve de noblesse et de sensibilité dans le personnage de Zopire ; Heurteaux s'acquitte avec honneur de celui de Séide ; mais tous sont éclipsés par Lekain, qui remplit le rôle du prophète. Certes,le jeune tragédien na pas encore l'autorité qu'on admirera plus tard en lui, lorsqu'il jouera Mahomet à la Comédie-Française, mais que d'intelligence, que de force, que de conviction l'on remarque déjà dans son jeu !
Plusieurs fois. Voltaire interrompt ses interprètes pour rectifier un jeu de scène, une intonation. M"« Bâton, qui joue Palmire, n'a que quinze ans. Elle est intimidée et fort éloignée de pouvoir débiter avec force et énergie les imprécations qu'elle vomit contre son tyran. Sa diction ne convient pas à la situation de son rôle, et Voltaire de le lui faire observer :
« Mademoiselle, figurez-vous que Mahomet est un imposteur, un fourbe, un scélérat, qui a fait poignarder votre frère, qui vient d'empoisonner votre père, et qui,
(i) Cf. Longcl.a.np et Wagnièrc, Mémoires ^ur Vollalre. Paris. IS^fî tome II, p. 211 et siiiv.
VOI.TAIRK. ^
l-j^ VOLTAIRE ET LES COMÉDIENS
pour couronner ses bonnes œuvres, veut absolument coucher avec vous. Si tout ce petit manège vous fait un certain plaisir, ah! vous avez raison de le ménager comme vous faites ; mais pour le peu que cela vous répugne, voilà comme il faut vous y prendre ...» Et l'auteur de Za^re, joignant Texemple au précepte, récite d'une voix terrible les imprécations de Paimire devant la pauvre innocente rouge de honte, et tremblante de
peur (1).
Au total, la pièce fut très convenablement jouée. Voltaire vit avec plaisir le zèle, la mémoire et l'ensemble, dont ces jeunes gens avaient fait preuve. Il les retint tous à souper. A la hn du repas, il alla chercher les rôles de Rome sauvée, la réponse au Catilina de Grébillon,pourles distribuer séance tenante. Le personnage de Cicéron fut confié à Mandron, celui de César à Lekain, celui de Catilina à Heurteaux, celui d'Aurélie àM»^ Bâton ; et la nouvelle tragédie fut mise en répétition, ^^'oltaire n'épargna pas sa peine pour diriger les jeuf nés acteurs, les bien pénétrer de leurs rôles et les faire agir et parler comme il le désirait. Tout allant à son ' gré, il voulut que son œuvre fût jouée devant un public de connaisseurs, et s'apprêta à lancer ses invitations. Enfm, pour que rien ne manquât au succès, il souhaita que /?ome sawyee fût représentée avec des décors et des costumes répondant parfaitement au sujet. Mais faire brosser des décors et commander des habits à la romaine eût coûté beaucoup de temps et beaucoup d'argent. Or, Voltaire était pressé de venger la France et Cicéron des
(1) Cf. Mémoires tle Lekain : Faits particuliers sur ma première liaison avec M. de Voltaire.
impertinences de Grébillon, et d'antre part il ne se souciait guère de subvenir à de fortes dépenses, il imagina de se servir « des superbes habillements et de tout le magnifique attirail » que la Cour avait commandés pour la tragédie de C«^i7m«. Tous ces accessoires se trou valent dans les magasins de la Comédie-Française, et Voltaire n'eut qu'àécrireau duc de Richelieu, le directeur du tripot, pour se faire prêter ce dont il avait besoin. Il put ainsi combattre son rival avec les mêmes armes dont celui-ci s'était servi.
Le jour de la représentation, la salle se remplit de bonne heure. Les dames étaient en petit nombre, mais toute l'élite des gens de lettres se trouvait réunie : d'Alembert, Diderot, Marmontel, le président Hénault, le père de la Tour, les abbés de Voisenon et de Raynal. L'abbé d'Olivet représentait l'Académie, et les ducs de Richelieu et de la Vallière la haute noblesse. Toute l'assemblée fut charmée de la nouvelle œuvre du Maître, de la façon dont elle était rendue, et surtout de Lekain// qui méritait tous les suffrages (1). '
Dès lors la petite troupe ne compta plus que des succès. Tout le monde voulut assister à ses représentations ; des ministres, des ambassadeurs, des étrangers de marque, y tirent demander leurs entrées, et l'on pense si Voltaire fut heureux de la renommée dont jouissait son théâtre. La duchesse du Maine, qui obéissait à la mode de son temps, et avait une salle de spectacle dans son chcàteau, sollicita une audition de Rome sauvée. Un tel désir était un ordre; Voltaire répondit immédia-
(1) Cf Lon^champ et ^\•a^^niC■^^ Mémoires sur Voltaire, tome IL pages 218 et suiv.
tement que Cicéron, César et Gatilina seraient au plus tôt aux pieds de leur protectrice (1). Quant à l'auteur, bien que languissant, il s'efforcerait de reprendre des forces pour plaire à la petite-fille du Grand Condc. Les comédiens se rendirent à Sceaux et y furent acclamés. Voltaire joua lui-même le rôle de Cicéron et, comme la duchesse le félicitait, elle lui demanda quel était le jeune artiste qui avait rempli le personnage de Lentulus Sura. « Ah ! Madame, répondit le poète en présentant Lekain, c'est le meilleur de tous (2). »
Cependant, ces « tournées » n'interrompaient pas les spectacles de la rue Traversiére. Après Rome sauvée, Voltaire montait Le duc deFoix, puis Zulime, oîi paraissaient ses deux nièces. M'"'' Denis et M""^ de Fontaine; enfin, Jules, César, cette œuvre qui avait eu si peu de succès à la Comédie-Française (3).
C'est ainsi que, pendant plus de six mois, Lekain apprit son métier sous la direction d'un professeur consommé, et devant un public éclairé. A telle école, il ne pouvait manquer d'acquérir l'admirable talent que ses contemporains reconnurent en lui, et dont, sans aucun doute, il dut une grande part aux leçons et aux conseils de son maître vénéré. Mais l'ambition du jeune tragédien croissait avec son talent. Les succès qu'il remportait dans un salon ne lui suffisaient plus ; il désirait moissonner des lauriers sur une scène plus vaste, plus officielle, surcelle de la Comédie-Française. Voltaire ne
(1) Cf. Lettre de Voltaire à la duchesse du Maine, juin 1750.
(2) Cf. Mémoires de Lekain : Faits particuliers sur ma première liaison avec M. de Voltaire.
(3) Cf. Lettre de Voltaire au comte d'Argental. Potsdam, 24 juillet
le détournaitplus de ce dessein. Certes, rauteur de Zrt/r^ regrettait d'être privé de son protégé, mais il songeait que les représentations de la rue Traversière auraient une fin, et que l'invitation du roi de Prnsse allait y mettre un terme définitif.