‹ Voltaire et les comédiens interprètes de son théâtreChapitre 32 sur 71 · G VOLTAIRE ET LES COMÉDIENS · texte numérisé non relu

G VOLTAIRE ET LES COMÉDIENS

d'une soirée à la Châtelaine. Un des côtés les plus piquants de ces représentations, dit-il, c'est de voir Voltaire dans son vieil habit régence, les hras roulés sur les genoux, la tète enfouie dans une vaste perruque poudrée. Assis contre la première coulisse, il applaudit en frappant avec sa canne et en criant à haute voix ses impressions. « Il entre dans la passion « avec l'émotion la plus marquée et va même jusqu'à « verser de véritables larmes, et il parait aussi touché « qu'une jeune lille qui assiste pour la première fois de « sa vie à la représentation d'une tragédie.

« Je me suis souvent mis à côté de lui ; je suis resté « pendant toute la pièce, étonné de voir an pareil degré <( de sensibilité à an octogénaire », et, ajoute malignement le voyageur anglais, je souhaiterais « de voir « Voltaire assister à la représentation de quelqu'une des « tragédies de Corneille ou de Racine, afin de m'assume rer s'il témoignerait plus ou moins de sensibilité « qu'il ne fait aux siennes. Alors je serais en état de « décider cette question curieuse et longtem ps débattue, « savoir si l'intérêt qu'il témoigne est pour la pièce « ou pour l'auteur (1), »

John Moor se trompe ; à en juger par les lettres que Voltaire écrivait à ses amis, l'enthousiasme et la sensibilité du poète apparaissent comme très sincères: c'estde bonne foi qu'il oublie « toutes les religions, sauf celle des Musulmans », quand il entend son « enfant chéri » interpréter M/7^om<?/ (2) ; c'estde bonne foi qu'il mande au comte d'Argental : « Lekain m'a fait con-

(1) London, 1719, 2 voL in-8°. Traduction de II. Rieu, Genève, 1781- 1782, 4 vol. in-8».

(2) Lettre à Richelieu, 21 septembre 1772.

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naître Sémiramis que je ne connaissais pas dn tout. Je ne savais pas quel lionneur il faisait à mes faibles ouvrages, quand il les créait (1). »

Lekain quitta Ferney « avec de l'argent et des présents » (2). Il avait demandé aux gentilshommes de la chambre une prolongation de congé pour se reposer de ses fatigues ; il aurait dit avec plus de vérité pour aller donner encore quelques représentations en province. A^oltaire était intervenu en sa faveur, mais bientôt les anges écrivaient à leur ami qu'on n'accordait pas de délai au tragédien, qu'on était même fâché qu'il en eût demandé (3). La Comédie ne pouvait se passer de « son héros » pour les spectacles qu'elle allait donner à la Cour.

Lekain se vit contraint d'obéir aux ordres du duc de Duras et du maréchal de Richelieu. Il laissait derrière lui de profonds regrets et de brillants souvenirs. Le vieux malade n'était plus soutenu que par une seule espérance celle d'applaudir encore celui qui « donnait la vie » à ses tragédies (4).

(1) Au comte d'Argental, 21 septembre 1772.

(2) Cf. Lettre à M. le baron de Constant de Robecque, seigneur d'Hermenches, 29 sepiembre 1772.

(3) Cf. Lettres au comte d'Argental, 21 sept. 1772; à Lekain, 2 octobre 1772.

(4^ Cf. Lettres à Lekain, 7 mai 1773, 20 octobre 1773.

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