‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 106 sur 154 · i Dépenser sa vie à la défeuse de la vérité · texte numérisé non relu

i Dépenser sa vie à la défeuse de la vérité

JUGÉS L'UN PAR L'AUTRE 1 o7

champ dans l'église de Rouilly; autorisant le sieur Favereau, maire dudit lieu, à ce que les restes précieux de ce grand homme soient conservés sains et saufs, jusqu'à ce qu'il plaise à l'Assemblée nationale d'en ordonner le transport à Paris.

« J'aurai l'honneur de vous observer, monsieur le président, que l'époque du 30 mai, anniversaire de la mort de Voltaire, semble être désignée par toute la France... Que pareil jour soit celui du triomphe de la philosophie, de la raison et de la justice... »

M. Regnault, député de Solnl- Jeàn-d' Angdy . — Messieurs, les restes d'un grand homme appartiennent à la nation. Voltaire est le seul homme qui ait repoussé le fanatisme ; il a éclairé l'ignorance... Je demande donc que Voltaire soit mis au rang des grands hommes...

M. Lanjuinais. — Un écrivain célèbre a dit : « Voltaire a mérité les reinerclements, mais non pas festime du genre humain. » Si ce jugement est vrai, je crois qu'il serait plus sage de passer à l'ordre du jour.

M. Treiluard. — Je vous rappellerai que Voltaire, en 1761, dans une lettre particulière qu'il écrivait, annonçait cette Révolution dont nous sommes témoins'. Il l'annonçait telle que nous la voyons. 11 sentait qu'elle pourrait être retardée, que ses yeux n'en seraient point les témoins, mais que les enfants delà génération d'alors en jouiraient dans toute sa plénitude. C'est donc à lui que nous la devons. Et c'est peut-être un des premiers pour lesquels nous devons les honneurs que vous destinez aux grands hommes qui ont bien mérité de la patrie. Je ne

1. «Je ne verrai pas sans doute les fruits de mes efforts, mais ce sont des semences (jiii peut-être germeront un jour. » (A M. Bertrand, 8 janvier 1704.)

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parle pas ici rie la conduite particulière de Voltaire. Il suffit qu'il ait honore le genre humain, qu'il soit l'auteur d'une Révolution aussi belle, aussi grande que la nôtre, pour que nous nous empressions tous à lui faire rendre leshonneurs qui lui sont dus...

M. Couturier. — Je demande la parole.

Plusieurs voix. — La discussion est fermée.

M. Gaubert. — Renvoyez-le à l'abomination de la désolation.

M. Couturier. — On compare Voltaire à un prophète. Je demande que ses reliques soient envoyées en Palestine.

M. Treiluard. — Voltaire a été pendant sa vie déchiré par l'ignorance et le fanatisme : il n'est pas étonnant qu'il puisse encore y être en proie.

« L'Assemblée adopte le projet de décret proposé par M. Regnault. »

Vingt jours après, dans sa séance du lundi 30 mai, l'Assemblée nationale entend plusieurs orateurs au sujet des honneurs à décerner à la mémoire de Voltaire.

M. GossiN. — C'est le 30 mai 1778 que les honneurs de la sépulture ont été refuses à Voltaire, et c'est ce même jour que la reconnaissance nationale doit consacrer, en s'acquittant envers celui qui a préparé les hommes à la tolérance et à la liberté. La philosophie et la justice réclament pour l'époque de leur triomphe celle où le fanatisme persécuteur a tenté de proscrire sa mémoire,

« Le titre de grand a été donné à Voltaire vivant par l'Europe étonnée; mort, toutes les nations le lui ont consacré, et quand tous ses détracteurs ont péri, sa mémoire est devenue immortelle.

« Voltaire a créé un monument qui repose sur les plus grands bienfaits, comme sur les plus sublimes produc-

lions du génie ; Voltaire a terrassé le fanatisme, dénoncé les erreurs jusqu'alors idolâtrées de nos antiques institutions ; il a déchiré le voile qui couvrait toutes les tyrannies. Il avait dit, avant la Constitution française :

Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux '.

« Les serfs du mont Jura l'avaient vu ébranler l'arbre antique que vous avez déraciné ; il a crié vengeance pour les Sirven et les Galas assassinés au nom de la justice; il a crié vengeance pour l'humanité entière avant que vous effaçassiez de nos codes sanguinaires les lois qui ont immolé ces célèbres victimes.

« La nation a reçu l'outrage fait à ce grand homme, la nation le réparera, et les Français devenus libres décerneront au libérateur de la pensée l'honneur qu'a reçu d'eux l'un des fondateurs de la liberté...

M. Regnault, député de Saint-Jean-d'' Angely . — Quand j'unis ma voix à celle de ceux qui, justes appréciateurs des hommes, réclament pour Voltaire et pour l'honneur de la France le rang qui lui appartient parmi les génies qui l'ont illustrée; quand je viens proposer un amendement au décret du Comité, ce n'est pas aux talents seuls que je rends hommage; ce n'est pas à l'esprit le plus distingué de son siècle, à l'homme que la nature n'a paS' encore remplacé sur le globe ; ce n'est pas à celui qui exerça sur tous les arts, sur toutes les sciences le despotisme du talent. Ces titres, tout précieux qu'ils sont, ne suffiraient pas pour décider les représentants de la nation française à décerner au philosophe de Ferney les honneurs qu'on sollicite pour sa cendre. Je les réclame pour le philosophe qui osa, un des premiers, parler aux peuples de leurs droits, de leur dignité , de leur puis-

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