Mérope, acte I, scène i
sance, au milieu d'une cour corrompue. Voltaire, dont une des faiblesses fut d'être courtisan, parlait aux courtisans l'austère langage de la vérité ; il rachetait, par la manière dont il burinait les vices des tyrans qui avaient opprimé les nations, quelques flatteries qui lui échappaient pour les despotes qui les enchaînaient encore. Son regard perçant a lu dans l'avenir et a aperçu l'aurore de la liberté, de la régénération française dont il jetait les semences avec autant de soin que de courage. Il savait que pour qu'un peuple devint libre il fallait qu'il cessât d'être ignorant; il savait qu'on n'enchaîne les nations que dans les ténèbres, et que qiiand les lumières viennent éclairer la honte de leurs fers, elles rougissent de les porter et veulent les briser. Elles les brisent en en"et : car vouloir et faire est la même chose pour une grande nation.
« Voltaire écrivit donc l'histoire et l'écrivit, entouré d'esclaves, de censeurs royaux et de despotes, en homme libre et en philosophe courageux...
{On demande à aller aux voix.)
« Je ne résiste point à l'impatience de l'Assemblée. Mon amendement sans doute n'a pas besoin d'être motivé ; je l'énonce simplement : « Il sera élevé aux frais de « la nation une statue à Voltaire. »
M. Eymar. — L'Assemblée a décrété une statue pour J.-J. Rousseau; je ne sais pourquoi le Comité des pensions ne s'est pas encore occupé de cet objet.
M. Camus. — Le Comité s'en est occupé ; la première question est de savoir s'il doit être fait une statue simple ou un groupe, ensuite si cette statue doit être élevée sur une place publique ou placée dans un musée. Nous n'avons pas cru devoir interrompre vos travaux pour cet objet; nous vous en ferons le rapport au premier moment.
Le 20 juin 1791, l'Assemblée nationale s'occupe de la translation des restes de Voltaire au Panthéon. M. Charon, qui s'était évertué à tracer et à rédiger un programme pour cette solennité, est chargé d'en diriger l'exécution.
« Les cendres de Voltaire — c'est le Moniteur qui parle — seront portées dans un char orné d'allégories relatives au génie des arts et traîné par quatre chevaux ' blancs presque nus, couverts d'une simple draperie : il sera suivi des Muses et des Arts personnifiés. Des jeunes filles, des enfants vêtus de blanc précéderont la statue qui doit lui être élevée ; des chœurs de musiciens accompagneront cette marche, dont le cortège sera composé ainsi qu'il suit :
« Un détachement de cavalerie avec ses trompettes, le bataillon des enfants, la députation des collèges, un corps de musique, les députations des clubs et sociétés patriotiques, cent quatre-vingt-douze députés des sections, un corps de musiciens, les artistes, .es gens de lettres, les académies, lycée, musée, etc., corps de musique et de tambours, les quarante-huit juges de paix, les tribunaux et leurs huissiers, MM. les députés de l'assemblée électorale, une députation de l'armée parisienne, le conseil général delà commune, le département et ses huissiers, gardes de la prévôté, ministres du roi, gardes de la prévôté, députés du Corps législatif -, grand corps de musique, le char, le procureur général syndic et le commissaire à la translation, tambours, les vété-