‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 133 sur 154 · avril · texte numérisé non relu

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les habits sacerdotaux qui avaient servi à Sémiramis, en les donnant à la sacristie de ma chapelle. »

Cette dernière plaisanterie ravissait Voltaire, et il la reprenait de sa lettre à d'Argental pour en ofl'rir la deuxième édition à Dalembert ^

Et de plus en plus les gambades de se multiplier : « Je " mourrai consolé en voyant la véritable religion, c'est-àdire celle du cœur, établie sur la ruine des simagrées. Je n'ai jamais prêché que l'adoration d'un Dieu, la bienfaisance et l'indulgence. Avec ces sentiments, je brave le diable qui n'existe point, et les vrais diables fanatiques qui n'existent que trop ^. »

Et après avoir écrit cela, Voltaire ose dire : « Je respecte infiniment la religion et je la pratique ^. »

Dix ans se sont écoulés ; de 1768 à 1778 qui va sonner, que de mensonges, d'hypocrisies, de forfanteries, de plaisanteries cyniques sont tombés comme d'un torrent de cette plume dont la facilité dégénère en fléau public!... Après dix ans, parvenu à sa quatre-vingtquatrième année, le chef des sophistes va-t-il s'amender?... Hélas! il n'a fait qu'empirer et devenir plus endurci, plus méchant. Sa volumineuse correspondance s'ouvre, en 1778, cette année qui devait être la dernière de sa vie, par des flagorneries à l'adresse de Frédéric de Prusse ;

«Sire, grandhomme, que vonsm'instvni&ci, que vous me consolez, que vous me fortifiez dans toutes mes idées au ]»oat de ma carrière ! Votre Majesté, ou plutôt Votre

1. «Je donne à mou curé les aubes des prêtres de Séfnii'a»iis; il fjuiL faire une fin. » — A d'Argental, 22 avril 17(38. ■2. An uianiuis de Villevieille, 20 décembre 17G8. 3. A M"'« du Deffand, 2G décembre 17G8.

Humanité, a bien raison; le fatras métaphysique, théologique, fanatique, est sans doute ce que nous avons de plus méprisable, et cependant on écrira sur ces chimères absurdes tant qu'il y aura des universités, des esprits faux et de l'argent à gagner. »

En lisant ce début et témoin de ces génuflexions, on se demande où Voltaire veut en venir. Gomme le pilote, il tourne — on le sait — le dos au port pour y entrer plus sûrement. La question d'argent apparaît immédiatement chez cet habile homme d'affaires qui disait que « la littérature est le premier des beaux-arts et le dernier des métiers ».

(( Je vous ai plus d'obligation que vous ne pensez; votre pupille ' vient enfin de se laisser un peu attendrir; il m'a payé vingt mille francs sur les quatre-vingt mille que je lui ai prêtés, et peut-être avant ma mort me payera-t-il le reste; c'est vous que j'en dois remercier ^. n

Pressentiment qui aurait dû influer sur ses derniers jours, à un âge aussi avancé. Le 20 janvier, il écrivait à d'Argental : «Suis-je sûr de deux mois de ma vie?» 11 ne croyait pas si bien dire, mais une allusion impie à un verset des Livres saints lui faisait oublier de si graves éventualités. Sub umbra alarum tuarum était la conclusion de sa lettre à son cher ange.

« Je serai, jusqu'au dernier moment, de la secte des pyrrhoniens et de celle de vos amis,» écrivait-il au marquis d'Argence de Dirac ^ »

Voltaire, il est vrai, ne croyait pas, ne voulait pas croire qu'il fût si proche de sa dernière heure ; tout ce

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