février
plus rien espérer de vous? Ah! madame, rentrez en vousmême, et consultez votre Ame noble. Voyez qui vous sacrifiez, et à qui. Je vous demande une heure entre le ciel et vous pour cette comparaison. Souvenez-vous du temps où vous avez tout fait pour moi. Combien vos soins bienfaisants seront honorés un jour! Eh! pourquoi détruire ainsi votre propre ouvrage? pourquoi vous en ôter tout le prix? Pensez que dans l'ordre naturel vous devez beaucoup me survivre et qu'enfin la vérité reprendra ses droits. Les hommes fins et accrédités * peuvent tout pendant leur vie; ils fascinent aisément les yeux de la multitude, toujours admiratrice de la prospérité : mais leur crédit ne leur suffit pas et sa chute met à découvert leurs intrigues. Ils peuvent produire une erreur publique, mais ils ne la peuvent éterniser; et fose prédire que vous verrez tôt ou tard ma mémoire en honneur. Faudra-t-il qu'alors mon souvenir, fait pour vous flatter, vous trouble? Faudra-t-il que vous vous disiez en vous même : J'ai vu sans pitié traîner, étoufler dans la fange un homme digne d'estime dont les sentiments avaient bien mérité de moi'} Non, madame, jamais la générosité que je vous connais ne vous permettra d'avoir im pareil reproche à vous faire... »
M""" de Boufflers voulut bien répondre à cette lettre injuste; Rousseau la remercia ^, mais il parait qu'il avait toujours sur le cœur la lettre que lui avait écrite M'"^ de Boufflers, à l'occasion de sa rupture avec Hume, et que nous avons rapportée dans le récit de cette querelle. S'il avait connu celle de cette dame à son ennemi, il aurait admiré la noble franchise de son caractère, au lieu de lui faire des reproches si peu motivés et surtout si peu mérités.