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Le souvenir de Voltaire le poursuivait sans cesse ; lorsqu'il apprit que le châtelain de Ferney lui imputait l'incendie du théâtre de Genève : « Je vois là de quoi rire, dit-il *, je n'y vois point du tout de quoi répondre ni se fâcher. Les amis de ce pauvre homme feraient bien de le faire baigner et saigner en même temps. »
Enfin, au mois de juin de la même année, Rousseau quitta la retraite que le prince de Gonti lui avait donnée si gracieusement et avec des soins si délicats dans son domaine de Trye-le-Château ; une lettre insolemment ironique à l'adresse du prince fut le seul souvenir que lui laissa, en partant, l'auteur d'Emile. On ne peut imaginer une outrecuidance plus insensée :
« Monseigneur,
« Geux qui composent votre maison (je n'en excepte personne) sont peu faits pour me connaître : soit qu'ils me prennent pour un espion, soit qu'ils me croient honnête homme, tous doivent égalem.ent craindre mes regards... Ma vie et mon cœur sont à vous, mais mon honneur est à moi : permettez que j'obéisse à sa voix qui crie et que je sorte de chez vous; j'ose dire que vous le devez. Ne laissez pas un coquin de mon espèce parmi ces lionnètes gens. »
Le voilà donc hors du château du prince de Gonli; mais où aller? Deux mois après, nous le trouvons à Gre^ noble, d'où il écrit à M. Servan ^ :
« Ne pensez pas que je conserve le fol espoir de trouver un asile paisible où je sois à l'abri des pièges secrets, des insultes et des affronts. Non, je n'attends plus ni équité ni commisération de personne. Les hommes ont