Ferney, à Damilaville, 22 avril
eu la force de me refuser à ta louange : j'en ai senti croître mon goût pour la vérité et mon amour pour la vertu. »
La vérité et la vertu à propos de ce polisson de Rousseau qui a empêché M. de Voltaire de jouer tranquillement la comédie aux Délices et ailleurs ! Et puis, quelques lignes plus loin, ce petit passage qui (comme le pavé de l'ours) atteint en pleine poitrine le même Voltaire:
(c Je hais cent fois plus les satires dans un ouvrage que les éloges ne m'y plaisent : les personnalités sont odieuses en tout genre d'écrire; on est sûr d'amuser le commun des hommes, quand on s'étudie à repaître sa méchanceté. »
Amuser le commun des hommes, c'était tout ce que voulait Voltaire, rien de plus!
Voltaire avait donc contre Rousseau deux principaux griefs : d'avoir voulu empêcher son théâtre et d'avoir refusé de se mettre à sa suite, deux crimes également impardonnables, que l'histrion, que le patriarche lui lit cruellement expier, particulièrement en 1761. d'abord, puis en 1762.
En 1761 parurent sous le nom d'un assez piètre littérateur, le marquis de Ximenès, des Lettres sur la Nouvelle Hélo'ise de J.- J.Rousseau, citoyen de Genève. Ces lettres, au nombre de quatre, virent le jour en février 1761 *; le nom du marquis de Ximenès n'est pas sur le frontispice, mais est au bas de la première lettre : cependant ces lettres^ne sont pas de Ximenès; leur auteur est Voltaire. Fréron le savait lorsque, en en rendant compte dans