Livre III, chapitre ix
JUGÉS L'UN PAR L'AUTRE 2o
« Tout cet article semble puéril et contradictoire. Comment peut-on être ignoré de ses voisins ? Comment est-on en sûreté si vos voisins ignorent qu'il y a du danger à vous attaquer? Et comment le même Etat qui pourrait se faire craindre pourrait-il être ignoré? Et comment le peuple peut-il avoir du pain sans que l'argent circule? La contradiction est manifeste.
<( A l'instant que le peuple est légitimement assemblé «en corps souverain, toute juridiction du gouvernement « cesse, la puissance executive est suspendue, etc. '.«Cette proposition du Contrat social serait pernicieuse, si elle n'était d'une fausseté et d'une absurdité évidentes. Lorsqu'en Angleterre le Parlement est assemblé, nulle juridiction n'est suspendue ; et dans le plus petit État, si pendant l'assemblée il se commet un meurtre, un vol, le criminel est et doit être livré aux officiers de la justice. Autrement une assemblée du peuple serait une invitation solennelle au crime.
« Dans un Etat vraiment libre, les citoyens font tout (( avec leurs bras et rien avec de l'argent*.» Cette thèse du Contrat social n'est qu'extravagante. Il y a un pont à construire, une rue à paver ; faudra-t-il que les magistrats, les négociants et les prêtres pavent la rue et construisent le pont? L'auteur ne voudrait pas assurément passer sur un pont bâti par leurs mains : cette idée est digne d'un précepteur qui, ayant un jeune gentilhomme à élever, lui fit apprendre le métier de menuisier : mais tous les hommes ne doivent pas être manœuvres.
« Les dépositaires de la puissance executive ne sont « point les maîtres du peuple. mais ses officiers. . . il peut les « établir et les destituer quand il lui plaît... il n'est point