‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 36 sur 154 · A Damilaville, 4 janvier 176o · texte numérisé non relu

A Damilaville, 4 janvier 176o

JUGÉS L'UN PAU L"AUTlifc: 39

deux souverains. Jean-Jacques a un peu attisé le feu de la discorde... C'est dommage pour la philosophie que Jean- Jacques soit un fou, mais il est encore plus triste que ce soit un malhonnête homme. La lettre insolente et ahsurde qu'il m'écrivit * au sujet des spectacles de Ferney était à la fois d'un insensé et d'un brouillon. Il voulait se faire valoir alors auprès de pédants de Genève... il prétendait engager avec moi une querelle. Le petit magot boursouflé d'orgueil fut piqué de mon silence...

(( A peine arrivé dans sa montagne, il fait un livre qui met le trouble dans sa patrie ; il excite les concitoyens contre le magistrat; il se plaint, dans ce livre, qu'on l'a condamné sans l'entendre; il m'y donne formellement comme l'auteur du Sermon des Cinquante ^; il joue le rôle de délateur et de calomniateur : voilà, je vous avoue, un plaisant philosophe ; il est comme les diables dans Quinault :

Goûtons l'unique bien des cœurs infortunés, Ne soyons pas seuls misérables •*.

« Et savez vous dans quel temps ce malheureux faisait ces belles manœuvre? C'était lorsque je prenais vivement son parti, au hasard même de passer pour mauvais chrétien; c'était en disant aux magistrats de Genève, quand par hasard je les voyais, qu'ils avaient fait une vilaine action en brûlant Emile et en décrétant Jean-Jacques : mais le babouin, m'ayant offensé, s'imaginait que je devais le haïr et écrivait partout que je le persécutais, dans le temps que je le servais et que j'étais persécuté moimême * . »

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