‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 38 sur 154 · Lettres écrites de la montogiie · texte numérisé non relu

Lettres écrites de la montogiie

2. « Ceci est une supposition, ilit Beucbot; il existe, il est vrai, une édition du Sermon des Cinquante, sous le millésime de 1749, mais que je crois de 1762. » {Œuvres de Voltaire, tome LXII,p. 171, note 1, et tome XL, p. 602.)

JUGÉS L'UiN PAR L'AUTRE 41

« Il y a cinq ans que quelques Genevois venaient chez moi représenter des pièces de théâtre; c'est un exercice qui apprend à la fois à bien parler et à bien prononcer, ' et qui donne même de la grâce au corps comme à Tesprit. La déclamation est au rang des beaux-arts. M. Dalembert alors fit imprimer dans le Dictionnaire encyclopédique un article sur Genève, dans lequel il conseillait à cette ville opulente d'établir chez elle des spectacles. Plusieurs citoyens se récrièrent contre cette idée ; on disputa, la ville se partagea. M. Rousseau, qui venait de donner un opéra et des comédies à Paris, écrivit de Montmorency contre les spectacles.

« Je fus bien surpris de recevoir alors une lettre de lui conçue en ces termes : « Monsieur, je ne vous aime point; «vous corrompez ma république, en donnant chez vous des « spectacles : est-ce là le prix de l'asile qu'elle vous a « donné? »

« Plusieurs personnes virent cette lettre singulière ; elle l'était trop pour que j'y répondisse; je me contentai de le plaindre; et même en dernier lieu, quand il fut obligé de quitter la France, je lui fis offrir pour asile cette môme campagne qu'il me reprochait d'avoir choisie près de Genève...

« Je pris publiquement son parti quand il fut condamné à Genève; je dis hautement qu'en jugeant son roman (ï Emile on ne faisait pas assez d'attention que les discours du vicaire savoyard, regardés comme si coupables, n'étaient que des doutes auxquels ce prêtre même répondait par une résignation qui devait désarmer ses adversaires... enfin je pris la défense de M. Rousseau. Cependant M. Rousseau vous dit ', madame, et fit même

1. Lettre do J.-J. Rousseau h M""" de Luxembourg, du 21 juillet

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iinpiiaicr ' que M. Tronchia et moi nous étions ses persécuteurs. Quel persécuteur qu'un malade de soixante et onze ans, persécuté lui-même jusque dans sa retraite!...

« 11 y a plus de dix ans que je suis retiré à la campagne auprès de Genève, sans être entré quatre fois dans cette ville ; j'ai toujours ignoré ce qui se passe dans celte répui3lique,je n'ai jamais parlé de M. Rousseau que pour le plaindre. Je fus très-fàclié que M. le marquis de Ximenès l'eût tourné en ridicule -. J'ai été outragé par lui, sans lui jamais répondre ; et aujourd'hui il me dénonce juridiquement, il me calomnie dans le temps même que je prends publiquement son parti. Je suis bien sûr que vous condamnez un tel procédé et qu'il ne s'en serait pas rendu coupable s'il avait voulu mériter votre protection. Je finis, madame, par vous demander pardon de vous importuner de mes plaintes; mais voyez si elles sont justes et daignez juger entre la conduite de M. Rousseau et la mienne...

c( Je ne peux avoir l'honneur de vous écrire de ma main, étant presque entièrement aveugle'. »

Le pauvre homme!... Si Voltaire n'a pas fait de bonnes pièces de théâtre, ce n'était certes pas faute de connaître la mise en scène ; il la possédait à fond. Quel art et quelle ruse dans cette lettre, du début à la fin!... «Ayez pitié •d'un pauvre aveugle, s'il vous plaît ! »

Pour se remettre de l'attitude relativement correcte qu'il a dû prendre vis-à-vis d'une grande dame telle qu'était la maréchale de Luxembourg, Voltaire écrivait à Dalembert :

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