Confessio7ix, partie II, livre VIL
tisane qu'on lui connaît l'obligeait à beaucoup d'égards pour un nouveau venu, jusqu'à ce qu'il connût mieux la mesure de son crédit '. »
Près de onze ans se sont écoulés, lorsqu'on 1756 la correspondance se rétablit entre Voltaire et Rousseau, à propos d'un exemplaire du poëme sur la ruine de Lisbonne que celui-ci venait de recevoir et qu'il supposa lui être envoyé par l'auteur. « Cela — dit-il ^ — me mit dans l'obligation de lui écrire et de lui parler de sa pièce. Je le fis par une lettre ' qui a été imprimée longtemps après sans mon aveu, comme il sera dit ci-après.
« Frappé de voir ce pauvre homme, accablé, pour ainsi dire, de prospérités et de gloire, déclamer toutefois amèrement contre les misères de cette vie et trouver toujours que tout était mal, je formai l'insensé projet de le faire rentrer en lui-même et de lui prouver que tout était bien. Voltaire, en paraissant toujours croire en Dieu, n'a réellement jamais cru qu'au diable, puisque son Dieu prétendu n'est qu'un être malfaisant qui, selon lui, ne prend de plaisir qu'à nuire. L'absurdité de cette doctrine, qui saute aux yeux, est surtout révoltante dans un homme comblé des biens de toute espèce, qui, du sein du bonheur, cherche à désespérer ses semblables par l'image affreuse et cruelle de toutes les calamités dont il est exempt. Autorisé plus que lui à compter et peser les maux de la vie humaine, j'en fis l'équitable examen, et je lui prouvai que de tous ces maux il n'y en avait pas un dont la Providence ne fût disculpée et qui n'eût sa source dans l'abus que l'homme a fait de ses facultés plus que dans la nature elle-même. Je le traitai dans