‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 60 sur 154 · Du 18 août 1756. Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Du 18 août 1756. Voyez ci-dessus, p

cette lettre avec tous les égards, toute la considération, tout le ménagement, et je puis dire avec tout le respect possibles. Cependant, lui connaissant un amour-propre extrêmement irritable, je ne lui envoyai pas cette lettre à lui-même, mais au docteur Tronchin, son médecin et son ami, avec plein pouvoir de la donner ou supprimer, selon ce qu'il trouverait le plus convenable. Tronchin donna la lettre. Voltaire me répondit en peu de lignes qu'étant malade et garde-malade lui-même il remettait à un autre temps sa réponse et ne dit pas un mot sur la question. Tronchin, en m'envoyant cette lettre, enjoignit une où il marquait peu d'estime pour celui qui la lui avait remise.

(( Je n'ai jamais publié ni même montré ces deux lettres ; mais elles sont en originaux dans mes recueils... Depuis lors, Voltaire a publié cette réponse qu'il m'avait promise, mais qu'il ne m'a pas envoyée. Elle n'est autre que le roman de Candide ' . »

La lecture de Candide et les détails qui lui revinrent sur les menées de Voltaire à son égard irritèrent au plus haut point Rousseau, et son indignation s'exhale ainsi dans une lettre à un de ses intimes amis, M. Moultou ^.

« Vous me parlez de ce Voltaire ! Pourquoi le nom de ce baladin souille-t-il vos lettres? Le malheureux a perdu ma patrie; je le haïrais davantage si je le méprisais moins. Je ne vois dans ses grands talents qu'un opprobre de plus qui le déshonore par l'indigne usage qu'il en fait. Ses talents ne lui servent, ainsi que ses richesses, qu'à nourrir la dépravation de son cœur. 0 Genevois ! il vous

1. Publié en 1759, avec ce sous-titre : oî< l'Optimisme, traduit de r allemand de M. le docteur Ratph, etc. Cs. Beuchot, Œuvres de Voltaire, tome XXXIll, p. 9-11.

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