A Voltaire, 17 juin
citoyens de haut parage figurèrent sur ce théâtre avec le duc de Villars, La Harpe et Ghabanon . Lekain et M'^^ Clairon y parurent. Voltaire écrivait : « Nous avons fait pleurer presque tout le conseil de Genève. Jamais les calvinistes n'ont été si tendres... Dieu soit loué! tout va bien, j'ai corroynpu le conseil et la république! »
« Cette expression — dit Musset-Pathay * — ne doit sans doute pas être prise rigoureusement; mais, quoique relative, elle était juste par rapport à Genève où les lois et les règlements pour les mœurs interdisaient également le théâtre. Rousseau, qui se plaignait de Voltaire, disaiït qu'il corrompait son pays, n'était donc pas aussi près de l'exagération qu'on le prétendait.
« Cependant les partisans de la comédie à Genève éprouvaient des obstacles et particulièrement de la part des prêtres ^. Voltaire les cajola, les attira chez lui et se crut assez fort pour frapper ce qu'il appelait le coup de grâce. Dalembert fut mandé aux Délices. Il y vint sous prétexte de consulter Tronchin et dans la réalité pour s'entendre avec Voltaire. De ces conférences naquit le fameux article Genève de V Encyclopédie , lequel parut comme l'ouvrage du seul Dalembert, fît beaucoup de bruit et produisit un effet contraire à celui qu'on en avait espéré. Le consistoire s'alarma; les bourgeois virent le piège qui leur était tendu. On en vint à blâmer les représentations sur le territoire genevois : on signala ceux qui s'y rendaient comme de mauvais citoyens. Enfin la Ze^^re de Jean-Jacques parut, et, tombant comme une bombe dans le camp ennemi, elle réduisit au silence et dispersa les acteurs et les amateurs. Voltaire, contraint de trans-
1. Histoire de ta vie et des ouvrar/es de Vottaire (édition de 1827, p. lOo).