A M. Jacob Veruct, 29 novembre 17G
monuments de sa gloire et de sa reconnaissance. S'il reste dans leur cœur quelque amour pour la patrie, ils détesteront sa mémoire, et il en sera plus souvent maudit qu'admiré. »
Emile parut en 1762, et valut à Rousseau nombre d'ennuis dont Voltaire fut le premier instigateur. « M. de Voltaire me voyant opprimé par le parlement de Paris, avec la générosité naturelle à lui et à son parti, saisit ce moment de me faire opprimer de même à Genève et d'opposer une barrière insurmontable à mon retour dans ma patrie. Un des plus sûrs moyens qu'il employa pour cela fut de me faire regarder comme déserteur de ma religion : car, là-dessus, nos lois sont formelles, et tout citoyen ou bourgeois qui ne professe pas la religion qu'elles autorisent perd par là-mème son droit de cité. Il travailla donc de toutes ses forces à soulever les ministres : il ne réussit pas avec ceux de Genève, qui le connaissaient; mais il ameuta tellement ceux du pays de Vaud, que, malgré la protection et l'amitié de M. le bailli d'Yverdun et de plusieurs magistrats, il fallut sortir du canton de Berne. On tenta de faire la même chose en ce pays' ; le magistrat municipal de Neuchâteldéfendit mon livre; la classe des ministres le déféra; le conseil d'État allait le défendre dans tout l'Etat et peut-être procéder contre mapersonne: mais les ordres de milord maréchal- et la protection déclarée du roi^ l'arrêtèrent tout court; il fallut me laisser tranquille. Cependant le temps de la communion approchait, et cette époque allait décider si j'étais séparé de l'Eglise protestante ou si je ne l'étais pas. Dans cette circonstance... je pris le parti d'écrire à M. de Montmolin,