A M"'" la marquise de Verdelin, 8 février 17G
Voltaire lui-même , avec tout son esprit , n'est qu'une bête, un méchant très-maladroit. Il me poursuit, il m'écrase, il me persécute, et peut-être me fera-t-il périr à la fin : grande merveille avec cent mille livres de rente, tant d'amis puissants à la cour et tant de si basses cajoleries contre un pauvre homme dans mon état ^ ! »
Il écrivait, peu après, à M. Butta-Fouco, notable corse, encore sur le même sujet :
« Le bruit de la proposition que vous m'aviez faite s'étant répandu sans que je sache comment, M. de Voltaire fît entendre à tout le monde que cette proposition était une invention de sa façon : il prétendait ra'avoir écrit au nom des Corses une lettre contrefaite dont j'avais été la dupe. Comme j'étais très-sùr de vous, je le laissai dire, j'allai mon train, et je ne vous en parlai pas même. Mais il fit plus, il se vanta l'hiver dernier que, malgré milord maréchal et le roi même, il me ferait chasser du pays. Il avait des émissaires, les uns connus, les autres secrets -. »
Connaissant à fond son ennemi et possédant bien sa manière et son style, Rousseau persifla habilement l'une et l'autre dans certain passage de ses Lettres écrites de la montagne ^ ; cette page est étincelante d'ironie :
« Ces messieurs du conseil de Genève voient si souvent M. de Voltaire, comment ne leur a-t-il "point inspiré cet esprit de tolérance qu'il prêche sans cesse et dont il a quelquefois besoin ? S'ils l'eussent un peu consulté dans cette affaire, il me paraît qu'il eût pu leur parler à peu près ainsi :