‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 72 sur 154 · A milord maréchal, 11 février · texte numérisé non relu

A milord maréchal, 11 février

pas fait les fonctions de secrétaire d'ambassade, si je n'en ai pas eu les honneurs au Sénat de Venise, j'en aurai menti moi-même *. »

Il importe d'insister avec quelque détail sur ce démenti formulé d'une façon si nette et si ferme contre une assertion répétée à satiété par Voltaire, à qui tous les moyens étaient ou semblaient bons pour humilier Rousseau et au besoin l'accabler sous le poids de la persécution à laquelle le citoyen de Genève fut en butte presque toute sa vie, trop souvent par sa propre faute et son caractère susceptible et ombrageux à l'excès.

Voici le fait auquel Voltaire rattachait des insinuations calomnieuses et qui remonte à l'année 1743. Vers le mois d'avril ou de mai de cette année, Rousseau était parti en qualité de secrétaire pour aller rejoindre M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise. Il passa dix-huit mois dans cette ville. « C'est une époque remarquable dans sa vie. Une fermeté de caractère, un esprit de conduite, des talents pour la diplomatie, un grand sentiment des convenances lui concilièrent tous les suffrages. C'était un autre homme, différent de ce qu'il avait été et de ce qu'il fut depuis. Il fait des démarches hardies et réclame du Sénat de Venise l'exécution d'un engagement pris par ce corps envers la France, fait rendre la justice, supprime des abus, protège ouvertement les Français négligés par l'ambassadeur...

« Il importe de bien établir les rapports qui existèrent entre Jean-Jacques et M. de Montaigu. Il fut son secrétaire et remplit à Venise les fonctions de secrétaire d'ambassade. Voilà le fait dans toute son exactitude -. »

On a prétendu — sur l'unique témoignage de Voltaire,

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