‹ Voltaire et ses maîtresChapitre 10 sur 37 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

VOLTAIRE CIGÉRONISE

Position de la question, — Lectures laliues de Voltaire. — Virgile et Horace rue du Long-Pont. — Cicéron à Cirey, à Berlin, à Ferney. — L'ami Horace. — Lettre à l'abbé d'Olivet. — Lettre latine au président Doubler. — Examen de cette lettre. — Retour à l'écolier Arouet. — Lettre latine cà d'Olivet. — Progrès du latiniste. — Autre lettre latine à d'Olivet. — Décadence du latiniste. — Conclusion.

Tout le monde sait le latin, ou croit savoir le latin, ou affecte de savoir le latin. Admettons que tout le tnonde sait le latin. 11 y a toujours le plus et le moins. Il y a ceux qui s'en tiennent à ce qu'ils ont appris dans les classes. Il y a ceux qui lisent leurs auteurs , comme on dit, et qui aiment à montrer qu'ils les lisent. Il y a enfin ceux qui les ont lus, qui les ont étudiés, c{ui les possèdent réellement, et qui sont en état de rendre compte de leur science. Ceux-ci méritent

seuls le Homde latinistes, d'humanistes, ou quel que soit le titre d'honneur qu'on voudra leur décerner.' Voltaire doit-il être inscrit au nombre des latinistes? Faut -il le reléguer parmi les simples amateurs, et à quel rang? Telle est la question qu'il s'agit de résoudre.

On ne peut pas dire de Voltaire, comme de tant d'autres, qu'il a laissé là ses auteurs en quittant les classes. Nous le voyons lisant et relisant, jusque dans l'extrême vieillesse, quelques-uns des chefs-d'œuvre de la littérature romaine.

Quand il vivait retiré, sous le nom de Demoulin , rue du Long-Pont , un peu plus loin que la Grève, et tout près de ce portail Saint- Gervais qu'il appelait son unique ami, la lecture du latin tenait une part notable dans son existence.

11 écrit à Gideville, à propos de l'abbé de Linant dont il souhaite le retour : « J'ai d'ailleurs une espèce d'homme de lettres, qui me lit Virgile et Horace tous les soirs, sans trop les entendre, et qui me copie très-mal mes vers ; d'ailleurs bon garçon, mais indigne de parler à l'abbé do Linanl. Je voudrais avoir un nuire

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amanuensis ; mais je n'ose pas renvoyer un homme qui lit du latin (1). »

A Cirey, le latin partage le temps avec l'anglais, les mathématiques, la physique, la poésie et l'histoire. La belle ÉmiUe traduisait Virgile tout en commentant Newton. C'est du latin et de l'anglais qu'elle lisait autour de Voltaire alité : « Je suis toujours un peu malade, mon cher ami, écrit Voltaire à Thiriot. Madame la marquise du Châtelet lisait hier, au chevet de mon lit, les Tusculanes de Cicéron, dans la langue de cet illustre bavard; ensuite elle lut la quatrième épître de Pope sur le Bonheur. Si vous connaissez quelque femme à Paris qui en fasse autant, mandez-le-moi ('2). »

A quelques jours de là, il écrit à l'abbé d'Olivet : « Mais il faut absolument que je vous apprenne que, pendant mon indisposition, madame la marquise du Châtelet daignait me lire au chevet de mon lit. Vous allez croire peut-être qu'elle me lisait quelque chant de l'Arioste, ou quelqu'un de nos romans. Non; elle me lisait les

(i) Correspondance générale., 29 mai 1733. (2) Correspondance qénérale. 9 février 1736.

Tusciilanes de Gicéron ; et, après avoir goût,é tous les charmes de cette belle latinité, elle examinait votre traduction, et s'étonnait d'avoir du plaisir en français (1). »

Une phrase d'une autre lettre à l'abbé d'Olivet nous montre, deux ou trois ans plus tard, les mœurs de Cirey dans toute leur originalité : « Je passe ma vie, mon cher abbé, avec une dame qui fait travailler trois cents ouvriers, qui entend Newton, Virgile et le Tasse, et qui ne dédaigne pas déjouer au piquet (2). »

A Berlin, Horace est le sujet favori des entretiens de Voltaire et de Frédéric ; c'est du moins ce que dit Voltaire, dans VExorde du poëme de la Loi nalurelle. « Vivent Gicéron et Virgile! » c'est un cri que Voltaire poussait à soixante et dix ans, à la fin d'une lettre à l'ancien P. Thoulier, octogénaire (o). A soixante et douze ans, Voltaire relit Gicéron : « Leurs ouvrages, mande-t-il à Damilaville, à propos de Boulanger et autres, m'ont fait relire les écrits philoso-

(1) Correspondance générah', 12 février I73G.

(2) CorrespomUmce (jàiérale, 20 octobre 1738.

(3) Correspond ance gcvà'ale, 27 novembre 1701,

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phiques de Cicéron ; j'en suis enchanté plus que jamais. Si on les lisait, les hommes seraient plus honnêtes et plus sages (1). »

La lecture d'Horace est jusqu'au dernier jour, peu s'en faut, le passe-temps favori de Voltaire, sa plus efficace consolation. Il avait soixante-dix-sept ans déjà, quand il adressait à Horace la plus célèbre de ses Êpitres :

J'ai déjà passé l'âge où ton grand protecteur,

Ayant joué son rôle en excellent acteur,

Et sentant que la mort assiégeait sa vieillesse,

Voulut qu'on l'applaudit lorsqu'il finit sa pièce.

J'ai vécu plus que toi; mes vers dureront moins ;

Mais, au bord du tombeau, je meUrai tous mes soins

A suivre les leçons de ta philosophie ;

A mépriser la mort en savourant la vie;

A lire tes écrits pleins de grâce et de sens,

Comme on boit d'un vieux vin qui rajeunit les sens (2';.

Nous avons choisi quelques dates caractéristiques. Mais on pourrait multiplier à l'infini les citations qui montrent Voltaire lisant ou relisant les Latins de son goût, ou dissertant sur leurs œuvres. Il faudrait quelque impudence, par

(1> Correspondance générale, 24 septembre 1766. (2; Êpitre à Horace, vers la fin; 1771.

conséquent, pour dénier à Voltaire au moins le titre de latiniste amateur, de lecteur de latin, sinon de parfait humaniste. Quant à Voltaire, on l'eût médiocrement charmé en le saluant d'un tel titre. Ses prétentions allaient plus loin, et nous en avons mainte preuve. C'est bien un humaniste, ou du moins un homme tenant à passer pour tel, qui termine ainsi une lettre à l'abbé d'Olivet : « Si placeo tiiiim est ; et placerem bien davantage, si j'étais assez heureux pour passer ma vie avec vous ; mais

Non me fata meis paliuntiir ducere vilain Auspiciis , et sponte mea componere curas.

On ne fait rien dans ce monde de ce qu'on voudrait, et je passe ma vie à vous regretter. Yale, dilige tiiiim amicum, timm discipiilinn, qui vous est toujours dévoué avec l'amitié la plus respectueuse (1). » Peut-être l'abbé d'Olivet trouva-t-il que placerem sentait le gallicisme; mais la douceur du compliment lui fut plus sensible, selon toute apparence , que la peccadille grammaticale.

(1) Correspoiidduce fiénérale, 1732.

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Quelques mots de lalin dans une lettre à un latiniste, cela signifie assurément quelque chose. Une lettre en latin à un autre latiniste, cela signifie bien plus encore. Celle-ci a été écrite sept ans environ après la précédente. Elle est adressée au président Bouhier.. Voltaire l'écrivait le jour même où il mandait à Thiriot l'arrivée d'un Démosthène et d'un Euclide. Il y est question de langue grecque ; et on y voit que Voltaire n'était pas le seul à Cirey c|ui brûlât en ce moment de la passion du grec. La belle Emilie en tenait comme son ami. Il n'est guère probable pourtant qu'elle ait poussé le courage jusqu'à apprendre l'alphabet. Voltaire eût mentionné, dans VÉloge historique de la marquise, ce mémorable prodige. Je vais transcrire en entier la lettre au président Bouhier, sauf la dernière phrase, qui est en français.

Cirey, -pridie nonas '7 mai).

Tibi gratias ago quamplurimas, vir doctissime et optime, de tuo quem mihi promittis Petroiiio. Jam in te miratus sum, priscorum, qui litteras restituerunt et bonas artes, senatorum Badgeorum et Thuenorum elegantem et peritissimum emulatorem, scienti^e pêne oblitae restilutorem, et setatis tiue ornamentum. Nunc

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iter ad Belgas facio, et cras proficiscor cum illustrissima muliere qiiœ, latinae linguae perita, nunc ad grascas litteras avidum doctrinae animum applicare inchoat, et quœ geometria? et physicœ potissimum addicta eloquentice et poëseos lepores non dedignatur, quaeque acutp judicio et summa cum voluptate Virgiiium, Miltonum et Tassum perlegit, Ciceronem et Addissonum. Si alicujus lihri opus tibi est qui in his tantum provinciis ad quas pergo reperiundus sit, jubere potes, et mandata tua exequar. Te veneror, et tuus esse velim.

Tous ces mots sont des mots plus ou moins latins. C'est du latin, si l'on veut, mais du latin détestable. Il n'y a pas d'écolier de cinquième qui ne soit en état d'y relever erreur sur erreur, et même des fautes plus qu'étranges. Et d'abord, pridie nouas n'est pas et ne peut pas être le 7 mai, puisque les nones étaient le huitième jour avant les ides, et que les ides de mai correspondent au 15 du mois : c'est le jour des nones que Voltaire a écrit sa lettre, et non pas la veille des nones. On pourrait dire que la date, 7 mai, a été ajoutée après coup ; mais la lettre à Tliiriot, écrite le même jour que la lettre au président Bouhier, porte la date du 7 mai : ce n'est donc pas le () mai que Voltaire a écrit au président

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Bouhier. Un Romain aurait dit, ce semble, (iralias ago libi maximas, et se serait bien gardé de mettre oplime après doctissime. Les enfants savent cela. Ce qu'ils n'ignorent pas non plus, c'est que Jam ne signifie rien, là où le sens demande jaA7î/jrif/(?m, et que bonœ artes, daiîs la langue classique, ce sont les vertus, et non point les belles-lettres. 11 leur est permis d'ignorer que l'historien de Thou s'est donné en latin le nom de Tlmamis; d'ailleurs on peut mettre sur le compte des typographes Tliuenorum au lieu de Tliiianonim. Attribuons-leur aussi Ve simple ])Our Yœ au commencement du mot œiiiidatO' rem; mais obiitœ appartient à Voltaire, et oblilœ signifie le contraire de ce que Voltaire a voulu dire. Il a voulu dire une science oubliée^ et il a dit une science qui a oublié. Oblilus est un des participes de verbes déponents sur lesquels les enfants se méprennent le moins. L'alliance d'a/;plicare et d'inclioat est ridicule, à moins qu'on ne fasse abstraction du sens propre de chacun de ces deux mots. Comment l'idée de commencer une construction, inclioare, peut-elle avoir pour dépendance l'idée d'une application, soit au propre, soit au figuré, et surtout celle de l'appli-

cation de l'esprit, applicare animnm? Il est évident aussi que perlegit est impropre, puisqu'il s'agit là non point d'achever telle ou telle lecture, mais simplement de lire, ou, si l'on veut, de lire et relire. Perlego ne serait supportable qu'amené par lego et relego, par exemple si Voltaire avait mis : legit atqiie relegit, imo perlegit, lit, relit, et va jusqu'au bout des livres. Mais ce sont là des délicatesses de style. Si alicujus libri opus tibi est est intolérable pour trois raisons : après si, on ne met pas alicujus ; avec opus est, on met l'ablatif de la chose ; et ces phrases conditionnelles exigent le subjonctif et même le passé, si opus fuerit. Tel est l'usage des écrivains classiques; ces règles sont dans tous les rudiments. On pourrait, Tacite à la main, défendre jubere potes, quoique jubere ne se prenne guère d'une manière absolue; mais luus esse vclim, ou n'a pas de sens, ou signifie : « Je voudrais être voti-e esclave; » et Voltaire n'a certainement pas voulu dire qu'il voudrait être l'esclave du président Bouhier.

Je n'ai noté, dans l'œuvre de Voltaire, que ce qui est immédiatement visible*, même pour les yeux d'un écolier. Que serait-ce donc si

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l'on appliquait à ce prétendu latin la loupe des Muret ou des Scaliger? Demandez à un latiniste ce qu'il pense, et de de luo pour /y?o tuo, et de promittis sans verbe, et de pentissinmm sans complément, et du gallicisme cras proficiscor, et du gallicisme lepores non dedignatur, et de la reprise quœque, et de l'ablatif sans préposition à côté de l'ablatif avec cmn, et do tout enfin dans cette inqualifiable rapsodie. Le président Bouhier dut malignement sourire, en lisant l'épître du latiniste de Cirey. A coup sûr, il n'admira pas dans l'auteur un émule, ni présent ni futur, de ces vieux sénateurs vantés par Voltaire.

Ce qui paraît un peu difficile à comprendre, c'est que Voltaire ait pu écrire une pareille lettre ; ce qui est parfaitement inconcevable, c'est qu'après l'avoir écrite, il ait eu le courage de l'envoyer à son adresse. Il est évident que le jeune Arouet, au collège Louis-le-Grand, donnait à ses maîtres, je ne dis pas en rhétorique, mais dès la seconde, dès la troisième, dès la quatrième, dès la cinquième, du latin un peu plus correct et de moins mauvais aloi. Je ne me représente pas le pupille du P. Thoulier, et le

plus brillant lauréat des Jésuites, comme un compilateur de solécismes, de barbarismes et de non-sens. Je m'assure que le jeune Arouet écrivait fort gentiment une page de prose latine sur tout sujet donné, et que ses succès classiques ne prouvent pas qu'il n'eût pour rivaux que des ânes. Mais le talent d'écrire en latin ne se conserve, comme tous les talents, que par l'usage. Après dix ans de désuétude, il n'en reste rien, ou presque rien ; et il y avait près de trente ans que Voltaire n'écrivait plus en latin, quand il lui prit fantaisie de faire voir au président Bouhier qu'il savait encore parler la langue de Cicéron. Cette élucubration insolite lui coûta sans doute des efforts extraordinaires. Voilà ce qui explique ses sentiments trop paternels pour un enfant de tout point mal venu. Il faut mettre l'envoi au président Bouhier sur le compte de cette myopie morale qui nous fait faire à tous, sots ou gens d'esprit, nos plus ridicules sottises.

Mais un premier essai a pu être suivi d'autres essais plus heureux. Voltaire retrouvera peut-être, en 1740, ce qu'il n'avait plus en 1739. Un peu de travail et de bonne volonté suffisent pour opérer de plus grands miracles.

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Cherchons donc, et ne nous hâtons pas de porter des sentences sévères. Voici le début d'une lettre à l'abbé d'Olivet, écrite moins d'un an après la lettre au président Bouhier :

Cirey, nonis marlis.

Elegans et sapiens Olivete, Tullius ille laudum amator nunc, opinor, gloriatur quod ingenio tuo clarior et diligentia tua accuralior prodeat. Tullia nostra, /Emilia du Chàtelet in omni génère artium instructa et vera operum tuorum aestimatrix, novo operi tuo gratulatur, et commentarios tuos enixe desiderat. Sed tibi fateor, nota? ad textum in ipsis paginis accommodata^ non illi displicerent. Arduum est et operosum notas ad finem libri rejeclas quaerere. Ut ut, vir doclissime, incumbe labori tuo, et Ciceronem Olivetanum cum voluptate legemus. Hsec tibi scribunt /Emilia et Volterius(l).

Le reste de la lettre est en français. On ne saurait nier que le latiniste ne soit ici en progrès sur lui-même. Je ne crois pas qu'il faille attribuer une part bien grande, dans cette œuvre, à la collaboration de la nouvelle Tullie. Il est probable que A ultaire aura voulu se piquer d'honneur^ en parlant à son ancien maître, et que les souvenirs du

(1) Correspondance générale, mars 1740.

collège lui seront revenus un peu plus nets, àl'idée du préfet Thoulier, qu'à l'idée du parlementaire dijonnais. Laissons-lui le mérite d'avoir réussi à mieux faire. Son thème, cette fois, car ce n'est toujours qu'un thème, c'est-à-dire du français habillé en mots latins, est à peu près de la force d'un devoir de quatrième, mais non point d'un devoir irréprochable. Qiiod avec le subjonctif n'indique qu'un prétexte, une fausse raison; et Voltaire veut dire à d'Olivet que Cicéron est réellement fier des beaux travaux de son commentateur. On est inslniclus ^ c'est-à-dire pourvu, et non point instruit , omni génère arlium, et non pas in omni génère. On ne remercie pas un ouvrage, mais l'auteur d'un ouvrage; et, si l'on veut parler de la chose dont on le remercie, on ajoute, à tibi gratulor, ou l'accusatif seul, ou l'ablatif avec de ou pro; opus, de opère, pro opère. La troisième phrase est toute gallicisme. Ce n'est pas ainsi, c'est par l'infinitif, qu'on tourne une pareille idée en latin. Ut ut a besoin du verbe être pour signifier (pioi quil en soit : ni ut est, par exemple. Vl ut, à lui seul, signifie simplement de qnelque manière que, et l'ellipse du verbe n'est point permise.

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Il faut descendre sept ou huit ans, pour trouver, dans les écrits de Voltaire, c|uelque nouvelle trace de prose latine. C'est un billet sans date, mais qui doit être, ou de la fin de 1747, ou des premiers jours de illiS. Il est adressé encore à l'abbé d'Olivet. Voltaire lui redemande le manuscrit de Sémiramis, qu'il lui avait communiqué avant de le remettre aux comédiens.

Tuum tibi mitto Ciceronem quem relegi ut barbari Crebillonii scelus expiarem. Te precor mihi Semiramidem mandare cum tuis animadversionibus. Timeo ne tempus me deficiat. Hanc comœdi Semiramidem requirunt, quod reverendi patris de Nivelle comœdia non placuerit. Sed die et nocte nperam dabo, ut consiliistiiis possim opus meum perficere.

Les progrès du latiniste ont cessé. Ce latin vaut, ni plus, ni moins, celui de la lettre de I7/1O. Encore n'y avait-il, dans la lettre de 17/1.0, aucune défectuosité comparable à Te precor milii Semiramidem mandare. Ceci peut se mettre en regard des plus jolies inventions que nous ayons admirées dans la lettre au président Bouhier. Cette phrase est du français, et non pas du latin. En latin, on dit : 3 e precor ut mandes. Ensuite mandare est absurde, puisque c'est

Voltaire qui a conûé S éinir amis à l'abbé d'Olivet, et que l'abbé d'Olivet n'a pointa la confier à Voltaire, mais à la lui renvoyer. Mandarc n'a jamais été synonyme de remittere que dans le latin de Voltaire.

Quelques mots de latin jetés par ci par là, surtout dans certaines lettres polyglottes, voilà tout ce que nous pourrions ajouter à la collection des œuvres de Voltaire prosateur latin. Ces bribes plus ou moins précieuses nous sont inutiles. On a vu les chefs-d'œuvre. On sait ou on doit savoir à quel rang il convient de placer Voltaire dans la liste des prosateurs latins. C'est justice^ je crois, de reconnaître qu'il n'est pas resté beaucoup plus d'un ou deux degrés audessous du dernier rang, et qu'il ne lui a manqué qu'un peu d'application et de persévérance pour s'élever à la hauteur environ d'un passable écolier de troisième. Ce n'est pas notre faute s'il a jugé à propos de s'arrêter en si beau chemin.

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