‹ Voltaire et ses maîtresChapitre 14 sur 37 · DÉFENSE DE CICÉRON PAR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE CICÉRON PAR VOLTAIRE

Restes du Marins de Cicéron. — Juvénal et l'abbé de Marolles. — Attaque de Voltaire contre Juvénal. — 0 fortunatam... — Explication de natus. — Que Juvénal n'a dit que des choses de bon sens. — Qu'il ne déprécie point Cicéron. — Pourquoi il blâme 0 forlunalam... — Voltaire va être plus heureux.

Cicéron avait fait un poëme intitulé Maruis, et il nous reste quelques beaux vers de ce poëme. Voltaire a cité ce morceau, dans la préface de Rome sauvée, et en a donné une brillante imitation en vers français. A la suite, il dit : « Pour peu qu'on ait la moindre étincelle de goût, on apercevra, dans la faiblesse de cette copie, la force du pinceau de l'original. Pourquoi donc Cicéron passe-t-il pour un mauvais poëte? Parce

qu'il a plu à Juvénal de le dire; parce qu'on lui a imputé un vers ridicule :

0 fortunatam natam, me consule, Romam !

C'est un vers si mauvais, que le traducteur qui a voulu en exprimer les défauts en français n'a pu môme y réussir.

0 Rome fortunée, Sous mon consulat née !

ne rend pas à beaucoup près le ridicule du vers latin. Je demande s'il est possible que l'auteur du beau morceau de poésie que je viens de citer ait fait un vers si impertinent? Il y a des sottises qu'un homme de génie et de sens ne peut jamais dire. Je m'imagine que le préjugé, qui n'accorde presque jamais deux genres à un seul homme, fit croire Cicéron incapable de la poésie quand il y eut renoncé. Quelque mauvais plaisant, qael([ue ennemi de la gloire de ce grand homme, imagina ce vers ridicule, et l'attribua à l'orateur, au philosophe, au père de Rome. Juvénal, dans le siècle suivant, adopta ce bruit |)()pulairo, et le fit passer à la postérité dans ses

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