‹ Voltaire et ses maîtresChapitre 15 sur 37 · DÉFENSE DE CICÉROX PAR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE CICÉROX PAR VOLTAIRE

déclamations satiriques; et j'ose croire que beaucoup de réputations bonnes ou mauvaises se sont ainsi établies. » Voltaire insiste sur cette dernière considération ; mais nous n'avons pas besoin de le suivre dans ses hypothèses à propos des deux fameux vers qu'on impute au P. ]\Jalebranche.

Cette argumentation suppose que Juvénal était homme à se laisser tromper par un bruit populaire, ou plutôt qu'il a été bien aise de profiter de ce bruit pour faire à Cicéron une réputation de poëte ridicule; que c'est quelque plaisant qui a écrit 0 fortimatam, et qui l'a imputé à Cicéron ; que les deux vers de l'abbé de Marolles sont la traduction, sinon complète, du moins approchante, d'O fortunalam; enfin que le vers imputé à Cicéron est un vers impertinent, et tout ce qu'on a jamais imaginé de plus absurde au monde.

Sublala causa tollhur effecliis. Le vers cité par Juvénal n'est nullement absurde, et n'a rien de commun avec la prétendue traduction de l'abbé de Marolles. 0 Romam 6 Rome, natam ayant été, fortunalam fortunée, me conmle moi étant consul. Cicéron pouvait laisser

à d'autres le soin de dire que Rome avait été fortunée sous son consulat. Il a eu tort de le dire lui-même; mais, s'il l'a dit, il n'a pas dit \m non-sens. C'est là pourtant ce que signifie, mot à mot, 0 fortunatam natam, me consule, Romam ! Ce vers est l'exact équivalent de 0 Roma! qiiœ fuisti fortimata, me consule.

Je n'ai pas besoin de rappeler que le verbe sum n'a ni participe présent ni participe passé. Ceux qui savent le grec savent comment les Grecs suppléaient à l'absence du participe passé de leur verbe diii -. ils se servaient de yevd^cvoç Les Latins ont fait comme les Grecs. Mais ils n'avaient que natus, l'équivalent exact de yevôpisvoç, tandis que les Grecs avaient wv et ysvôpijvoç. Ils ont employé nalus non-seulement dans le sens du passé, mais dans le sens du présent. Pro re nata, ilanalus locus: dans ces expressions, natus signifie étant, et non pas ayant clé. Ouand je dis que les Latins n'avaient que natus, je ne parle que du supplément direct : personne n'ignore qu'étant et ayant été s'expriment ordinairement à l'aide d'une conjonction ou d'un relatif, et d'un temps personnel du verbe sum. Personne n'ignore non plus qu'existens, consis-

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