CHAPITRE IV
Résurrection d'une tragédie du P. Porée. — Sujet à'Aqapilus. — Jugement. — Citations. — Autres tragédies du P. Porée. — Comédies du P. Porée. — Citations. — Regnard perfectionné. — La boîte au gros sel. — Accord de la théorie et de la pratique. — Deux oraisons funèijres de Louis XIV. — Querelle du P. Porée et du professeur Grenan. — L'éloquence du P. Porée. — Lettre d'un contemporain. — La personne du P. Porée. — Éloges de son génie par ses confrères. — Science du P. Porée. — Le P. Porée pi-ofesseur. — Voltaire et le P. Porée,
L'Université de France proscrit les représentations di\imatiques. Mais l'on joue encore des tragédies et des comédies dans certains établissements d'instruction, il ne se passe même guère d'année cjue les journaux, pour une cause ou pour une autre, ne nous entretiennent de f|uelque solennité scolaire marquée d'un événement de ce genre. Je lisais, il n'y a pas fort long-
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Icmps, que les élèves du petit séminaire de Séez ont représenté le Martyre de saint Afjapct, en présence de monseigneur l'évêque, aux grands applaudissements de l'assistance, et h la complète satisfaction de Sa Grandeur. Ceci m'a révélé que la poésie tragique du P. Porée n'est point morte. Le Martyre de saint Agapet est une des tragédies du P. Porée. Le vrai titre est simplement Agapilus, en français Agapit , comme le P. Porée nomme lui-même son héros dans le prologue et ailleurs. Cette exhumation d'Agapitus a ses raisons sans nul- doute. On aura jugé Agapiius la meilleure des tragédies du P. Porée. Contemplons donc le P. Porée dans son chef-d'œuvre.
Les faits qui ont fourni la matière de la tragédie se passent dans la ville de Préneste, en Tan 275, sous le règne d'Aurélien. Le prologue, ■(fiii est en vers français comme les intermèdes, nous montre un chœur de jeunes idolâtres oflVant des vœux à la déesse Hébé, puis Aga- ])it, suivi d'une troupe de jeunes chrétiens, renversant la statue de la déesse. Au premier acte, Métellus, le (lamine des dieux, dénonce le sacrilège au préfet de Préneste , Anlio-
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chus, ami de Lysandre, le père d'Agapit. Le coupable avoue son crime. Douleur de Lysandre; elïorts du père pour amener son fils au repentir; triomphe apparent des larmes paternelles. Dans le premier intermède, les chrétiens doutent un instant de la persévérance d'Agapit. Un ami d'Agapit les rassure. Le chœur appelle par ses prières la grâce d'en haut, afin qu'Agapit ne faiblisse point devant les épreuves. Au deuxième acte, A^ntiochus et Lysandre se concertent pour faire croire au jeune homme que César veut la tête du père de celui qui a renversé la statue, le fils étant censé n'avoir pas commis spontanément ce forfait. Agapit est affligé, mais ne succombe pas. Le flamine impatient vient réclamer sa victime. Agapit voit qu'on le trompait, et refuse absolument d'abjurer. Antlochus le livre aux bourreaux, mais en l'avertissant qu'il lui parlera une dernière fois entre les tortures et la mort. Dans le deuxième intermède, un jeune païen se convertit, pour avoir assisté aux tortures du martyr. Au troisième acte, le préfet prend la résolution d'en finir avec Agapit. Comparution d'Agapit devant son juge et devant son père. H résiste aux menaces
de l'un et aux pleurs de l'autre. Antiochus le rend aux soldats. Prières de Lysandre à son ami. Antiochus réconforte le père au désespoir, en lui disant qu'il a seulement fait conduire Agapit au flamine, pour que le flamine essaye une dernière fois la vertu des menaces. Métellus revient, mais seul, et se félicitant de la mort de l'impie. Lysandre, éclairé par la grâce, jure haine aux faux dieux, et se proclame chrétien. Le troisième intermède contient le récit de la mort d' Agapit et des chants de victoire en l'honneur de son martyre.
Cette construction dramatique, qui n'est guère compliquée, est pourtant d'une maladresse étonnante. A la fm du second acte la pièce est finie. Antiochus ne dit à Agapit : Mox te advocabo, que pour fournir au P. Porée quelque prétexte d'ajouter un troisième acte aux deux premiers. D'ailleurs, rien ne se tient. Les personnages entrent et sortent par un pur caprice de l'auteur, non point par la nécessité de l'action. Mais que parlé-je d'action ? il n'y en a pas l'ombre. Quant aux caractères, je n'ai pas besoin de remarquer quelle sorte de peine le P. Porée a dû prendre pour les invente;', Agapit est uii diminutif de
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Polyeucte. Antiochus et Lysandre sont Félix dédouble : là, son absurdité; ici, ses bons instincts. Métellus, dans le peu qu'il dit et dans le mal qu'il fait, ne fait et ne dit presque rien qui lui appartienne en propre. Mathan et autres y sont pour les trois quarts et plus.
Au reste, ne nous battons pas contre des moulins. Je ne pense pas que le P. Porée ait prétendu autre chose, en écrivant Agapiliis, que faire une réduction de Polijeucie, et de Polyeucte moins Pauline et Sévère, c'est-à-dire moins ce qui est la vie et l'intérêt du drame de Corneille. Le P. Porée va même jusqu'à imiter l'inimitable ; et, si son troisième acte est mal amené, on y trouve, plus ou moins défigurée, la scène où Polyeucte répète : « Je suis chrétien. »
ANTIOCHUS
Adeone dulce est cadere torloris manu?
Adeone durum est colère gcntiles deos?
AGAPITU;^.
Te, Christe, adoro.