‹ Voltaire et ses maîtresChapitre 8 sur 37 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

LE P. THOULIER (L'ABBÉ D'OLIYET)

Le P. Thoulier préfet à Louis-le-Grand. — Il devient célèbre tout d'un coup. — Sa vocation de traducteur. — Il quitte la Compagnie de Jésus. — I/abbé d'Olivet académicien. — Son éloge par Voltaire. — Histoire de l'Académie française. — Traductions de labbé d'Olivet. — L'abbé d'Olivet grammairien. — Caractère de l'abbé d'Olivet. — Tragi-comédie h l'Académie française. — L'abbé d'Olivet octogénaire.

On ne saurait que féliciter le jeune Arouet d'avoir reçu, au collège, les conseils, les encouragements, les critiques d'un homme tel que le P. Tourneniine. Pourtant j'ai peur que l'excessive admiration du P. Tournemine, non-seulement pour le Cid et Polijeucte, mais pour Agcsilas et pour Attila, n'ait fait grand tort à Corneille dans la pensée de Voltaire, surtout après que Voltaire eut eu maille à partir avec

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l'adversaire de Loclce^ et bien plus encore quand Voltaire se fut figuré que le P. Tournemine méritait le renom que lui avaient fait jadis les plaisants du collège.

Je ne suis pas très -surpris que les biographes de Voltaire oublient de mentionner le P. Tournemine, dans le récit des premières années do leur héros. Mais ce qui me passe vraiment, c'est qu'ils ne nomment point non plus le P. Thoulier, ce Jésuite qui fut depuis l'abbé d'Olivet, et avec qui Voltaire entretint jusqu'au bout un affectueux commerce. Ne vous figurez pas que le P. Thoulier ne fût qu'un novice, un préfet quelconque, au temps où nous l'avons vu grelottant, devant un méchant feu, avec l'enfant qui fut Voltaire. En 1709, le P. Thoulier était déjà tout ce que fut l'abbé d'Olivet, un bon écrivain, un latiniste consommé. 11 avait vingtsept ans ; il était depuis dix ans dans la Compagnie. Le chanoine Maucroix, à Pieims, l'avait aimé comme un fils, et lui avait légué ses papiers. Le vieux Huet, l'hôte de la maison professe, ne l'aimait pas moins tendrement, et i)e voyait que par ses yeux. C'est le P. Thoulier qui devait aussi publier les ouvrages posthumes

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de l'ancien évêque d'Avranches. Le P. Thoulier, plongé dans les livres, pâlissant sur Cicéron, corrigeant les épreuves de l'octogénaire Huet, remaniant les traductions de Maucroix,s'essayant à en faire de pareilles et de meilleures, n'était pas très à plaindre, dans un poste plus que subalterne, dès qu'il travaillait à son aise. Quand les Jésuites voulurent faire de lui quelque chose, il les quitta, et rentra dans le monde. Plusieurs années après 1709, le P. Thoulier était encore simple préfet, aidant ses pupilles dans leurs thèmes, et émondant solécismes et barbarismes.

C'est la passion des belles-lettres qui l'avait attiré vers l'institut de saint Ignace. M. Thoulier d'Oiivet, son père, conseiller au Parlement de Besançon, n'aimait pas les Jésuites, et voulait faire de lui un magistrat. Il obtint, à force de persévérance, l'assentiment de sa famille. Les Jésuites remployèrent au collège de Reims, puis à celui de Dijon, puis à Louis-le-Grand.

En 1710, il publia, sous le titre (ïOEuvres postliumes de M. de AJaucroix, les traductions du chanoine, amendées par lui, et les siennes propres, mêlées parmi celles du chanoine. Cette publication fit du bruit. On ne tarda pas à

savoir que F honneur du succès ne revenait pas tout entier à feu Maucroix. Les Jésuites commencèrent à se douter que leur petit préfet était un maître homme. Le P. Le Telher lui-même témoigna sa satisfaction au jeune Jésuite. La gloire de l'éditeur de Maucroix franchit les murs du collège et les limites du monde scolaire. D'illustres personnages, Boileau, La Monnoye et autres, voulurent voir le P. Thoulier. Boileau mourut l'année suivante : cependant le jeune Jésuite était entré fort avant dans son amitié. C'est lui qui obtint de Boileau qu'il vît le P. Le Tellier, malgré ses répugnances ; et cette entremise opéra la réconciliation du satirique avec le confesseur du roi.

La vocation du P. Thoulier au jnétier de traducteur était manifeste ; .et lui-même s'y sentait porté comme par un instinct irrésistible. Il renonça dès lors à la poésie latine, et à cette futile littérature de collège où il eût pu briller à l'égal de ses plus fameux confrères, comme le prouve le peu qu'il a consenti à imprimer de ses vers latins et de ses exercices de prosateur cicéronien. C'est lui-même qui nous apprend, dans une lettre latine à son frère Anatole, conseiller

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