‹ VoltaireChapitre 10 sur 48 · Recueil de 1820, pages 204 et suiv · texte numérisé non relu

Recueil de 1820, pages 204 et suiv

SES HOiNTES, SES CIUMES, SES OEUVRES. 73

Les explications manquent à cet égard ; mais ce qu'il y a de positif c'est qu'il le gagna.

Le contrôleur des finances jette les hauts cris ; il assure qu'il y a fraude, et veut poursuivre Voltaire.

On ne partage pas cet avis au conseil.

Pelletier seul est déclaré maladroit et répréhensible pour n'avoir pas prévu la combinaison.

Mais, craignant de voir le conseil revenir là-dessus, et ne se sentant pas, au fond, la conscience bien nette, le calculateur juge à propos de prendre la fuite. Il emporte son magot à Plombières, dans les montagnes des Vosges, où Richelieu et cinq ou six autres garnements viennent lui tenir compagnie.

Trois mois durant, ils scandalisent la Lorraine par leurs exploits erotiques et leurs bombances effrénées.

Justement alors, à Nancy, on souscrivait les actions d'une vaste entreprise commerciale, qui avait pour elle toutes les chances de succès possibles.

« Aussi, dit l'abbé Maynard, le roi Stanislas avait-il bien défendu de donner de ces actions aux étrangers. Mais le démon de l'argent possédait Voltaire. Un soir, à minuit, il quitte la « bachique banda » au milieu de laquelle il vivait, monte en chaise de poste et vole à Nancy, où les actions se souscrivent. Grâce à la conformité de son nom avec celui d'un gentilhomme de la cour, il s'en fait adjuger cinquante, qui

lui sont délivrées huit jours après. Il profite aussitôt de la demande en hausse de ce papier, et triple son or (1). »

Dans Tin tervalle, Pelletier, quilui gardait rancune, est renvoyé du ministère.

Le philosophe regagne Paris avec sa bande, et fait acheter sur les côtes d'Afrique d'immenses provisions de blé, qu'il revend, à Marseille, sous le couvert d'un nommé Demoulin, à cent pour cent de bénéfice.

En même temps, il s'associe à une maison de Cadix, qui fait les exportations pour le Nouveau-Monde, avec chargement au retour.

Les résultats, de ce côté, sont encore plus favorables.

Ce n'est pas tout. Le gouvernement, dont les coffres sont vides, organise une nouvelle loterie, non plus pour l'Hôtel de ville, mais pour lui-même.

Voltaire prend six cents billet s à lui seul, et, si ce n'est plus le calcul, c'est une chance incroyable qui, cette fois, lui vient en aide.

Ayant alors de très-grandes sommes à sa disposition, il obtient des frères Paris de se mettre de moitié avec eux dans la fourniture des vivres pour les armées d'Italie et de Flandre. On liquide après la paix, et il reçoit en solde, pour la seule armée d'Italie, une

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