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les plus corrompues, et leur accorde Tenceiis qu'il re-
fuse au Christ.
C'est la source immonde où vont boire, encore aujourd'hui, les libres penseurs et les incrédules ; c'est le jardin de pestilence, où l'on cueille la plante vénéneuse qui fait mourir les âmes , c'est l'arsenal attitré, où les journaux ennemis de l'Église, et les écrivains connus pour se dégager du poids de la conscience,vont chercher leurs armes déloyales, quand ils essayent de renouveler cette lutte de l'enfer contre le ciel, où ils doivent être éternellement vaincus.
{( A la suite des diatribes irréligieuses, venaient trois lettres sur l'Angleterre, trois satires du gouvernement français par éloge ou par comparaison, — car c'est de Voltaire que date ce patriotisme de nouvelle espèce, consistant à mettre son pays au-dessous de tous les pays rivaux (1). »
11 y a eu deux éditions presque simultanées des Lettres philosophiques : l'une, publiée à Londres et
i. Tome J, page 183.
vendue en plein soleil ; l'autre, imprimée en France dans les ténèbres d'une presse clandestine.
Cette seconde édition, propagée par les complices de l'auteur, fat bientôt chez tous les impies du royaume, qui, à leur tour, eurent soin de la répandre.
Presque simultanément encore, Zaïre était représentée sur la scène française, et Voltaire donnait, dans les principaux salons de Paris, un avant-goût à'Ériphyle.
Tout cela réveillait, au profit de l'auteur, l'engouement de la classe noble, et surtout de la partie féminine de cette classe.
De folles et impudiques créatures, oubliant vertu, famille et le reste, pour cet homme qui n'aima jamais, acceptaient publiquement la honte de lui appartenir.
La plus célèbre des maîtresses de Voltaire, en ce temps-là, fut Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Ghâtelet.
C'était une sorte de précieuse doublée de courtisane.
Elle avait beaucoup de prétentions à la science astronomique, posait très-souvent le compas d'Uranie pour dénouer la ceinture de Vénus, et s'appliquait à résoudre des problèmes de géométrie transcendante, après avoir folâtré sur le sopha de Ninon.
La famille de cette aimable mathématicienne l'avait mariée à un lieutenant général des armées du royaume.
Son époux la laissait libre, afin de donner lui-même un plus complet essor à sa vie de désordres. Elle sacrifia la décence de la femme et l'honneur du nom à la gloire plus que contestable de passer à la postérité sous le manteau d'un philosophe impie.
Madame du Ghâtelet usait de son influence chez les ministres pour empêcher qu'on inquiétât l'auteur des Lettres anglaises.
Elle distribuait le volume en catimini aux amateurs de scandale, tout en jurant ses grands dieux que l'auteur n'était pour rien dans la publication du livre, et qu'on l'avait imprimé sans son aveu.
La justice ne se laissa pas prendre à ce manège.
Une lettre de cachet fut lancée, et l'ami de Bolingbroke eut le temps bien juste de suivre le deuxième conseil, qui lui avait été donné à Londres, et de fuir en poste avec sa maîtresse.
Il était décrété de prise de corps.
Messieurs de la grand'chambre instruisirent le procès ; on condamna l'ouvrage qui fut brûlé en place de Grève.
Riche à près de deux cent mille livres de rentes, et préférant la vie de Paris à toute autre, M. de Voltaire
n'était pas flatté de courir le monde. On a eu quelques raisons plausibles d'expliquer son désir de rentrer en France par les craintes que la passion de l'avarice lui suggérait.
Son inquiétude était extrême lorsqu'il songeait à ses fonds, placés ici ou là, et surveillés par des tiers dont la probité lui semblait suspecte.
Il ne se fiait qu'à moitié à Tami Thieriot luimcme.
Quelques débiteurs, médiocrement scrupuleux, ne profiteront-ils pas des poursuites dont il est l'objet pour retarder leurs paiements, ou même pour ne rien payer du tout ?
Donc il s'évertua, si ce n'est à répudier son oeuvre, du moins à essayer de convaincre les juges qu'il avait été victime d'un abus de confiance.
Nombre de ses lettres, de 1734 à 1736, datées, soit du château de Girey, où la marquise et son complaisant époux lui donnaient refuge, soit de Belgique ou de Hollande, accusent audacieusement Jore d'avoir publié sans son aveu, le livre condamné.
C'était le plus indigne et le plus coupable des mensonges.
Voltaire a vécu quatre-vingt-quatre ans, sans reculer devant n'importe quelle imposture, même la plus évidente et la plus facile à confondre ; ne crai- "gnant ni réfutation ni riposte, trompant pour tromper,
jnentant pour mentir (1), et sachant que le vice ou la^ passion l'applaudiraient quand même.
Une seule preuve, en passant, et entre mille.
Dans les Lettres anglaises, il afarme avec un infernal aplomb que saint Jean, le disciple cher au cœur du Christ, et celui qui, par conséquent, doit être le mieux renseigné sur la doctrine du maître, « n'a jamais parlé de l'Eucharistie ».
Et, en ouvrant l'Évangile de cet apôtre, voici ce
qu'on y trouve :
(c Le pain que je donnerai pour la vie du monde est ma propre chair... Ma chair est véritablement une nourriture et mon sang un breuvage.. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui (2). »
Qu'on juge, après cela, de la bonne foi de l'écrivain, et de l'aveuglement stupide de ceux qui l'ont cru et le croient encore sur parole.
Dans l'affaire de Jore, comme dans la plupart des actions de sa vie, il a été convaincu de déloyauté manifeste et de fourberie* au premier chef.
Jore était pourvu d'une maîtrise.
Chacun s'accordait à reconnaître en lui un homme
1. On connaît son odieuse maxime, posée comme règle de conduite aux encyclopédistes : « Mentez, mentez toujours ; il en restera quelque ctiose ! » ' ~"" ' —
"2. Saint Jean, chap. vi, v. 52, 56, 57.
actif, rempli de prudence et grand ami du travail.
On sait comment il entra, par l'intermédiaire de Gideville, en relations avec le philosophe.
Celui-ci lui propose d'imprimer les Lettres^ une fois que l'impression de Charles XII et de la Henriade sera terminée. Jore accepte, mais en spécifiant qu'on aura soin de se mettre en règle avec la loi.
Voltaire promet de lui obtenir Tautorisation.
Puis il s'installe, comme on Ta vu, dans la maison même du libraire, pour commencer l'ouvrage.
Revenu à Paris, il termine les Lettres anglaises chez madame de Fontaine-Martel, et en fait prendre copie double.
Thieriot part pour Londres avec l'un des manuscrits.
Après le départ du factotum, Voltaire s'empresse d'écrire à Jore, en Tinvitant à venir le trouver à Paris. Il lui donne la seconde copie, et le pauvre libraire, plein de confiance, l'emporte à Rouen."
Peu de mois après, l'édition d'Angleterre se publie et fait scandale.
On prévient Jore, de la part de M. de Voltaire, qu'il ait à mettre ses volumes à l'abri d'une descente de justice, et à les porter chez M. Gideville, qui lui acquittera le montant des frais d'impression.
Là est l'infamie du piège.
Tout le plan du loyal auteur se révèle : il veut tenir
l'édition pour la répandre lui-même, sans risque personnel, sous le manteau de l'innocent libraire.
Jore déclare qu'il ne se dessaisira de rien, à moins qu'on ne iui donne un certificat de permission.
Voltaire alors change de tactique.
Pour mieux tromper le pauvre homme, il feint de lui donner raison dans sa méfiance, et lui demande deux exemplaires en feuilles, sous prétexte de corriger les passages dangereux, et de les remplacer par des cartons. Jore lui envoie ces exemplaires, et le philosophe les porte aussitôt à relier chez un éditeur de Paris.
Notez ces mots : à relier.
Et voyez la fatalité du hasard, pour ne pas dire le comble de la coquinerie !
Cet éditeur imprime à l'instant même une édition des Lettres, sous le nom du libraire rouennais. Une seconde édition paraît en Hollande, toujours avec ce titre: Lettres anglaises, 2^cir M. de Voltaire, à Rouen, chez Jore, et l'infortuné libraire est saisi brutalement, arraché aux siens, conduit à Paris sous l'escorte de la maréchaussée, et jeté dans un cachot de la Bastille.
On lui enlève sa maîtrise, on met ses presses sous le séquestre, on ferme ses ateliers : voilà sa ruine accomplie.
Tels sont les faits dans leur exactitude la plus rigoureuse.
De nos jours, avec la publicité que le journalisme donne aux débats des tribunaux, l'homme coupable d'une pareille action ne se relèverait jamais du mépris public.
Il faut ajouter que M. de Voltaire, pour rendre sa turpitude plus notoire, dénonça directement lui-même aux magistrats son hôte de Rouen, comme ayant publié l'ouvrage sans son aveu.
« Est-il vraisemblable, dit Jore, dans un Mémoire envoyé à ses juges, que, pour relier un livre, le sieur de Voltaire se soit adressé, non à un relieur, mais à un libraire ; qu'il ait livré un ouvrage, qui pouvait amener contre moi des poursuites, me faire condamner sûrement au criminel, et qu'il devait regarder comme un dépôt sacré ? D'ailleurs, par qui ce libraire a-t-il pu être informé que l'exemplaire sortait de mon imprimerie (1) ? Qui a pu en instruire une personne, qui, avant que l'édition de ce libraire parût, vint me prier de lui fournir cent exemplaires du livre, et m'en offrit cent louis d'or, que j'eus la constance de refuser ? Car enfin c'est trop balancer sur la perfidie du sieur de Voltaire. L'édition de Paris se répand ; je suis décrété de prise de corps, et sur l'instigation de qui suis-je arrêté ? sur celle du sieur de Voltaire lui-même. On me présente une lettre de