L'auteur du poëme des Saisons
a — Mais, dit le philosophe à Saint-Lambert, une autre fois, au moins, poussez le verrou (1) ! »
Telle est la peinture qui nous est faite du château de Cirey et de ses hôtes.
Si nous avions tracé nous-même un pareil tableau de mœurs, on aurait jeté les hauts cris. Nous ne sommes pas fâché que les couleurs aient été broyées par un autre, et qu'un partisan de l'homme ait tenu la palette.
a Au dire de Voltaire lui-même, écrit Louis Yeuillot, dans l'Univers du 31 août dernier, le siècle où il a vécu et qui l'admira était la « chiasse des siècles )>,
II faut oser reproduire son langage, le plus ordurier et le plus bas qu'on ait parlé. Et dans cette matière,
dans cette « chiasse », rien n'est aussi bas que luimême et ses amis.
a Cet homme et ceux qui l'entouraient étaient, de leur aveu répété cent fois, ce que l'on peut appeler de la vile canaille.
« Tous l'ont dit les uns des autres et d'euxmêmes.
a Dans ce groupe toujours vivant pour la justice de Dieu, il n'y a rien d'honnête, ni même d'à peu près décent ; rien de ce qu'ils ont aimé et de ce qu'ils ont vanté ue supporte le regard. Rois, dames, valets
SES HONTES, SES CRIMES, SES OEUVr-HS. 115
et grands, rien n'apparaît, depuis les siècles chrétiens, qui soit plus profondément et plus universellement trempé d'ordure ; et le peuple, qu'ils avaient formé et déchaîné, dansa sur leurs tombeaux une sarabande qui n'eut pas sa pareille.
(( Rien d'aussi grand que ce peuple ne s'était vu sur la terre, rien ne descendit si bas.
« Il fallait vraiment tomber du ciel pour se déformer à ce point.
ce Après cent ans, le genre humain n'a aucun souvenir ni d'une pareille chute, ni d'une semblable déformation, ni d'une égale sottise, ni enfin d'un plus injurieux châtiment.
a Mais le comble de la risée et de Thorreur n'est pas le spectacle de l'état où cette flagellation nous a réduits : c'est la démence de l'adulation et de l'adoration dont elle est l'objet. Ces affreux petits sots qui s'aplatissent devant ces affreux coquins ; et dont toute l'ambition est d'imiter leur sottise et leur crime, c'est là véritablement ce qui n'a plus de nom dans aucune langue. Il faut garder le silence devant des choses tellement hideuses, qu'on ne peut plus même les déplorer, ni seulement les décrire.
« En violant toutes les lois de ce qui avait été jusqu'à lui la langue, la décence et le goût, Voltaire parvenait à trouver quelque mot pour dépeindre ses complices; il n'en a point laissé contre ses imitateurs.
Son génie infernal ne put concevoir une humanité assez basse pour lui fournir des copistes. Il pouvait voir plus loin que lui, mais rien au-dessous de lui.
« Quelqu'un de la compagnie a dit le mot pour toute l'espèce :
<c — C'est bien lui qui a fait tout ce que nous voyons, mais il n'a pas vu tout ce que nous faisons. »
Une nièce de Jacques Callot. — Madame de Ghampbonin, dite Gros chat. — Le théâtre de Girey. — Frédéric de Prussn et son ambassadeur. — Entrée en scène de madame Denis. — Voltaire négrier.
Oii a sur les maîtres de Girey et sur leur entourage quantité d'autres détails, parmi lesquels nous allons faire un choix.
Une conteuse lorraine, madame de Grafîigny, nièce de Callot, et passablement bavarde, a écrit une Vie privée de Voltaire et de r)iadame du Châtelet, où elle brouille, dans un amalgame fantasque, louanges et critiques, flatteries et égratignures.
Ainsi, par exemple, à propos du luxe déployé à Girey dans les appartements du philosophe et de la marquise, elle chante merveille :
« Voltaire a une chambre, tapissée de velours cramoisi, avec une niche de même (pour y loger quel saint?) à franges d'or-, des encoignures de laque admirables, des porcelaines, une pendule soutenue par des marabouts d'une forme singulière, des choses
infinies dans ce goùt-là, chères, recherchées, et surtout d'une propreté à baiser le parquet ; une cassette ouverte, où il y a une vaisselle d'argent, tout ce que le superflu^ chose si nécessaire^ peut inventer ; et quel argent ! et quel travail ! etc. »
L'appartement d'Emilie, « tout en jaune et bleu », la chambre de bains, le cabinet de toilette excitent à un si haut point son admiration, que a si elle avait un appartement comme celui-là, elle se ferait réveiller, la nuit, pour le voir ».
Puis elle ajoute, après s'être livrée à ces descriptions fantastiques :
« Tout ce qui n'est pas ici l'appartement de la dame et de Voltaire est d'une saloperie dégoûtanie (1). »
Quelle chute !
Si l'on veut avoir la clé du contraste, il faut traduire ainsi la phrase :
(( On a eu la grossière inconvenance de me loger, moi, la nièce du grand dessinateur, dans une sorte de galetas, où pénétrait la pluie, et où la rose des vents, au grand complet, vient me rendre visite. »
Notre Lorraine est sans fortune, son mari l'a abandonnée.
Personne, au château, ne se gêne pour elle, pas