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Frédéric n'est encore que prince royal.
Mais il professe déjà pour les œuvres de Voltaire, surtout pour les poésies lubriques, une admiration qui frise le délire
En échange de son portrait, qu'il envoie au poëte, et d'une superbe écritoire, destinée à la « céleste amante », il réclame une copie de la Pucelle.
Quoi qu'on ait pu prétendre, et malgré les affirmations de la correspondance du philosophe lui-même, qui ment toujours, afin de dérouter au besoin les recherches judiciaires, — cette copie fut gracieusement octroyée au Prussien.
Si, depuis dix-huit mois, la marquise tient sous triple serrure le dangereux poëme, ce n'est point par un sentiment de réserve pudique.
Elle se met en garde contre les trahisons et les imprudences; mais elle trouve bon de se ûev diU. spirituel et noble prince, qui a eu la galanterie de joindre au don de l'écritoire des vers de son cru, dans lesquels il lui décerne le titre de « Vénus- Newton ».
Impossible de résister à l'amabilité tudesque de ce compliment, qui peint, en deux mots, et dans leur parfait ensemble, les mérites erotiques et scientifiques de la dame.
Plus tard elle reviendra de cet excès d'enthousiasme.
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L'ambassadeur de Frédéric se nomme Kairseling(l).
« Nous lui donnâmes une fête, dit Voltaire. Je fis une belle illumination dont les lumières dessinaient les chiffres et le nom du prince royal, avec cette devise : l'Espérance du genre humain (2). »
Peu de temps après, Frédéric monte sur le trône.
Une correspondance active s'est établie déjà entre le monarque prussien et « l'ermite de Glrey », autre qualification spirituelle d'origine berlinoise.
Voltaire encense effrontément le nouveau roi. Il le proclame le « messie du nord » ; il l'appelle tour à tour Salomon, Trajan, Titus, Marc-Aurèle, — dût l'ombre du Régent s'en formaliser, — mais surtout Julien (3), à cause de l'impiété reconnue du personnage auquel s'applique la métaphore.
(c II m'écrit, dit fièrement Voltaire, comme Julien écrivait à Libanius (4). »
Pour l'irréligion et la dépravation de mœurs, prince et philosophe sont en pleine harmonie ; ils nagent côte à côte dans les mêmes eaux bourbeuses ;
1. C'était un demi-poëte, plus connu, en Prusse, sous le nom de Césarion. Il corrigeait les alexandrins de Frédéric, lorsqu'ils avaient treize ou quatorze pieds. Voltaire le remplacera bientôt à Berlin dans cet emploi de correcteur.