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Œuvrer, tome XL, page

ils pataugent fraternellement dans la même fange.

A cette époque, c'est-à-dire en 1738, arrive tout à coup au château une nièce de Voltaire, que nous trouverons mêlée dorénavant à toute l'histoire de son oncle.

Le lecteur voudra donc bien nous permettre de lui présenter madame Denis.

C'est une petite femme lourde et mal taillée, dans le genre de la Ghampbonin, mais beaucoup plus laide, et dont le front et les joues offrent des teintes de couperose, mariées à des bourgeons, qui promettent de croître et d'embellir avec l'âge.

Voltaire a néanmoins pour elle un goût très-vif.

Dans une proposition, qu'il a faite récemment à cette agréable personne, encore demoiselle, de lui donner une dot de quatre- vingt mille livres, plus douze mille livres d'argenterie, à condition qu'elle épousera son copiste, le fils de Gros chat, et viendra se fixer à Girey, il ne faut voir que les calculs de la débauche passée et de la débauche présente, luttant contre les résistances de l'avarice, et cherchant à tout concilier, au meilleur compte possible.

Mais la nièce ne veut rien entendre de cette oreille.

Habituée à une existence dissipée et tumultueuse, elle insinue délicatement à son oacle que, n'aimant pas la campagne, elle préfère ne recevoir que trente

mille livres de dot, et s'anir sans plus de retard à un commissaire des guerres, appelé Denis, qui lui procurera, dans les villes de garnison, une société nombreuse et une vie de son goût.

(( En effet, écrit-elle plus tard à Thieriot, qui reçoit ses confidences, j'ai, à Landau, où nous sommes maintenant, quatre cents officiers à ma disposition, qui sont autant de complaisants, sur lesquels j'en tire une douzaine d'aimables, qui soupent souvent chez moi (1). »

Pour mieux décider le philosophe, elle lui affirme que ce mariage va la mettre en relations avec des personnes puissantes, qui obtiendront de Louis XV son rappel à Paris.

Voltaire donne son assentiment à l'hymen comme au fjlan d'intrigue.

Il sait que sa nièce compte agir par la coterie féminine, alors très-influente à la cour, et qu'elle peut réussir là même où ses amis, Richelieu, Villars et d'Argental, ont échoué.

En conséquence, il fait grand accueil au couple Denis, lorsqu il débarque, vers la fin d'avril, au château de Girey.

La nièce, qui a son idée fixe, et qui compte bien rattraper, d'une façon ou de l'autre, les cinquante

t. Lettre du 10 mai, Recueil de 1820, page 288.

mille livres lâchées sur le chiffre de la dot, se prend à pleurnicher et à feindre le désespoir, à Taspect de la retraite où vit son oncle, « solitude effrayante pour l'humanité, à quatre lieues de toute habitation, dans un pays oii Ton ne voit que des montagnes et des terres incultes. Est-ce là que doit vivre le plus grand génie du siècle, abandonné de tous ses admirateurs, n'ayant presque jamais personne de Paris (1) ?»

A force de doléances et de grimaces, elle arrive à convaincre Voltaire qu'il doit au plus vite s'organiser, dans la prévision de l'avenir, et avoir un logement à Paris, où il pourra descendre d'un moment à l'autre.

Elle lui prouve que ce logement est nécessaire à ceux qui prennent en main ses intérêts en son absence : à l'abbé Moussinot (2) d'abord, chargé de faire le brocantage des tableaux pour le compte du philosophe, et qui ne sait plus où les mettre ; puis à Thieriot et à Berger, qui s'occupent de ses prêts et de ses rentes, et qui auront ainsi un centre d'action convenable, où elle, madame Denis, sera la surveillante attentive de leurs opérations et de leurs démarches.

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