Leltre do 20 jaillei
tures n'étaient pas sérieuses), achève l'impression du livre et le met en vente.
Voilà du moins ce que le philosophe annonce ensuite, gémissant de voir les espérances, données dans sa première lettre, échouer d*une manière aussi inattendue.
Régner sur la Prusse, être de taille à s'appeler, un jour Frédéric-le-Grand, et avaler de pareilles Lourdes, c'est fort !
On se demande quel nom doit recevoir celui qui les débite, et quelle épithète il faut donner à celui qui les croit.
Maintenant comparez la stupide relation, expédiée à Berlin, avec le récit que Voltaire, en 1759, nous donne du même fait, à la page 55 de ses Mémoires.
« Le roi de Prusse, dit-il, m'avait envoyé son manuscrit pour le corriger et le faire imprimer, et j'en avais déjà fait présent à un libraire de Hollande, lorsqu'il me vint un remords de publier VAnti- Machiavel, tandis que ce monarque, qui avait cent millions dans ses coffres, en prenait un aux Liégeois.,.»
Or il faut dire au lecteur ;
1« Que le livre était bel et bien imprimé, avant l'extorsion royale !
2° Que le vol commis à Liège était si peu capable d'exciter le remords chez M. de Voltaire, qu'il appuya l'indigne conduite de Frédéric par un véritable ma-
nifeste, a ne doutant pas, disait-il, qu'un roi avec qui je soupais, et qui m'appelait son ami, ne dût avoir
raison (1) )>.
Conciliez cela si vous pouvez.
Menteur, et plus menteur que Satan ; car il triple et diversifie le mensonge, là où Satan ne mentirait qu'une seule fois, ou du moins prendrait soin de mentir toujours de la même manière, afin de ne pas être soufleté par ses propres contradictions.
«Je jugeai, continue le philosophe, que mon Salomon ne s'en tiendrait pas là. Son père lui avait laissé soixante et six mille quatre cents hommes complets d'excellentes troupes ; il les augmentait et paraissait vouloir s'en servir à la première occasion. Je lui représentai qu'il n'était peut-être pas convenable d'imprimer son livre, précisément dans le temps même qu'on pourrait lui reprocher d'en violer les préceptes. Il me permit d'arrêter l'édition. J'allai en Hollande uniquement pour lui rendre ce petit service ; mais le libraire demanda tant d'argent, que le roi, qui, d'ailleurs, n'était pas fâché, dans le fond du cœur, d'être imprimé, aima mieux l'être pour rien, que de payer pour ne l'être pas. »
Nous ne soulignons plus rien, et nous laissons de côté les commentaires : c'est juste le contre-pied de; ce qu'il a dit ci-degsus,
!. Toma ï, pagre 375.
Qu'on rapproche ces nouvelles assertions des particularités contenues dans la lettre à Frédéric, immédiatement la vérité saute aux yeux, et l'on peut certifier, sans risgue de faire erreur, qu'il y avait pleine entente, à La Haye, et complicité parfaite entre le philosophe et le libraire.
Joué complètement par-dessous jambe, le roi de Prusse n*y vit que du feu.
Puisque l'ouvrage s'imprimait quand même, en dépit des efforts et du dévouement de son cher philosophe, le monarque se résigna. Bien plus, il dut naturellement approuver une édition rectificative, que Voltaire proposait, et que Frédéric le laissa libre de publier sur-le-champ.
a Rayez, changez, corrigez, lui écrit-il, et remplacez tous les endroits qu'il vous plaira. Je m'en remets à votre discernement (1). »
Un procès simulé avec Van Duren acheva la comédie (2).
Le but est donc atteint.
Voilà deux éditions de rAnti-Machiavel^VauQ publiée en Hollande, soi-disant malgré l'auteur et mai-