Tome I, page
SES HONTES, SES CHÎMESj SES OEUVRES. 157
Il ne répond à Frédéric que k 28 novembre. « J'apprends, lui dit-il, que Votre Majesté fait imprimer une nouvelle édition à Berlin : cela sufQ.t pour mettre sa gloire en sûreté, en cas qu'il y ait quelque chose dans les deux autres qui lui déplaise. Sire, je n'ai en vue que votre gloire, et je vous ai érigé un autel dans mon cœur. Je suis sensible à votre réputation comme vous-même ; je me nourris de Tencens que les connaisseurs vous donnent ; je n'ai plus d'amour-propre que par rapport à vous. Lisez, sire, lisez cette lettre, que je reçois de M. le cardinal de Fleury ! Trente particuliers m'en écrivent de pareilles. L'Europe retentit de vos louanges. »
Sous le même pli se trouvait un billet du premier ministre, ainsi conçu :
«Quel que soit l'auteur de cet ouvrage, s'il n'est pas prince, il est digne de l'être, et le peu que j'en ai lu est si sage, si raisonnable, et renferme des principes si admirables, que celui qui l'a fait serait digne de commander aux autres hommes, pourvu qu'il eût le courage de mettre ces mêmes principes en pratique. S'il est né prince, il contracte un engagement bien solennel avec le public. » '
Ces lignes du cardinal contiennent une arrièrepensée de diplomatie matoise, d'autant plus que Frédéric, en dépit de son livre qui traitait la conquête de î;o^ et la guerre de brigandage j venait d'extorquer,
les armes à la main, aux pauvres Liégeois, le million susdit.
Deux ans plus tard, il dépouillera l'Autriclie, usurpera les provinces Silésiennes à travers des flots de sang, et M. de Voltaire ne le désapprouvera pas.
En 1750, il envahira la Saxe, enrégimentera les populations après le pillage, menacera les officiers municipaux de les faire pendre, s'ils ne se hâtent d'acquitter une contribution de guerre écrasante ; il fera maltraiter par ses soldats l'électrice de Saxe, qui en mourra de douleur ; il passera de la nourriture à son prisonnier, le roi de Pologne, « à travers une chattière (1) », et, pour ses exploits, dignes d'un chef de brigands, il sera loué, chanté, divinisé par le philosophe maudit, dont on nous force à prouver de nouveau les lâchetés et les crimes.
Quand ce misérable poëte ne pourra louer les méchantes actions de Frédéric, il louera ses méchants vers.
Quand le roi de Prusse aura battu nos généraux, l'historiographe pensionné du roi de P'rance se moquera de nos défaites, et célébrera le triomphe de l'ennemi par ces rimes insolentes :
Héros du Nord, je savais bien Que vous aviez vu les derrières Des soldats du roi trOs-chréiien,