Tomel, pages 373 et
dans un cabinet, à la luour d'une bougie, un petit grabat de deux pieds et demi de large, sur lequel était un petit homme, affublé d'une robe de chambre de gros drap bleu. C'était le roi, qui suait et tremblait sous une méchante couverture, dans un accès de fièvre violente. Je lui fis la révérence, et je commençai la connaissance par lui tâter le pouls, comme si j'eusse été son premier médecin. L'accès passé, il s'habilla et se mit à table. Algarotti, Kairseling (l'ancien messager de Girey), Maupertuis et le ministre du roi auprès des états généraux, nous fûmes du souper, où Ton traita à fond de l'immortalité de l'âme, de la liberté et des androgynes de Platon. »
Comme on peut le voir, la narration manque de couleur et de poésie.
Un roi qui a la fièvre ne déploie que dijGBcilement tout son mérite et toutes ses grâces. Mais, à quelques mois de là Voltaire va chanter sur une autre gamme.
11 a profité d'un voyage de la marquise à Fontainebleau pour opérer une fugue du côté de Berlin, et, cette fois, il nous dit :
« Frédéric est le plus aimable homme du monde, un homme qui serait le charme de la société, qu'on rechercherait partout, s'il n'était pas un roi ; un philosophe sans austérité (oui, certes !) rempli de douceur, de complaisances, d'agréments, ne se souvenant pas de sa majesté royale dès qu'il est avec des
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amis, et i'oubiianc si parfaitement, qu'il mo la faisait oublier moi-même, et qu'il me fallait un effort de mémoire pour me souvenir que je voyais, assis sur le pied de mon lit, un souverain qui avait une armée de cent mille hommes (l). »
Une fort belle armée, en effet, avec laquelle, profitant des graves embarx^as de l'Autriche, à cette époque, le maraudeur prussien se hâta presque aussitôt de courir sus à Marie -Thérèse et de lui voler sa meilleure province.
« O conquête abominable ! ô guerre pleine d'iniquité ! s'écria madame du Châtelet, sans beaucoup de conviction, mais heureuse de pouvoir tomber sur celui qu'elle considère comme un rival : je ne crois pas qu'il y ait jamais sur terre une contradiction plus grande que VAnti- Machiavel et l'invasion de la Silésie (2) ! »
Elle pousse Voltaire à blâmer Frédéric.
Mais le philosophe déclare carrément, et sans broncher d*une syllabe, que « Frédéric n'a pas dépassé les strictes limites du devoir et de la justice. »
Pourtant ce n'était pas l'avis de Frédéric lui-même, qui, sentant la nécessité de s'excuser à demi aux yeux de l'Europe, rédigeait alors, — en style archiprussien toujours, — un factum intitulé : Préface à