A d'Argental, 3 janvier
l'histoire de mon temps^ où se trouvent les lignes suivantes :
a Qae l'on joigne à ces considérations (les anciens droits qu'il prétendait avoir sur la Silésie) des troupes toujours prêtes d'agir (sic), mon épargne bien remplie et la vivacité de mon caractère ; c'étaient les raisons que j'avais de faire la guerre à Marie-Thérèse, reine de Bohême et de Hoogrie. L'ambition, l'intérêt, le désir de faire parler de moi l'emportèrent, et la guerre fut résolue. »
Aussitôt son cher ami de répondre, après avoir lu cette trop candide préface :
« Vous avez grand tort, sire. Eh ! qu'a donc à se reprocher Votre Majesté ? N'aviez-vous pas des droits réels sur la Silésie, du moins sur la plus grande partie, et le déni de justice ne vous autorisait-il pas assez ? Je n'en dirai pas davantage ; mais, sur tous les articles, je trouve Votre Majesté trop bonne, et elle est bien justihée de jour en jour (juin 1743).»
Corrigeant plus tard l'œuvre royale, il bitfa le passage échappé naïvement à un reste de droiture dans 1 ame de Frédéric.
Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse. Eh quoi ! manger moutons, canaille, sotte espèce. Est-ce un péché ? Non, non ! Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant beaucoup d'honneur.
«Notons bien, ajoute l'abbé Maynard, que Vol- .
taire, ce grand parleur d'humanité, parlera toujours ainsi de la guerre, aux conquérants qu'il aura quelque intérêt à flatter. Qu'un prince protégeât la philosophie et surtout sa personne, il lui passait les conquêtes les plus meurtrières et les plus injustes (1). Déjà il avait effacé, dans quelques exemplaires de la Henriade, des vers manuscrits sur Frédéric, qui ne lui paraissaient plus convenables.
« Ces vers n'étaient faits, disait-il, que pour un prince philosophe et pacifique, et non pour un roi philosophe et conquérant. Il ne me siérait plus de blâmer la guerre, en m'adressant à un jeune monarque, qui la fait avec tant de gloire (2). »
1. Non-seulement il excusait la guerre, mais il y poussait, et il voulut y aider en se faisant tueur d'hommes. En 1757, il inventa une espèce de char armé de faulx, au moyen duquel, « avec six cents hommes et six cents chevaux, on détruirait en plaine une armée de dix mille hommes ». — Je sais très-bien, ajoute-t-il, que ce n'est pas k moi de me mêler de la manière la plus commode de tuer ses semblables. Je me confesse ridicule ; mais enfin, si un moine, avec du charbon, du soufre et du salpêtre, a changé l'art de la guerre dans tout ce vilain globe, pourquoi un barbouilleur de papier comme moi, ne pourrait-il pas rendre quelque petit service incognito ? » El il propose à plusieurs reprises sa « nouvelle cuisine », sa « petite drôlerie », à Richelieu et à Frédéric, qui se moquent de lui. 11 ne se tient pas pour battu et revient à la charge, en 1770, auprès de Catherine. Il veut absolument « contribuer à lui tuer quelques Turcs, œuvre, pour un chrétien, agréable à Dieu ». — « Cela, ajoute-t-il encore, ne va pas à mes maximes de tolérance ; mais les hommes sont pétris de contradictions ; et, d'ailleurs, Votre Majesté me tourne la tête, » Tome I, page 389.