‹ VoltaireChapitre 43 sur 48 · Tome II, page · texte numérisé non relu

Tome II, page

Son oncle, la surprenant, un jour, à couvrir de cosmétiques les bourgeons de sa figure, et devinant que tout cet enduit n'est point à son intention, prend de l'humeur et lui jette à la tête cette épigramme peu galante :

A vos boutons, pour argent ou pour or, Si, par hasard, vous trouviez un remède,

Peut-être seriez-vous moins laide,

Mais vous seriez bien laide encor !

N'importe, il est jaloux, malgré cette laideur et cette face en pleine végétation. Sa nièce aussi est jalouse, —jalouse, malgré les soixante-deux ans bien comptés du philosophe et le sans-gêne avec lequel elle

le trompe.

L'analyse morale est complètement en déroute, quand elle veut s'exercer sur de pareilles âmes.

Pictet, professeur de Genève et familier de la maison, a une fille qui, en se prenant d'un bel enthousiasme pour Voltaire, menace d'exciter des troubles sérieux et d'allumer la discorde dans le ménage.

Un jour, mademoiselle Pictet fait présent. au philosophe d'un bonnet brodé de sa main.

Elle est remerciée par un madrigal et par une jolie lettre, où Voltaire lui dit :

a Vous me tournez la tête encore plus que vous ne la coiffez ; mais vous en tournerez bien d'autres, »

a Furieuse du présent et de la lettre, madame Denis veut, à quarante-cinq ans, entrer en lutte avec une jolie fille de vingt ans, et, désespérant de triompher par l'emploi des armes de Vénus, elle essaye de combattre sa rivale par l'art de Minerve. Elle fabrique donc, de son côté, un bonnet majestueux, digne d'un sultan, et le met en évidence sur la cheminée du philosophe.

(( Celui-ci se doute du manège et fait la malice de ne rien voir.

« La dame croit que le bonnet n'est pas assez visible ; elle le change de place, et le malin vieillard, tournant toujours à côté du turban, s'obstine à fermer les yeux. Piquée enfin, elle lui montre l'objet, lui arrache remercîments et compliments, et lui fait avouer que son bonnet est plus beau que celui de la jeune Genevoise.

« Il n'en est malheureusement pas de même de votre figure, ajoute l'oncle (1). »

Par ces contiauels reproches de laideur, il compte la détourner de la prétention qu'elle manifeste toujours, et malgré tout, de séduire Gollini.

Soudain la vieille folle apprend que le cœur qu'elle ambitionne est envahi par une autre passion. Elle profite à l'instant même d'une absence du

i. Tome II, pages 226 et 227.

secrétaire, fait enfoncer les portes de sa chambre, bouleverse ses papiers, fouille dans ses tiroirs, et trouve une lettre commencée, où il se livre à des sarcasmes et à des moqueries sanglantes sur les aspirations de la dame à le prendre pour amant.

Au retour de Gollini, scène violente et scandaleuse.

Le secrétaire entre chez le philosophe, et tire Tépée dans le cabinet même^ en criant î

« Si je ne respectais votre âge, je vous forcerais de me rendre raison de l'insulte qu'on m'a faite chez vous ! »

Voltaire le calme, en lui glissant dans la main un rouleau de louis, et lui montre la fatale lettre.

a II ne faut pas m'en vouloir, lui dit-il ; mais je suis obligé de vous renvoyer. Madame Denis est furieuse, elle exige cette satisfaction. »

Gollini part le jour même, et le philosophe, amoureux de mademoiselle Pictet, se montre ravi d'être débarrassé d'un homme, qui pouvait, d'un jour à Tautre, céder aux provocations de sa nièce.

Quelles mœurs I

Quel enchaînement de scènes domestiques ignobles, de comédies bêtes, de lâchetés et d'opprobres !

Pour toute âme loyale, qui ne cherche pas à s'aveugler systématiquement en face de l'évidence, Voltaire est une des natures les plus méprisables, que le scal-

pel du psychologue ait jamais soumise à l'étude anatomique. Débauché sans vergogne, libertin gangrené, sa vie tout entière ne fut qu'un tissu de dépravations audacieuses, qu'il affichait avec un cynisme à soulever le cœur.

Il n'y a pas d'exemple d'une vieillesse plus corrompue que la sienne et plus effrontément impudique.

Loin de nous la pensée de remuer ici comme preuves les ordures entassées dans ses œuvres de septuagénaire : il nous suffira de signaler au lecteur les lignes suivantes, qu'il écrivait à sa seconde nièce, madame de Fontaine, en juin 1757 :

« Votre idée, ma chère nièce, de faire peindre les belles nudités, d'après Natoire et Boucher, pour ragaillardir ma vieillesse, est d'une âme compatissante, et je vous suis reconnaissant de cette belle invention» On peut aisément, en effet, faire copier à peu de frais, au Palais-Royal (le duc d'Orléans le permet), ce qu'on trouvera de plus beau et de plus immo-^ deste. »

Lorsque la Pucelle, définitivement éditée, avec toutes ses additions et ses variantes, ne lui permit plus d'y entasser les rimailleries obscènes, que lui inspirait chaque jour son esprit purulent, « il la remplaça, dit l'abbé Maynard, par ce sottisier, conservé à Saint-Pétersbourg , sorte de sentine qui recevait

les malpropretés quotidiennes de sa plume ordurière (1). »

Pour se venger de la perpétuité de son exil, et de ce qu'il appelait la persécution de ses ennemis, il publie des ouvrages de plus en plus exécrables.

Il dresse des autels à la débauche et au matérialisme, essayant de briser tous les liens qui attachent l'homme à la vertu, flattant les cœurs pervertis, développant les instincts ignobles, poussant à la satisfaction exclusive des sens, écrivant le code complet de la luxure, cherchant à anéantir toutes les lois divines et himiaines ; entassant, par une odieuse compilation, des erreurs cent fois réfutées et anéanties dans le cours des siècles ; les reproduisant sans se lasser, toujours et toujours, avec une persévérance infernale, pour infecter plus sûrement les masses, pour empester la France et l'Europe, assuré qu'il est que ses misérables lecteurs n'auront pas recours à la réfutation, que pas un ne prendra le flambeau pour éclairer ce chaos de mensonge et de perversité.

On peut dire de Voltaire qu'il fut TArlequin du sarcasme et du blasphème.

Il s'appliqua constamment et sans cesse à présenter, sous toutes les couleurs et sous toutes les formes, les mêmes turlupinades indignes, les mêmes plai-

Page 1