Tome I, page
main, les travaux de l'étude, pour se livrer à d'interminables conférences sur les pièces nouvelles et les actrices en renom ; sans compter qu'ils emploient la plus grande partie du jour à copier les poésies libertines, que leur camara-le compose, séance tenante, et leur glisse au milieu des paperasses légales.
— J*ai mis votre fils à la porte ; qu'il aille au diable, je n'en veux plus I dit, un jour, maître Alain au vieil Arouet, dont la colère se rallume, plus terrible et plus menaçante.
Il jure qu'il va, cette fois, et sans rémission, embarquer pour le Nouveau-Monde « le scélérat, qu'il rougit de nommer son fils ».
Mais Voltaire a prévu Torage et s'efi'orce de le conjurer avec le secours de ses amis du Temple. Pendant que les uns prennent h tâche d'apaiser le receveur, en exaltant le mérite poétique du jeune homme, les autres offrent un refuge dans leurs terres au rimeur menacé.
Pour la première fois, depuis sa sortie du collège, celui-ci travaille sérieusement.
Il commence sa tragédie à'QEdipc^ à Fontainebleau, dans l'ancien manoir de la duchesse d'Etampes, devenu la propriété des Gaumartin. Quelques passages de la pièce, lus à la Comédie-Française, avaient été fort applaudis. Les sociétaires attendaient avec impatience la lecture complète de l'œuvre.
k. On a dit que les comédiens s'étaient montrés d'abord malveillants pour cette pièce et pour son auteur.
C'est tout à fait inexact.
Il y eut des récalcitrants sans doute, et la Duclos, entre autres, déclarait la pièce absurde, parce qu'il u'y avait pas d'amour. Mais les difficultés s'aplanirent devant l'influence et les pompeux éloges de quelques nobles.
Voltaire avait lu OEdipc un peu partout.
L'enthousiasme des salons et des cercles, exagéré ou non, finit par gagner tout le personnel du théâtre.
Sur les entrefaites, Louis XIV descend dans la tombe.
Aux mœurs rigides et austères de la fin du dernier ^ègne succède, presque sans transition, cette orgie îffrénée, dont un prince, ivre de luxure, osait donner le signal, des hauteurs mêmes du pouvoir.
Et cela si ouvertement, que les hommes les plus vicieux s'indignaient et criaient au scandale.
Tant et si bien, qu'un beau jour, dans l'âme d'Arouet fils, s'éveilla comme un instinc!: de pudeur fugitive, doublé de méchanceté et d'audace, et qui dura juste le temps de rimer deux couplets sur les relations incestueuses du Régent avec sa fille, la duchesse de Berry.
n Ces couplets, qu'il a toujours désavoués, lui out
été attribués, avec non moins de persévérance, par Gideville, et personne ne doute aujourd'hui qu'il en soit l'auteur (1). »
Un ordre d'exil frappe aussitôt l'imprudent poëte.
Mais ses amis interviennent encore, et l'arrêt qui lui assigne, comme séjour forcé, la ville de Tulle, à cent vingt lieues de la capitale, est modifié, sur la demande de Sully, qui obtient d'emmener Voltaire dans un de ses châteaux de l'Orléanais.
Pendant sept ou huit mois, cet enfai!j;^4té-4ô4*noblesse cOOTi;flP,lig ,,Y mène joyeuse vie, tout en achevant sa pièce tragique, et en rimant, soit aux épicuriens du Temple, soit à mesdames de la Vrillière et de Listenai, des épîtreset des pièces fugitives, que l'éditeur de ses œuvres n'oublie pas de nous transmettre (2).
Ces événements se passent dans le cours de l'année 1716.
Aux instances réitérées du duc de Brancas, le Régent pardonne à Voltaire, qui revient, dans les premiers mois de 1717, s'installer à Paris, et y surveiller la mise à l'étude et les répétitions d'OEdipe,