F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 328 à
dégoûté du pays de Gex, mais l'institution dont il eut l'initiative, et qui met l'arrondissement de Gex sous le régime de la franchise par rapport à la douane, subsiste
encore.
Les libéralités du seigneur de village. — Neus venons d'étudier la libération ‘au pays de Gex, affaire où l'amour du bien publie fut la cause principale de l’activité de Voltaire. Cette aide accordée par lui aux habitanis du pays ne venait pas d’un sentiment démocratique, c'était de sa part pitié de grand seigneur.et non sentiment d'équité sociale.
Dès 1734, dans son Traité de Métaphysique, Voltaire a exposé sa conception du bien public : « L’orgueil, écrit-il, « est surtout le principal instrument avec lequel on a « bâti ce bel édifice de la société.
« On distingua donc de bonne heure les hommes en « deux classes : la première, des hommes divins qui sa- « crifient leur amour-propre au bien public; la seconde, « des misérables qui n'aiment qu'eux-mêmes : tout le « monde voulut et veut être encore de la première classe, « quoique tout le mode soit dans le fond du cœur de la se- « conde.…..
« L’envie de commander, qui est une des branches de « l'orgueil, et qui se remarque aussi visiblement dans un « pédant de collège et dans un baïlli de village que dans « un pape et dans un empereur, exCita encore puissam- « ment l’industrie humaine. Pour amener les hommes à « obéir à d’autres hommes, il fallut leur faire connaître « clairement qu'on en savait plus qu'eux, et qu'on leur « serait utile.
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« [Il fallut surtout se servir de leur avarice pour ache-
« ter leur obéissance. On ne pouvait leur donner beau- « COUp sans avoir beaucoup, et cette fureur d'acquérir « les biens de la terre ajoutait tous les jours de nouveaux « progrès à tous les arts 1. »
Voltaire ne fit jamais mystère de ses bienfaits, ni à ses amis, ni au public. Ses libéralités avaient du reste un Caractère spécial : au lieu de donner aux pauvres des petits secours, qui n'eussent point remédié à la misère, il aimait mieux leur donner du travail, leur avancer d’un coup le nécessaire, moyennant un petit intérêt, stimuler leur zèle et les mettre en état de se suffire à eux-mêmes. Cette attitude de Voltaire est compréhensible si nous nous rappelons le mépris qu'avait ce grand travailleur pour les désæœuvrés volontaires.
Le châtelain était impitoyable pour les mendianis qui infestaient le pays de Gex et que la paresse et l’ivrognerie maintenaient dans la misère. Toutefois aux pauvres et aux malheureux qui ne l’étaient point devenus par leur mauvaise conduite, Voltaire ne refusait point ses aumôûnes : chaque année, ces aumôênes comptaient pour mille francs dans ses dépenses. Il n’abandonnait pas les pauvres dans la maladie ni dans le besoin mais il ne les secourait qu’en intéressant leur amour-propre et en excitant leur ardeur au travail ?.
Le grand objet de sa protection étaient les veuves char-
1. Traité de Métaphysique 1734 Chapitre VIIL De l’homme considéré comme un être sociable, éd. Moland, tome XXII, p. 222. 2. F,. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 165, 166.
gées d'enfants : il leur prêtait de l'argent, les logeait dans ses maisons, leur avançait la rente de leurs terres, faisait bâtir à ses frais une maison pour telle d’entre elles et lui en faisait cadeau 1; payait longtemps pour l'instruction de plusieurs enfants suisses dans les écoles de charité de Lausanne et établissait à ses frais un maître d'école à Ferney.
Au printemps de 1771, il y eut une très grande diseite dans le pays de Gex. Pour remédier à ce désastre, Voltaire fit venir de Sicile deux cents coupes de blé et, suivant Wagnière, il les vendit aux habitants au-dessus du prix d'achat ?. La lettre de Voltaire à l’intendant Amelot du 27 juin 1777 parle aussi de transports provenant à cette occasion, soit de Genève, soit de Lyon ou de Marseille.
Propriétaire, Voltaire tient à repeupler et à enrichir un pays pauvre en habitants et en ressources. Il oblige les gens par des prêts. Bétems est son débiteur de 4.400 livres; Vuaillet, de 1.000 écus; Etienne de Crassy, de 1.800 livres; Durond, de 655 florins. Un certain Granvier doit lui renidre le 25 février 1773 la somme de vingt-cinq louis d'or.
Le seigneur de Ferney se transforme en banquier; par des sommes qu ‘il re. il facilite les affaires, il permet aux uns de réclamer en justice, aux autres d'acquérir un
1. Longchemp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire, tome I, p. 40, Al,
8. Longchamp et Wagnière, Mémoires sur ,oltair? tome I, D: 2e
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bout de champ, et surtout de bâtir, car il désirait avant tout que la région se couvrit de constructions. Ainsi, en 1778, il prête à un certain Jean Roget, la somme de 8.000 livres pour lui permettre de bâtir une maison 1. Malgré son amour de la terre, il cède des parcelles de son domaine afin que la région se peuple. Par contrat du 10 décembre 1762, il vend, pour bâtir une maison, un terrain de dix toises die long sur neuf de large à Jean Desplace et André Guillot. Le 25 novembre 1763, il accorde au charpentier Landri un lot assez considérable, qu'il augmenite encore le 25 août 1765 ?.
Ayant appris, le 20 août 1759, qu'un habitant de Tourney, nommé Bétemps, avait été mis en prison à Genève pour dettes, Voltaire charge Wagnière d'acquitter les dettes de cet homme. Mais à peine avait-on payé ses créanciers, que d’autres vinrent et le firent de nouveau emiprisonner. Voltaire acquitte encore ces dettes mais, pour garantir ce prêt de 3.115 livres sans intérêts, il rentre en possession du domaine de Bétemps qui rapportait environ 700 livres par an et lui promet qu'il lui rendra sa terer dans quatre ans et demi à.
Mais pour avoir été tiré de cachot, Bétemps n'était pas tiré d'affaire, et Voltaire lui consent des prêts à plusieurs reprises, de telle manière que la dette de :Bétemps atteint vite le chiffre de 4.400 livres et encore il reste à payer