Lettre au Comte d'Argentat du 14 mai 1764, Moland XLIIE
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pour deux cents francs. Le 30 décembre 1772, il écrit à d’Argental en le priant de donner pour lui vingt-cinq louis à La Harpe qui est dans la gêne.
Delisie de Sales, condamné par le Châtelet pour son livre de la Phiülosophie de la Nature, en a appelé au Parlement : « Ce procès étrange, lui écrit Voltaire le « 15 avril 1776, doit vous ruiner. Pourquoi n’ouvrirait-on « pas une souscription pour vous procurer les moyens « de la soutenir ?.. Ma souscription doit être prête. Elle « est en votre nom, et vous la trouverez chez M. Dailli, « notaire, rue de la Tixanderie. (Cette souscription était « de 500 livres.) Je ne doute pas que tous les véritables « gens de lettres ne s'empressent de vous donner les « marques de l'intérêt qu'ils doivent prendre à vous 1. »
Pour en finir avec ces exemples des libéralités de Voltaire, il faut rappeler le fait que Voltaire a offert de payer les avocats de Sirven et de Calas et a donné de l'argent à Sirven *.
Nous ne pensons pas qu'il faille compter parmi les libéralités de Voltaire la reconstruction de l’église de Ferney. L'ancienne église masquait au château un beau paysage et le cimetière qui l’entourait était un voisinage fàächeux. Voltaire a fait démolir l’église; il était donc naturel qu'il en reconstruisît une autre un peu plus belle.
1. Maurice Pellisson. Les Hommes de Lettres au XVIIIe Siècle, p. 198.
2. Lettre à Elie de Beaumont au 1 février 1765, Moland XLIV, p. 204 et Lettre à l'abbé Andra, 13 novembre 1769, Moland, tome
XLVI, p. 49%.
Placements et prêts. — Soucieux de son bien et jaloux de l’aisance qui lui permettait de vivre à sa guise, Voltaire continuait à surveiller avec soin les placements sûrs qui consistaient pour lui surtout en prêts garantis par des terres. 3
En 1759, le baron de Manthou sollicita un prêt de 20.000 livres pour payer une partie du prix de la terre d’Annemasse qu'il avait achetée le 29 mars 1759.
Voltaire accepta, mais il se mit sérieusement à couvert
en obtenant une première hypothèque et la substitution
aux droits du vendeur de cette terre. Voici un passage d'une lettra de Voltaire au baron de Manthou où ii indique ses conditions : « Je suis prêt, Monsieur, à faire ce « que vous demandez et je serai très satisfait d'obliger « Un gentilhomme de votre mérite et de votre probité; il « n'y a qu'à m'envoyer le modèle d'une transaction, par « laquelle il paraîtra que vous êtes le maître des seigneu- « ries en question, et que pour partie du payement de « ces acquisitions, je vous prête 20.000 livres sous pre- « mière hypothèque privilégiée. Il faut que le notaire ex- « prime toutes les conditions fidèlement ‘et nettement; “ que copies de vos contrats d'acquisition soient jointes « à la copie du contrat qui sera passé entre nous. Tout « étant en règle et en forme, je vous donnerai une lettre « de change sur Lyon de 20.000 livres de France... Je-ne « veux avoir affaire à aucun créancier; il est nécessaire « que la terre sur laquelle je vous prête de l'argent soit « franche et quitte, que le revenu de mes 20 (pour « 20.000) livres soit assuré sans aucune réserve sur cette « terre, sans être assujetti à aucun droit, à aucun impôt,
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« à aucune diminution et surtout à aucun procès avec
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Une fois le contrat signé et la somme versée, Voltaire s’avisa qu’il n’a pas encore reçu les pièces qui prouvent que l'argent a été prêté pour la terre d'Annemasse.
Le patriarche réclame et, après quelques démarches, il recoit les papiers nécessaires. Ce sont alors les arrérages qui le tourmentent. Pour faciliter le paiement, il propose de recevoir la somme due en avoine et en blé estimé d'après le prix moyen sur le marché de Genève et il ajoute : « vous vous acquitterez insensiblement d’une « grande partie de votre dette, sans débourser d'argent. » Pour stimuler le zèle du baron, Voltaire lui écrit : « J'ai « vingt chevaux qui se recommandent aux bontés de « Monsieur le baron, ainsi que leur maître qui n’est pas « plus gras qu'eux » et dans une autre lettre, il ajoute : « Je ne sais si j'engraisse mes libraires, mais mes chevaux « sont bien maigres. »
A la suite de ces lettres, M. de Manthou envoie de l'’avoine, mais Voltaire n'en a jamais assez. Il demande au baron d’être son courtier en avoine et promet de payer argent comptant.
En 1763, le baron de Manthou meurt, et c'est la veuve qui chargée d'envoyer l’avoine à Voltaire. Cet état dure jusqu'en 1771, date à laquelle la veuve vend la terre; mais
1. J. Pommier. Lettres inédiles à M. ei Me de Manthou. Revue de Paris 1925 (janvier-février).
il semble qu'après la mort du baron, l’avoine soit arrivée de plus en plus rarement, car le 15 août 1768, Voltaire écrit à Hennin : « Monsieur, on dit que vous avez été di- « ner au château d'Annemasse. Est-ce que vous voulez « l'acheter ? Vous me feriez plaisir. Je suis facile en « affaires; et d'ordinaire quand on me rend les trois quarts « et même la moitié de l'argent que j'ai prêté, je crois « avoir fait un excellent marché... »
Il est probable que malgré toutes les précautions, Voltaire a perdu dans cette affaire la moitié de son capital et une part'e des intérêts.
Le 13 septembre 1761 1, Voltaire prêtait à son ami Fyot de la Marche la somme de 20.000 livres garantie par la terre de la Marche. Il se trouva que le billet signé par Fyot de la Marche était plutôt une quittance qu’un billet.
En 1763, nous voyons Voltaire s’alarmer de cette situation, car à cette époque Fyot de la Marche venait de céder sa terre à son fils et à ses filles.
Il réclama alors une procuration, mais celle que lui envoya Fyot de la Marche ne le satisfit guère, car elle ne spécifiait pas la date de l'emprunt, et c'était seulement un billet séparé qui indiquait que la date du prêt avait été omise pour éviter le contrôle.
Voltaire, dans une lettre du 3 janvier 1763, supplie Fyot de la Marche de faire un acte légal à Paris, où il n'y a point de droits de contrôle, et il lui déclare que cette
formalité est nécessaire pour qu'en cas de mort d’un des ,
1. Leltre à Fyot de la Marche, 21 janvier 1763, éd. Moland, tome LIT, p. 596, 597.
contractants l’acte soit valable et les intérts exigibles à partir du jour de la conclusion du contrat 1. Voltaire avait joint à cétte lettre le modèle de ce contrat et insistait sur le fait que cette somme était toute la dot de mademoiselle Corneille. Tout nous porte à croire que Voltaire reçut finalement toutes les garanties exigées, mais rien n'indique que ces 20.000 livres furent effectivement données à mademoiselle Corneille.
En juillet 1769, le patriarche avait prêté au comte d’Argental la somme de 10.000 livres, le reste de cette dette fut acquitté le 14 septembre 1774 2.
Pour être complet, il faut ajouter qu’une fois entré au ministère, le duc de Choiseul renouvela le brevet de la pension royale de deux mille livres que Voltaire avait eue comme historiographe de France et, au mois de janvier 1762,'il lui en fit envoyer le brevet. Depuis douze ans, le ; poète n'avait pas touché un sou de cette pension et il est probable qu'elle resta pour lui un avantage moral plutôt que matériel.
Pendant son séjour à Ferney, Voltaire n’a pas négligé le commerce maritime, qui lui avait donné de si beaux bénéfices pendant sa jeunesse.
Le 3 septembre 1773, le patriarche écrit à madame Necker que quelques Genevois et lui ont envoyé un vaisseau au Bengale et que sur ce navire il y a cinquante-neuf personnes. |
1. A. Aulard, Lettres inédites de Voltaire à Fyot de la Marche. Revue de Paris 1927.
. R. Lettre au Comte d’Argental 1774, étd. Moland, tome XLIX, p. 81.
Le 27 mai 1774, Voltaire annonce au chevalier de Lisle que le vaisseau qu'ils avaient envoyé aux Indes a péri à son arrivée en France, mais qu'ils n’ont rien perdu.
Dans sa lettre à d'Argental du 8 mars 1775, Voltaire raconte que le tonnerre a fracassé un vaisseau qu'il avait envoyé dans l'Inde, et ke 6 novembre 1775 il écrit à d'Alembert qu'il a équipé pour son compte un vaisseau qui amenait du salpêtre de Bengale en France, mais dit-il, le sal-
pêtre a été fondu par l’eau de la mer, qui est entrée dans
le vaisseau, et il se plaint d'avoir à en perdre le prix. Enfin une lettre de Voltaire au marquis de Florion du
6 janvier 1777 contient le passage suivant : « Le sieur « Bérard, capitaine de notre vaisseau, l’Hercule, et du « Carnatic, que nous avions envoyé aux Indes, et qui était « revenu à Lorient, vient de repartir avec notre argent, « sans prendre congé de personne, et prend le chemin du « Bengale, au lieu de nous payer; On dit que le scélérat « Comptera avec nous dans cinq ans au plus tard, et que « nous ne perdrons, avec ce marin de Normandie, qu’en- « viron quatre-vingt-dix pour cent. »
Nous voyons donc que, malgré sa vigilance, Voltaire éprouva sur ce point des mécomptes sérieux.
Au mois de janvier 1761, les Anglais prirent Pondi- :Chéry et le patriarche qui avait vingt mille livres tournois par an ! comme dividende de ses actions de la Compagnie des Indes écrivit le 24 août 1761 à son ami d'Argental
1. Lellre au comte d'Argentat du 15 février 1760, Moland, tome XL, p. 302. Malgré cela, dans l'état des revenus de Voltaire de 1775 ou peut-être de 1771, la Compagnie des Indes figure pour 11.568 livres.
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qu'il était dur de vendre sept cents francs ce qu’on avait acheté quatorze cents.
En 1767, Voltaire avait perdu vingt mille écus dans la banqueroute des Gilli à Cadix. Enfin au mois de mars 1770 il avait chez La Borde, banquier du roi, deux cent mille francs en rescriptions de la caisse d’escompte.
La disette d'argent alors était telle que le contrôleur général Terray fut obligé, dans une nécessité pressante, de saisir chez les banquiers du roi tout l'argent que les citoyens y avaient mis en dépôt, et on prit à Voltaire ses - deux cent mille francs. C'était pour Voltaire une perte énorme et il s’en plaint, le 18 mars 1770, au comte d’Argental dans une lettre qui contient le passage suivant : « voudrait-il (l'abbé Terray) m'enlever mon seul bien de « patrimoine, que j avais en dépôt dans la caisse de M. de « La Borde, le seul bien qui puisse répondre à mes nièces « des clauses de leurs contrats de mariage, le seul avec
« lequel je puisse récompenser mes domestiques ?…. « M. l'abbé Terray, qui sort de la Grand’Chambre, ne de- « vait-il pas distinguer entre ceux qui achètent du ‘papier « sur la place, et ceux qui déposent chez le banquier du « roi leur bien paternel ? »
Voltaire avait, heureusement pour lui, la prudence de placer ses fonds chez plusieurs banquiers. Ainsi nous savons qu'il avait encore de l’argent chez son notaire à Paris, M. Delaleu, ain$i que chez le banquier Le Sueur 1, qui était chargé de toucher ceux des revenus que Voltaire
1. Voltaire écrit le 30 mars 1768 à Delaleu que Le Sueur doit soucher 45.200 livres.
avait à Paris. Malgré cela, il semble que le banquier attitré de Ferney ce fût Beaumont-Jacob.
Le 3 août 1765, il est prié de garder trente mille livres, le 3 septembre 1765, quinze mille; le 14 décembre 1765, il est prié de faire porter à La Borde, banquier du roi, trente-six billets de loterie qu'il a en dépôt, y compris ceux qui ont gagné des lots 1; le 10 janvier 1769, Voltaire prie Beaumont-Jacob de se charger de douze mille livres pour six mois et, le 29 mai de la même année, il le prie de tenir prêts vingt mille francs pour payer le 20 juin une lettre de change de La Borde.
Pour finir l'étude des placements de Voltaire, il faut dire que le registre où le patriarche a inscrit de sa propre main l’état de ses revenus en 1775? contient mention de 14.023 livres de rentes sur l'hôtel de ville; de 12.000 livres de rente perpétuelle négociable sur l'emprunt de cent soixante millions et enfin des billets que Voltaire a reçus en paiement pour les maisons qu’il à fait construire à Ferney. Ges billets sont au nombre de cinquante-sept et représentent une somme de plus de cinquante-cinq mille francs. Sur ces cinquante-sept billets, cinquante-trois sont biffés et par conséquent ont été mis en circulation. Après
il y à une autre liste, mentionnant, celle-ci, les billets
dont on peut faire usage depuis le 1% juin 1777. Ils sont
1. Voltaire avait gagné, entre autres, un lot de 1.000 livres. Lettre du 4 janvier 1766.
2. L'état semble dater de 1771, mais on a écrit un 5 sur le 1 pour changer en 1775, et l'on a fait quelques corrections pour mettre le compte d'accord avec la nouvelle date (note de M. L. Foulet).
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