F. Vézinet, Autour de Voltaire, p
Le souci des affaires financières ne devait quitter Vol: taire qu'avec la vie. De retour à Paris le 27 avril 1778, cédant aux sollicitations de madame Denis, Voltaire acheta à vie en son nom et en celui de sa nièce un hôtel situé rue Richelieu et apporta dans cette acquisition tous les soins minutieux qu'il avait. toujours apportés dans les affaires Î. Ses lettres montrent toujours la même préoccupation de n'avoir à subir aucune perte. Ainsi le 143 mai 1778, c'està-dire dix-sept jours avant sa mort, il écrit à Wagnière : « Je crois que nous pourrions affermer Ferney à peu près « pour le prix qu'on en offre; mais il faut attendre. Il est « bon que Porami vende cette année les denrées à Genève, « qu'il voie avec votre femme ce qu'on en pourra tirer, et « qu’elle nous envoie les comptes à Paris, sous le couvert « de M. de Vaines ou sous tel autre qu'on indiquera. Elle « pourra vendre aussi la plus grande partie des vins de « France et des liqueurs, et ne réserver que ce qui pourra « nous être nécessaire pour un voyage que nous y ferons. « Elle pourra vendre aussi l'huile, qui se gâterait à la lon- «gue... » À,
Voltaire était probablement le premier écrivain et le premier philosophe qui eût réagi contre l'opinion, encore générale dans la première moitié du xvirr° siècle, que les écrivains n'étaient que des bohèmes et n'avaient pas d’« état ». Il comprit, dès le début de sa vie, que le désintéressement ne relevait pas dans l'estime publique et que plus on était riche, plus on était considéré.
1. G. Desnoiresterres, Voltaire, Son Tretouér et sa mort, p. 34. 2. Lettre à Wagnière, 13 mai 1778. Ed. Moland, tome LII, p. 604, 605. |