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bénéfices. Il était déjà et il sera toujours doué d’un re-
marquable sens des affaires et, à l'heure où les grandes
entreprises de ce genre effrayaient encore les Français, il risqua « une bonne partie de mon bien 1 » dans la Compagnie des Indes, et dans les « compagnies d’aventuriers », sociétés d'actionnaires formées pour le commerce maritime, qui fonctionnaient en Hollande et en Angleterre. Il tira de cette audace de beaux revenus?. Il s’attacha à ne manquer aucune occasion de spéculations avantageuses. Par un canal sûr qu’il a auprès du Régent (sans doute le duc de Richelieu), il a parole d'obtenir un privilège pour former une compagnie financière où il avait gros à gagner. Gette compagnie, dans laquelle était intéressée la présidente de Bernières, devait conclure un traité avec un M. de Banville 3 et établir une caisse de juifrerie 4, c’est-à-dire sans doute une compagnie de commerce. Voici ce qu'écrit Voltaire à la présidente : « Si « J'avais eu une chaise de poste, madame, je serais venu « à Paris (de Villars) par l'envie que j'ai de vous faire « ma cour plus que par l’empressement de finir l'affaire;
1. Lettre à la présidente de Bernières, 1722, éd. Moland, tome XXXIII, p. 62. Nous savons qu’en 1722 cette « bonne partie de son bien » consistait en trois actions de cette compagnie.
8. (Georges Ascoli. Voltaire. Revue des cours et conférences, du 81 mars 1924 au 15 juillet 1925.
3. Lettre à la présidente de Bernières, 1722, éd. Moland, tome XXXIII, p. 64.
4. Dans une lettre à la présidence de Bernières, de 1722, éd. Moland, tome XXXIII, p. 62, Voltaire écrit : « La grande affaire est » la seule qu'on doive avoir, c’est de vivre heureux, et si nous » pouvions réussir à le devenir sans établir une caisse de jui- » frerie, ce serait autant de peine épargnée. »
« je ne l'ai pas négligée, quoique je sois resté à Villars. On « m'a écrit que M. le Régent a donné sa parole, et comme « j'ai celle de la personne qui l’a obtenue du Régent, je « ne crains point qu'on se serve d'un autre canal que le « mien; je peux même vous assurer que, si je pensais « qu'ils eussent dessein de s'adresser à d’autres, mon peu « de crédits, auprès de certaines personnes, serait assez « fort pour faire échouer leur entreprise... Quand je serai «arrivé, il faudra que j'aille sur-le-champ à Versailles, « dont je ne partirai qu'après avoir consommé l'affaire, « où l'avoir entièrement manquée... Dites à vos messieurs « qu’elle ne sera manquée que pour eux, que c'est à moi « qu'on a promis le privilège, et que quand je l’aurai une « fois, je choisirai la compagnie qui me plaira 1 ». C’est tout ce que nous savons sur cette aflaire et rien ne nous indique que le privilège fut obtenu.
Le gouvernement du Régent, pour faire rentrer quelque argent dans les caisses de l'Etat avait établi une Chambre de justice à limitation de celle de 1666. IL y eut quatre mille quatre cent dix financiers taxés assez arbitrairement. Cette opération produisit plus de 160 millions, dont il ne rentra au Trésor que soixante-dix, que les maîtresses du Régent eurent vite fait de se partager. Dans les recherches de fortunes suspectes, la dénonciation, cet instrument terrible, fut une épée de Damoclès incessamment suspendue sur la tête de tous ceux qui, de près ou de loin, avaient touché aux finances.
1. Leltre à la présidente de Bernières, 1722, 64. Moland, tome XXXIII, p. 62 et 68.
Voltaire pour plaire aux receveurs, ou même sur la demande des Pâris 1 et de Héron, écrivit en 1715 une Ode sur la Chambre de justice où il blâmait très sévèrement cette institution :
C’est trop, dans un lâche silence, Nourrir d’inutiles douleurs.
Je vais, dans l’ardeur qui m’enflamme, Flétrir le tribunal infâme
Qui met le comble à nos malheurs.
Nous périssons : tout se dérange; Tous les états sont confondus.
Partout règne un désordre, étrange :
On ne voit qu'hommes éperdus; Leurs cœurs sont fermés à la joie; Leurs biens vont devenir la proie De leurs ennemis triomphants.
O désespoir ! notre patrie
N'est plus qu’une mère en furie Qui met en pièce ses enfants (2).
De tels services se payent, surtout s'ils sont rendus à des financiers, «et c'est sans doute à cette démarche que Voltaire dut plus tard une partie de sa fortune. En outre, ce furent les conseils des Pâris, ses protecteurs, qui le
1. G. Desnoiresterres. La jeunesse de Voltaire, p. 164 à 167.
2. Ode V. La Chambre de Justice, établie au commencement de la Régence, en 1715, éd, Moland, tome VIII, p. 418-420. I1 semble que cette indignation ne dura pas toujours, car le 7 avril 1770, Voltaire écrivait au marquis de Florian : « Au reste, je trouve » très bon qu’on prenne les rescriptions des financiers qui ont » gagné beaucoup en pillant l'Etat ; mais je trouve très mauvais » qu’on prenne le patrimoine des particuliers, et qu’on ruine des » familles innocentes » (l'abbé Terray venait de confisquer à Voltaire « tout son patrimoine »), éd. Moland, tome XLVII, p. 42.
firent s'abstenir malgré les tentations de participation aux malheureuses opérations de la banque de Lass 1.
Voltaire avait voulut profiter encore de ce service pour obtenir pour son ami Thieriot « un bon emploi » chez ces financiers, mais il n’y parvint pas et dut se borner à lui envoyer de temps en temps de l’argent?, lui demandant en échange de lui faire des commissions par exemple de lui faire savoir : « ..… ce qu’on donne en France « d'un escalin, d'un florin, d'un patagon, d’un ducat, d’une « pistole d'Espagne 3 ». Grâce à ces renseignements, il pouvait gagner sur le change en revenant de La Haye.
Une lettre à Thieriot du 12 décembre 1722 nous montre que Thieriot n'était pas le seul ami de Voltaire auquel il fournit une aide pécunière. Dans cette lettre, il écrit : « Qu'est-ce donc qu'il est arrivé à ce pauvre Gaudin ? Il « m'écrit qu’il est près d’être écrasé, et me demande qua- « tre louis. Je suis bien fâché s’il lui est venu quelque « mauvaise affaire. J'écris à mon beau-frère (Mignot, « père de M" Denis) pour qu’il lui donne cet argent, et « davantage s’il en a besoin. » Nous savons aussi par sa correspondance avec la présidente de Bernières, qu’il perdit en 1724, à Forges, près de cent louis au pharaon, se-
1. G. Desnoiresterres. La jeunesse de Voltaire, 1p. 164 à 167. 8. Lettre à Thiériot, 8 octobre 1722, éd. Moland, tome XXXIII, p. 75,
3. Lettre à Thiériot, 2 octobre 1722, éd. Moland, tome XXXIIE, p. 72.
lon sa louable coutume de faire tous les ans quelque lessive au jeu 1.
Débats avec les libraires. — Voltaire avait à cette époque encore une source de revenus, ses droits d'auteur. Œdipe, merveilleusement joué par Dufresne et mademoiselle Demares, eut quarante-cinq représentations, ce qui était un succès inoui pour l’époque ?. Longchamp et Duvernet nous disent qu'il rapporta beaucoup à l’auteur. Artémire, ne parut que huit fois sur la scène, du 15 février au 8 mars 1720 et valut à l'auteur peu de bénéfice 3. C’est tout ce que nous savons des rémunérations que recevait Voltaire pour les représentations de ses pièces 4.
Les recherches de M. L. Foulet nous permettront de mieux suivre l'histoire de l'impression de Mariamne et celle de l’Indiscret.
Le 6 mars 1724, Mariamne échouait à la Comédie-Française, mais, malgré cet échec, le 12 l’auteur remettait le manuscrit à Fontenelle, censeur royal, qui le 31 juillet accordait un privilège valable pour six ans, à dater du jour de l'obtention. Dans ce privilège il ne se contentait
1.Lettre à la présidente de Bernières, 16 août 1724, éd. Moland, tome XXXIII, p. 117.