‹ Voltaire FinancierChapitre 15 sur 108 · L. Foulet. Correspondance de Voltaire, pp. 281 et · texte numérisé non relu

L. Foulet. Correspondance de Voltaire, pp. 281 et

« meur »1. Pour l'impression de Mariamne, Voltaire se fournit en papier chez Coulange, marchand papetier à Paris, puis il choisit comme imprimeur Louis Sevestre, demeurant au pont Saint-Michel. On commença l'impression le 25 juillet; le 20 août, en moins d’un mois, elle fut terminée et cinq jours plus tard le poète donne l'ordre à Sevestre de délivrer les 1.000 exemplaires de Mariamne à Pissot moyennant quoi celui-ci lui signe un billet pour la somme de 1.250 francs, ce qui mettait l'exemplaire à vingt-cinq sous et comme chaque exemplaire se vendait trente sous, Pissot devait faire un bénéfice de 250 francs ?. Ne connaissant ni le prix du papier à cette époque, ni le coût de l'impression, nous ne pouvons pas calculer exactement le gain de Voltaire. Il est en tout cas probable qu'il ne fut pas très considérable car, pour les autres impressions de Mariamne, il céda son privilège à la veuve Ribou et c'est pour cette cession qu'elle lui signa le billet dont il parle dans ses lettres du 2 et du 13 février 1727. Voltaire avait eu beaucoup d’ennuis avec l'impression de Mariamne, aussi s’y prit-il autrement pour l'Indiscret. Le premier septembre 1725 il dépose son manuscrit chez le censeur Secousse qui l’approuve le 3 et le 16 il obtient un privilège pour six ans. Déjà, avant le privilège, l’auteur par un acte du 20 août 1785 avait cédé, ses droits sur l'Indiscret pour trois ans à Pissot et Flahault à condition qu'avant que la comédie fût mise en vente, chacun

1. Lettre à Thäériot, 25 août 1725, éd. Moland, tome XXXIII, p. 146.

2, L. Foulet. Correspondance de Voliaire, p. 283.

d'eux fournit à l’auteur cinquante exemplaires dont vingt en veau et trente brochés. C’est tout ce que nous savons sur son contrat avec Flahault; mais nous sommes mieux renseignés sur l’autre. Le 13 décembre 1725 Pissot signa à Voltaire deux billets par lesquels il s'engageait à lui payer 400 livres d’une part et 487 de l’autre, en tout 887 livres. Dans le procès qui s'éleva plus tard à l’occasion de ces billets, Voltaire déclarera qu’il en a fourni la valeur « tant en argent qu’en un livre intitulé l'Indiscret ». Nous ne savons pas quelle fût la proportion. Peut-être un des biilets est-il pour le prêt d'argent et l’autre pour la remise du privilège de l’Indiscret 1.

Pendant son séjour en Angleterre, Voltaire, qui avait déjà essuyé les banqueroutes d’Acosta «et de Médina, dont nous allons parler, et obligé de faire des dépenses assez considérables, pensa à se faire payer les billets de ses libraires. Il chargea donc Thieriot de retirer ces billets de chez Germain Dubreuil, ancien commis de son père chargé des intérêts du poète, et d’aller en réclamer le paiement à ses débiteurs. « Vous pouvez mieux que per- . « sonne, écrivait-il, lirer quelque argent de ces messieurs, « que vous connaissez. Si cela est trop difficile, et si ces « messieurs profitent de mes malheurs et de mon absence « pour ne point payer, comme ont fait bien d'autres, il « ne faut pas, mon cher enfant, vous donner des mouve- « ments pour les mettre à la raison; ce n’est qu’une baga- « telle. Le torrent d'amertume que j'ai bu fait que je ne

1 L. Foulet. Correspondance de Voltaire, p. 283 à 285.

« prends pas garde à ces petites gouttes » 1 et pour stimuler son zèle il ajoute : « Si Noël Pissot voulait me « payer ce qu'il me doit, cela me mettrait en état, mon « cher ami, de vous envoyer une partie de la petite bi- « bliothèque dont vous avez besoin ».

Il est probable que la veuve Ribou paya sa dette, car on ne trouve pas dans les actes de procès avec Voltaire; mais Pissot ou sa femme ne voulurent rien savoir, à en juger par l'inutilité de la réclamation qu'alla leur faire Thieriot.

A peine de retour à Paris, Voltaire poursuit vigoureusement le paiement de ses créances. Environ un mois et demi après sa rentrée, le 30 juin 1729, il fait assigner la la veuve Pissot à comparaître le premier juillet devant les juges consuls de la ville de Paris ?.

Les deux parties, une fois en présence, Voltaire ne réclame que le paiement des deux billets du 13 détembre avec les intérêts; la veuve répond que le défunt Pissot, son mari, n’a pas reçu les exemplaires pour lesquels il a fait les billets et que l’'imprimeur Sevestre n’a pas pu les livrer, car, dit-elle, ils avaient été saisis à la requête du marchand papetier Coulange. Voltaire réplique que les exemplaires saisis se trouvaient non pas chez l'imprimeur Sevestre, mais bien chez le libraire Pissot; que la facture de Coulange a été acquittée par son homme d'affaires, Cassegrain Dubreuil, et qu’il a eu mainlevée de la - saisie; et que du reste, la veuve brouille étrangement ies

1. Lettre à Thiériot, 2 février 1727, éd. Moland, tome XXXIII, D. 166. .

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