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G. Desnoiresterres. La jeunesse de Voltaire, p. 39% note

tes dont nous venons de parler, Voltaire, de retour d’Angleterre, plaça des sommes considérables dans le commerce et nous ne lui connaissons pas d'autre revenu con-

sidérable.

La réduction des pensions et des rentes. — Le 12 août 1726, Voltaire écrivait à son ami Thieriot : « J'abandonne « de bon cœur mes pensions du roi et de la reine ». Cet abandon n'était pas un très grand sacrifice de sa part, il était toujours difficile, même quand on vivait à Paris, d'obtenir le paiement d'une pension. Du fond de sa retraite d'Angleterre et disgracié, Voltaire avait fort peu de chances d’en toucher même une partie.

Ce qui l'affiigea bien davantage, ce fut le retranchement de ses rentes. « Vous savez peut-être, écrit-il à Thie- « rioi le 2 février 1787, que les banqueroutes sans ressour- « Ces que j'ai essuyées en Angleterre, le retranchement de mes rentes, la perte de mes pensions, et les dépenses que m'ont coûtées lès maladies dont j'ai été accablé ici,

« m'ont réduit à un état bien dur ».

Après son retour en France il reçut chez M. Cavalier une lettre du cardinal de Fleury, qui avait été envoyée à Londres, et de Londres à Paris. Dans cette lettre, nous dit Voltaire, « il daigne m'écrire fort obligeamment qu'il « m'a enlevé mes rentes sans miséricorde » 1.

Les pensions et les rentes furent réduites par un arrêt du Conseil d'Etat en date du 19 novembre 1726. Il ne

1. Lettre Thieriot, 2 mars 1729, éd. Moland, tome XXXIII, p. 189.

. S'agit que des « charges employées dans les états du « roy » et il est probable que le peu de pensions faites par la reine sur sa cassette ne furent pas affectées par cet arrêt 1.

Le 3 décembre 1726 on publia à Paris un édit du roi, qui ordonnait la réduction des rentes viagères créées depuis 1720 pour assurer le paiement des anciennes charges de l'Etat. On sacrifiait les rentes viagères créées depuis six ans sous prétexte qu’elles avaient été payées moins cher que les autres, à cause de la dépréciation.

Le retranchement ne fut pas uniforme; on réduisit plus ou moins suivant l’année de l'achat des rentes. Les rentes de 1720 furent réduites d'un sixième, celles de 1722 de deux cinquièmes, celles de 1723 de moitié, celles de 1724 des deux tiers. L’édit s’appliquait au second semestre de 1726, qu’on devait commencer à payer le 1* janvier 1727 2.

Cette banqueroute troubla profondément les rentiers de Paris, qui firent tout pour obtenir le rétablissement des rentes et refusèrent en attendant de toucher celles qui leur étaient dues. La cour, piquée du nombre de par- . ticuliers qui n'avaient pas encore fait réduire leurs contrats, et de ceux qui, la réduction faite, n’allaient pas toucher leurs rentes, ordonna au Prévost des marchands de faire afficher que quiconque n'irait pas recevoir dans le courant de janvier ce qui lui était échu depuis et avant la réduction, perdrait tous droits de le toucher. Il est probable que Voltaire négligea de faire réduire ses contrats

1. L. Foulet, Correspondance de Voltaire, p. 79 et 80 note. 2. Ibid., p. 78 et 79 note,

de rente et perdit encore ses intérêts 1. Une apostille ofticielle mise plus tard à une lettre de Voltaire au Secrétaire de la Maison du Roi, en date du 7 août 1750, nous donne quelques chiffres à ce sujet. « Il avait une pension « de 2.000 livres réduite à 1.600, qui a été confondue dans « ses appointements d’historiographe »?. Dans le projet de préface d’une édition de ses œuvres, préface qui passa sous les yeux de Voltaire, Baculard d’Arnaud est plus explicite : « … le cardinal de Fieuri réduisit depuis (la « pension de Voltaire) à 1.600 livres quand il diminua: « toutes les pensions. Il fit plus, il retrancha à M. de Vol- « taire une rente de mille écus, qu'il avait sur l'Hôtel « de Ville, et la réduisit à moitié dans la réduction qu'il « fit des rentes sur le roi... » 3.

Influences que Voltaire a subi en Angleterre. — Le séjour en Angleterre a influé d'une manière décisive sur les idées économiques de Voltaire. Il s'était lié avec un riche marchand de Londres, Falkener, qui devait devenir plus tard ambassadeur à Constantinople. Cet homme d'esprit, très lettré et d'un goût aussi indépendant qu'éclairé, lui donna longtemps l'hospitalité dans sa propriété de Wandsworth. Chez Falkener, notre auteur vit le monde du commerce, les riches négociants de la Cité, ces hommes qui « osaient se comparer, non sans quelque

1. L. Foulet, Correspondance de Voltaire, p. 138 et 139 note.

2. F. Caussy. Lettres de Voltaire à la cour de France. La Revue, 1910.

3. Longchamp et Wagnière. Mémoire sur Voltaire, tome II, p. 490 et 491.

« raison, à des citoyens romains » et qui « donnaient de « leur cabinet des ordres à Surate et au Caire » et parmi lesquels on n'était point étonné de voir le frère d’un ministre ou le cadet d’un pair du royaume 1.

Voltaire, qui n'avait pas le génie qui invente, mais celui de l'appropriation et de l'assimilation, l'esprit qui propage et vulgarise, nous fait dans ses Leftres philosophiques un éloge chaleureux du commerce et du négociant. On voit là son respect pour toutes les manières de gagner de l'argent par le travail et l'impression qu'a fait sur lui l'Angleterre, où tous les partis faisaient leur cour aux négociants, chantaient des hymnes en faveur du commerce, clamaient que c’est le commerce qui fait la force et la grandeur de l'Angleterre et que le négociant est le membre le plus utile de l'humanité ?.

En France, écrit-il « le négociant entend lui-même « parler si souvent avec dédain de sa profession, qu'il est « assez s0ot pour en rougir; je ne sais pourtant lequel est « le plus utile à un Etat, où un seigneur bien poudré qui « sçait précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle « heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur « en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un mi- « nistre; ou un négociant qui enrichit son pais, donne de « son cabinet des ordres à Suratte et au Caire, et contri-

1. Voltaire. Lettres philosophiques. Edilion critique, par Gustave Lanson, Paris, 1924. Dixième letire sur le commerce, tome I p. 181. ;

2, G. Lanson, Voltaire et les lettres philosophiques. Revue de

Paris, 1908. .

« bue au bonheur du monde » 1; ou encore « Entrez dans « la Bourse de Londres, cette place plus respectable que « bien des cours, vous y voïez rassemblés les députés de « toutes les nations pour l'utilité des hommes; là, le Juif, « le Mahométan et le Chrétien traitent l'un avec l’autre « comme s'ils étaient de la même religion, et ne donnent « le nom d'infidèles qu’à ceux qui font banqueroute » 2.

La loterie Desforts. — Nous ne savons pas combien d'argent Voltaire a rapporté d'Angleterree. Le marquis de Luchet affirme que « Londres lui valut cinquante mille écus » qu'il plaça, après son retour en France, dans la . loterie instituée par le contrôleur général Desforts 3.

Le contrôleur général Lepelletier Desforts, par un arrêt du 19 octobre 1728, avait créé une loterie pour le remboursement des rentes perpétuelles sur l'Hôtel de Ville. Le décret disait que le roi informé du préjudice que souffraient les propriétaires des contrats de rentes perpétuelles constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris lorsqu'ils étaient obligés de les vendre, décidait qu’à partir du mois de janvier 1729 le trésor assignerait le 8 de chaque mois une somme de 500.000 livres pour les remboursements de ces rentes. À partir du mois de décembre tous les rentiers qui voudraient participer à ces remboursements devaient payer 20 sols par mille livres ou fraction de cette

1. Voltaire. Lettres philosophiques, éd. G. Lanson. Dirième lettrs sur le commerce. Paris, 1924, tome I, p. 121.

8. Ibid. Sivième lettre sur les presbitériens, tome I, p. 74.

3. Le marquis de Luchet. Histoire littéraire de Voltaire. Cassel, 1781, tome I, p. 61. |

somme, des contrats réduits conformément à l'arrêt du Conseil du 26 janvier 1721. La loterie était tirée le 8 de chaque mois et le premier tirage eut lieu le 8 janvier 1729. |

Les rentes dont les numéros étaient échus étaient payées comptant, déduction faite de 15 % #.

Un jour que Voltaire soupait chez madame Dufay avec La Condamine, on fit cette observation que celui qui aurait pris tous les billets de la loterie Desforts aurait gagné un million. Voltaire, après avoir fait le calcul, s'associa avec des gens intéressés comme lui par l'affaire et fut assez heureux pour enlever le gros da la loterie. I] eut ainsi une belle part dans le produit de cette spéculation. Le contrôleur général ne voulut pas payer. Voltaire cria à l'injustice; le Conseil jugea en sa faveur et blâma le contrôleur de n'avoir pas prévu le calcul. Voltaire fût payé ?, et tout eût été au mieux pour lui s’il ne se fût pas fait du même coup un ennemi mortel dans la personne: du contrôleur général, qui ne lui pardonna pas un échec humiliant pour son autorité et pour ses prétentions à l’habileté.

Voltaire évita l'orage en allant passer une saison à Plombières où il se sentait plus en sécurité. C'était son moyen habituel, car déjà après son retour d'Angleterre ne se croyant pas assez en sûreté à Paris pour pouvoir s’y établir, Voltaire habitait tantôt Rouen, tantôt Plombières, et à Paris il profitait surtout de l'hospitalité de ses amis surtout de madame de Fontaine Martel.

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