‹ Voltaire FinancierChapitre 23 sur 108 · Duvernet. Vie de Voltaire, Genève, 1786, p · texte numérisé non relu

Duvernet. Vie de Voltaire, Genève, 1786, p

Nous ne savons pas quel fut le gain de Voltaire dans cette loterie. J.-L. Mallet 1 prétend qu'elle lui valut cinq cent mille livres; mais comment ce dernier pouvait-il le savoir, alors que ni Longchamp et Wagnière, ni Duvernet, ni La Harpe, ni Condorcet ne donnent là-dessus aucun renseignement? On peut se demander s'il n'a pas confondu avec la somme de 500.000 livres que le trésor assignait chaque mois à la loterie.

Ce ne fut pas la seule fois que Voltaire tenta la chance dans une loterie; ainsi, il écrivait en janvier 1740 à Moussinot : « À l'égard de la loterie de l'Hôtel de Ville, je crois « que j'ai soixante et dix billets, et je ne pense pas être « en état d'en prendre davantage. Vous aurez du reste de « quoi remplir les mises en argent. D'ailleurs, nous avons « du temps. Je vous prie seulement de me mander si « cette opération prend toujours faveur dans le pu- « blic » 2.

Encore en 1749, en partant pour la Prusse, il charge Longchamp de toucher pour lui 2.000 livres de la Loterie royale. C'est en pensant à ces affaires qu'il écrit dans ses Mémoires : « Il faut être attentif à toutes les opérations « que le ministère, toujours obéré et toujours inconstant, « fait dans des finances de l'Etat3. Il y en à toujours

1 Œuvres de Voltaire, édition Dupont, tome I, p. 529.

8. Lettre à Moussinot, 1R janvier 1740, éd. Moland, tome XXXV, p. 366, 367.

3. Longchamp écrit dans ses mémoires (Longchamp et Wagnière, Mémoire sur Voltaire, tome II, p. 3%, 333), que Voltaire « .…tirait parti des besoins de l'Etat, qui, pour sortir de quelque » situation difficile pendant la guerre, avait recours aux «em- > prunts, aux loteries. IL prit dans une de ces dernières six cents

« quelqu’une dont un particulier peut profiter, sans avoir « obligation à personne; et rien n’est si doux que de faire « sa fortune par soi-même; le premier pas coûte quel- « ques peines; les autres sont aisés. Il faut être économe « dans sa jeunesse; on trouve dans sa vieillesse un fonds « dont on est surpris. C’est le temps où la fortune est « la plus nécessaire » 1. Et dans son Commentaire historique, il nous dit : « Dans ce pays-ci, il n’y à qu'à lire « les arrêts du Conseil. Il est rare qu’en fait de finances le « ministère ne soit forcé à faire des arrangements dont « les particuliers profitent » 2.

Les fournitures à l’armée et autres spéculations. — Ce n'est pas seulement par des loteries que Voltaire entendait sa « préparer une arrière-saison tranquille, heureuse, « indépendante »; il connaissait depuis longtemps les frères Pâris, les célèbres traitants, et depuis le service qu’il leur avait rendu en 1715 en écrivant l'Ode sur la Chambre de Justice établie au commencement de la Régence, et dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, il avait été admis dans leur intimité. L'auteur de la Henriade allait souvent voir Pâris Duverney à « Plaisance » sa maison de campagne. Cette connaissance

» billets à la fois, dont les chances furent heureuses, et quelques » années après il se défit avec bénéfice de tout ce qui lui en » restait. », malheureusement, il ne nous indique pas la date de cette affaire.

1. Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire, éd. Moland, tome I, p. 44 et 45. |

2. Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de l'Henriade, 1776, éd. Moland, tome I, p. 75.

lui valut un intérêt dans la fourniture des vivres aux armées en 1734 pendant la première guerre d'Italie 1. En 1741, mêmes avantages, mêmes occasions de gains considérables. Le bordereau laissé par Voltaire à Longchamp, à son départ pour Berlin, nous indique qu'il devait toucher pour son maître en 1749 la somme de 17.000 livres comme part à la fourniture des vivres à l’armée de Flandre. Pendant son séjour à Berlin, après la conclusion de la paix, il toucha comme règlement définitif de son compte, la somme de six cent mille francs?. La Harpe nous dit dans sa Correspondance littéraire que les fournitures aux armées pendant la guerre de 1741 lui donnèrent huit cent mille livres 3; Wagnière # et Luchet 5 nous parlent de sept cent mille francs, sans donner de précisions. En tout cas, ces opérations devaient lui procurer des sommes considérables car, Voltaire avoue, dans une lettre à Pâris Duverney du 26 juillet 1756, qu’il lui doit en grande partie, la douceur de sa fortune.

De Potsdam, il priait son ami M. de Chenevrières de ne pas l'oublier auprès de M. du Vernai qu'il regarde, dit-il, « comme un des meilleurs et des plus utiles ci-

1. Longchamp et Wagnière. Mémoires sur Voltaire. Mémoires de S. G. Longchamp, tome I, p. 331, 332.

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