‹ Voltaire FinancierChapitre 24 sur 108 · Ibid., tome IT, p. 331 à · texte numérisé non relu

Ibid., tome IT, p. 331 à

3. Jean Français La Harpe. Correspondance littéraire adressée à S. A. I. Mgr le grand-duc, aujourd'hui empereur de Russie et à M. le comte André Schawalow…. depuis 1774, jusqu'à 1789. Paris, 1801 à 1807, tome I, p. 61.

4. Longchamp et Wagnière. Mémoires sur Voltaire. Mémoires de Wagmière, tome 1, p. 24.

5. Le marquis de Luchet, Histoire littéraire de M, de Voltaire, Cassel, 1781, tome I, p. 84.

« toyens que la France ait jamais eus1 ». Voltaire a exprimé plusieurs fois son admiration pour les frères Pâris. Dans le chapitre LXIII de son Histoire du Parlement, il loue leurs grandes connaissances en finances et en 1748 il écrivait dans son Panégyrique de Louis XV : « Il s’est trouvé un homme qui a soutenu le crédit de « la nation par le sien : crédit fondé à la fois sur l'indus- « trie et sur la probité, qui se perd si aisément, et qui « ne se rétablit plus quand il est détruit. Nos camps « devant tant de places assiégées ont été semblables à « des villes policées où règnent l'ordre, l’affluence et la « richesse. Ceux qui ont ainsi fait subsister nos armées « étaient des hommes dignes de seconder ceux qui ont fait vaincre ?. »

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Il ne semble pas que Voltaire fût toujours aussi persuadé de l'utilité de ses anciens associés, car, dans une lettre au président de Brosses du 5 janvier 1759, voici toute la justice qu'il leur rend : « Les peuples seront-ils « encore longtemps ruinés pour aller se faire bafouer, « abhorrer et égorger en Germanie, et pour enrichir Mar- « quet et compagnie;

« Et Paris, et fratres, et qui rapuere sub illis? »

En 1729, une nouvelle occasion de gain se présentait : on fait savoir à Voltaire qu’une affaire par actions s'était créée en Lorraine, sous le patronage du duc régnant.

1. Lettre à M. Chenevrières, ? octobre, Henri Gauthier-Villars. Une correspondance inédite de Voltaire, La Revue du Palais, 1898 (janvier-mars).

2, Panégyryique de Louis XV, 1748, éd. Moland, tome XXII, p. 275,

Voltaire raconte son aventure à son ami le président Hénault dans une lettre charmante : « Deux amis m’em-

ballèrent à minuit, sans avoir soupé, dans une chaise de poste; et après avoir couru pendant deux nuits pour aller prendre des actions, nous entrâmes dans la Lorraine par la route de Metz, qui est un pays d’un très petit commerce, fort ingrat et très peu peuplé...

Là, de modernes Diogènes,

Dans leurs futailles de tonneaux,

Vivant de pain d'orge et de faînes,

Se croient exempts de tous maux

Quand ils sont exempts de travaux.

« Jugez, mon cher monsieur, de la bonne chère avec laquelle nous fimes régalés par ces coquins, qui préfèrent leur oiseuse stupidité aux commodités qu’un peu de peine et d'industrie fournit à nous autres Français. « Une pareille misère ne me fit pas augurer en faveur des actions; et comme j'étais fort mal en arrivant à Nancy, je remis à deux ou trois jours pour souscrire. Nous trouvâmes à l'hôtel de la Compagnie du commerce plusieurs bourgeois et quelques docteurs qui nous dirent que Son Altesse royale avait défendu très expressément de donner. des actions à tous les étrangers, «et nous raillèrent.. En effet, ils disaient la vérité et malgré leur turlupinade, après de pressantes sollicitations, ils me laissèrent souscrire pour cinquante actions, qui me furent délivrées huit jours après, à cause de l'heureuse conformité de mon nom avec celui d’un gentilhomme de Son Altesse royale ; car aucun étranger n'en a pu avoir. J'ai profité de la demande de ce papier assez promptement; j'ai triplé mon or, et

« dans peu j'espère jouir de mes doublons avec gens « comme vous li. »

Cette spéculation sur les actions n’est pas la seule à laquelle Voltaire se soit livré; ainsi le 148 mars 1737 il écrit à l’abbé Moussinot, son homme d'affaires, de lui faire savoir les cours des actions à la Bourse de Paris et de garder de l'argent pour en acheter car il croit qu'ils baisseront dans peu; il lui recommande de vendre ses quatre actions à trois dividendes au cas qu’elles soient à deux mille cent quarante ou trente et demande s’il a touché les dividendes pour les six premiers mois de cette année?. Le 14 avril 1737, il mande à Moussinot de faire chercher partout des numéros des Nouvelles à la main qu'il a demandées, et surtout, ajoute-t-il, « que le prix des actions y soit « spécifié. On les enverra à Cirey par Vassy, par la poste « ordinaire, deux fois par semaine ». Le 3 et le 29 avril 1738 il recommande encore à Moussinot de garder tout l'argent qui reste dans la caisse pour pouvoir le mettre en actions. Toutes ces spéculations indiquent que Voltaire avait à cette époque une sérieuse connaissance des opérations de bourse, connaissance qu'il avait acquise évidemment auprès des Pâris, des Falkener et des autres financiers.

C'est Voltaire qui renseigne Moussinot sur les opérations de bourse. Ainsi il écrit : « Si vous voulez vendre

1, Lettre au président Hénault, 1729, éd. Moland, tome XXXIII, p. 196, 197.

2. Lettre à l'abbé Moussinot, 18 mars 1737, éd. Moland, tome XXXIV, p. 230.

« une action, je n'y vois pas grand mal; on ne perd ja- « mais son dividende, car, lorsqu'on les vend avec le « dividende, on les vend soixante-quinze francs plus « cher, approchant, et sans dividende, soixante-quinze « francs de moins. Il est vrai que leur prix varie vers « les époques du payement des dividendes, c'est-à-dire de « six mois en six mois; mais cela va à peu de chose... » 1.

Le commerce des blés et l'affaire Dumoulin. — C'est avec le même zèle que Voltaire se livra à d’autres spéculations; ainsi, après la mort de madame de Fontaine-Martel, en mai 1733, il s'installa dans une maison de la rue du Long-Pont occupée par un marchand de blé du nom de Dumoulin, beau-frère de son homme d’affaires Germain Dubreuil *.

Ce furent ses intérêts, et surtout une association de commerce avec ce négociant, qui lui firent choisir ce domi- Cile dans un des plus noirs quartiers de Paris.

L'auteur de la Henriade envoya plusieurs fois Dumoulin en Barbarie acheter des blés et, selon Duvernet, l’entreprise fut fructueuse.

Un soir, au retour d’une représentation de Brutus, tragédie qui avait été froidement reçue du public, le poète apprend qu'un navire nommé aussi « Brutus », chargé pour son compte et qu'il croyait perdu, était arrivé à Marseille. « Puisque le « Brutus » de Barbarie est re- « trouvé, dit-il à Dumoulin, consolons-nous du peu d’ac-

1 Lettre à l'abbé Moussinot, 19 août 1737, éd. Moland, tome XXXIV, p. 310.

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